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KAISER, KRONPKIMZ ET COMPAGNIE

Le Kaiser. — Donne-moi la main, frère ! L'ombre d'Attila. — Non. Moi j'épargnais le innocents. (Modem Life, de Londres, Octobre 1914)

Les caricatures qui défilent en cet album ont été classées, non point chronologiquement, ce qui eût été d'un intérêt secondaire, — chaque image portant, du reste, la date de sa publication, — mais bien pays par pays, ce qui a son utilité.

Pour bien saisir la portée d'une image, il faut connaître son origine ; il faut savoir d'où elle provient ; SI elle émane d'un pays allié, c'est-à-dire en guerre avec l'Allemagne, ou d'un pays neutre, c'està-dire ne participant pas à la lutte, militairement parlant tout au moins.

Classées ainsi par pays, les caricatures doivent être divisées en deux groupes, suivant qu'elles émanent des belligérants et des non belligérants, car il y a là deux états d'âme bien différents à considérer, en dehors, du reste, de toute question d'art ou de procédé.

Voyons d'abord la caricature chez les alliés.

Etant donné que l'état de guerre transforme plus ou moins tous les citoyens du pays, même ceux qui ne sont plus aptes à porter les armes, en autant de belligérants, tous les artiste.^ apparaissent à nos yeux comme des combattants actifs par le crayon, comme

il y a des combattants par la plume ou par la parole.

L'image ne fut-elle pas toujours, dans tous les temps, un merveilleux élément de combat ; l'image ne fut-elle pas toujours une arme à longue portée, pouvant, elle aussi, jeter des bombes et des grenades enflammées ?

Mais, en réalité, toutes les caricatures ne possèdent pas au même degré cet esprit belliqueux, cette puissance combattive.

Certes chez nous, en France, ce ne sont ni l'esprit ni le talent qui manquent — telle légende d'Abel Faivre a par sa rosserie la puissance d'un 420 — et la blague crayonnée se charge de réduire à néant Fimpériale majesté de tous les Kaisers présents et futurs. Rien ne résiste à sa verve endiablée. Mais, en réalité, il ne s'agit plus seulement, aujourd'hui, de ridiculiser : ce qu'il faut, c'est clouer le personnage au pilori de la caricature.

Pour le grotesque à nous le pompon. Quand il s agit de trouvailles ingénieuses ; quand il s'agit d'amuser la galerie, nos artistes sont sur le pont. Et telle image de Tap avec le vieux Bon Dieu allemand, a connu tous les succès. Nos poilus eux-mêmes, les vrais, ceux du front, se sont mis de la partie, et les amusantes vignettes de Rigolboche, la plus pittoresque,

Attila moderne.

(// 420, de Florence, 5 Juin 1915.

Le Kaiser signant l'arrêt de mort de certains caricaturistes anglais.

Composition de Alfred Leete. (London Opinion, 26 Juin 1915.

* A plusieurs reprises, les journaux allemands ont insisté sur la violence des caricaturistes d'outre-Manche à l'égard du Kaiser. The Bystander, entre tous, a été l'objet des attaques de la presse pangermaniste. C'est la raison d'être de l'amusante vignette du London Opinion ici reproduite.

la plus vivante, la plus illustrée de toutes les feuilles autographiées dans les tranchées, montreront que pour ce qui est de rire et de « s'esgayer » aux dépens du Kaiser, ceux de l'active et de la territoriale n'ont rien à apprendre des dessinateurs du Rire et <le nos autres journaux à images.

Les Sem, les Willette, les Léandre, les Guillaume, les Abel Truchet, les Ochs, les Ibels, les Paul Iribe, les Fabiano apporteront ici leur note habituelle, représentant le rire français sous ses formes diverses, allant du sourire bon enfant à la charge irrespectueuse.

Mais, en vérité, la grande satire sociale, celle qui, par la portée philosophique de l'image ou de la légende, prête à penser, ne se trouve réellement représentée chez nous que par deux artistes, dont la conception est bien différente, dont le métier ne se saurait nullement comparer, mais dont la puissance productive est également grande : j'ai nommé Hermann Paul et Maximilien Luce. Hermann Paul qui, par ses images dans la Guerre Sociale, se trouve être un historiographe plutôt cruel du Kaiser ; Maximilien Luce qui, dans la Bataille Syndicaliste, mène par le crayon, la plus admirable campagne qui soit contre l'imperator et ses adeptes, contre ces démolisseurs-nés de toute œuvre d'inspiration artistique, contre le Militarisme de conquête.

Quoi qu'il en soit, c'est par milliers que devront se compter quelque jour les images françaises visant personnellement le Kaiser ou le Kronprinz ; le triste héros du drame et le singulier bouffon de l'éternelle comédie humaine qui, sous le crayon de tous les dessinateurs, quelle que soit leur nationalité, revêt invariablement l'aspect d'un clown de cirque.

Celui qui fait frémir et celui qui fait rire ! Ici ce sont les quotidiens : Guerre Sociale, Bataille Syndicaliste, Journal, Echo de Paris, Gaulois ; là les hebdomadaires : Le Rire, Pêle-Mêle, l'Anti Boche, La Baïonnette.

Et l'attirance du moment, l'attirance du drame sanglant est telle que quiconque tient un pinceau, une pointe, un crayon veut à son tour sacrifier à la gueuse. Ailleurs nous rechercherons ce que fut l'œuvre des artistes plus particulièrement portés vers l'estampe ou vers l'illustration du livre. Pour l'instant, les deux compositions de Robida et de Lobel-Riche ici reproduites, parlent suffisamment par elles-mêmes.

Qu'un artiste comme le peintre graveur Lobel-Riche, abandonne le nu féminin, l'étude des modes et des mœurs pour les actualités de la politique, c'est là un signe des temps, et son Conquérant inspiré des vers connus de Baudelaire peut être considéré dès à présent comme une des pages les plus puissantes de la gravure française.

Que dire de la caricature anglaise ?

Abondante et multiple, elle se complaît dans tous les genres ; ayant au plus haut degré ce sens de la comicalité que le grand Rowlandson poussa si loin et que master Punch, toujours vivant, n'a point désappris.

Elle sait faire rire, elle sait faire penser. Tantôt aristocratique, tantôt populaire, elle a ses revues imprimées avec grand luxe, qui publient des œuvres notoires, — telles le Kaiser d'Ernest Forbes ou les amusantes adaptations à l'actualité d'estampes célèbres d'Albert Durer; — elle a des journaux à un penny, la presse sur papier rose, le Photo Bits étant le modèle du genre, qui se complaisent dans la figuration des cochons casqués et revêtus de l'uniforme prussien ; tant il est vrai que les passions populaires s'affirment, partout. Identiques.

Innombrables ses quotidiens — Daily Mirror, Dailtj Sketch, Daily Graphie, Daily Chronicle, Westminster Gazette, Daily ou Courier de Manchester ou de Liverpool — dans lesquels des artistes

Documents pour rire

* « Le nouveau clown. »

(London Opinion, Janvier 1915.)

nombreux, au premier rang desquels se placent W.-K. Haselden et F.-C. Gould, véritables journalistes du crayon, publient des cartoons, politiques d'une très particulière allure ou font défiler ces petites histoires en images, pleines de malice et d'une drôlerie clownesque. Innombrables ses hebdomadaires — Sketch, Tattler, Bystander, Punch, London Opinion, John Bull, Modem Life, Passing Show — faisant tous, même les illustrés photographiques, une place à la caricature, luttant à qui trouvera les idées les plus comiques et les Kaiser les plus sensationnels. Et toujours, pour ce qui est du Rire, master Punch tient la corde avec Raven Hill, avec Bernard Partridge, avec Wallis-Mills, avec Townsend et bien d'autres.

Assurément, la caricature anglaise n'a plus à son service la bouffonnerie énorme d'un Rowlandson, la satire mordante d'un Gillray, la froide raillerie d'un Cruikshank, mais contre les deux Willy elle a des artistes qui, en relatant, au jour le jour, les hauts faits du Père et du Fils, ont su retrouver la verve endiablée des grands ancêtres, de ceux qui à coups de crayon et à coups de légendes, tombaient, quotidiennement, à bras raccourcis, sur Utile Boney.

A coups de légendes ; c'est-à-dire le dessin annoté, expliqué. Le crayon qui parle ! En un mot, le trait graphique assaisonné de légendes qui s'échappent, multiples, envahissantes, de la bouche

du caricaturé, qui s'étalent partout, à tous les coins, sous la forme d'avis ou de pancartes : voilà bien

une des prmcipales particularités de la caricature anglaise. Et voilà bien aussi la caractéristique

éternelle de l'image, instrument de combat, en présence des grandes commotions politiques. Quelque chose comme le pamphlet illustré. Sous cette forme, sous le crayon de W.-K.

Haselden, je vous affirme qu'ils en prennent pour

/eur argent les deux Willy !

Et comme si cela ne suffisait pas encore, la

Grande-Bretagne, qui est un grand Empire, a

aussi ses contingents coloniaux du crayon. Là-bas,

en Australie, fleurissent de nombreux illustrés :

Punch de Melbourne, Sydney Bulletin, New-

Zealand Observer, Free Lance et autres ; là-bas,

en ce vaste Dominium, la guerre a fait surgir de

talentueux artistes, imbus de l'esprit d'indépendance

et de liberté du nouveau monde, si bien que tous

ces journaux, chaque semaine, s'emplissent de

grandes et belles compositions satiriques en

lesquels le Kaiser est plutôt malmené.

Que le lecteur ne soit point surpris de voir

très réduite, en cette lutte du crayon, la part de

la Belgique et de la Russie.

Depuis longtemps la Belgique était devenue

pour la grande caricature une sorte de terra incognito. Le Pourquoi pas ? qui disparut en ouvrant

sur l'envahisseur les écluses de Manneken-Piss,

se contentait d'orner sa première page de

portraits-charge locaux. Mais les silhouettes du

Kaiser et du Kronprinz dessinées par Lif resteront

comme un cri de la conscience et du patriotisme L\ récolte de 1914.

belge contre les violateurs de la nation. (tondon Opimoni

Poupées de guerre en bibelots de fantaisie et à transformations, d'après les amusantes caricatures de HaseldeN, vendues à Londres pour la Noël de 1914.

I . Le grand et le petit Willy rencontrant deux higlanders qui leur proposent de s'amuser avec eux. — 2. Devant ce personnage le petit Willy a des doutes : c'est peut-être bien un aigle, pense-t-il. — 3. Le grand et le petit Willy se demandent ce que cela peut bien être.

Quant à la Russie, si elle ne manque ni de journaux, ni d'imagiers, il convient de remarquer que, par tradition, par principe, sa caricature s'attaque rarement aux têtes couronnées. Et elle nous donne Le véritable Portrait de Guillaume II qui, constitué à l'aide de canons, de roues, d'affûts et autres attributs de destruction, rappelle à s'y méprendre, le véritable Portrait de Napoléon.

Toujours les réminiscences de la grande guerre.

Voici les caricatures polonaises, toutes empruntées à la Mucha, le vaillant illustré qui, dans cette grande et belle cité de Varsovie ne cessait, depuis des années, d'être une mouche bourdonnante aux oreilles et au visage du Kaiser.

A les regarder on sent qu'elles sont l'œuvre d'artistes convaincus ; on sent qu'elles traduisent les sentiments de tout un peuple et que ce sont bien réellement des armes de combat dans la grande guerre contre Guillaume et le Prussien.

Combien précieuses pour l'iconographie du Père et du Fils les deux pages signées Bogdan.

Certes l'imagerie italienne, plutôt anecdotique, n'a pas 1 allure des compositions polonaises, quoi qu'elle nous ofïre cependant quelques créations heureuses ; mais les caricatures ici reproduites, présentent ceci d'intéressant qu'elles sont, presque toutes, antérieures à la période d'entrée en guerre de l'Italie. Ce qui démontrera, de façon concluante, à ceux qui pourraient encore en douter, combien, depuis longtemps, notre grande sœur latine était de cœur avec les alliés.

Un dernier point reste à examiner : la part prise dans cette lutte mondiale contre le César germanique par les crayons neutres, quoique à vrai dire, ce qualificatif de neutre apparaisse, aujourd'hui, quelque peu illusoire.

Et, en effet, il y a des non belligérants qui ne sont pas neutres ; il y a des neutres qui seraient volontiers belligérants.

L'égoïsme, la peur, le souci de sa tranquillité, la tentation de gagner de l'argent sur le dos de l'un ou de l'autre des belligérants, ont arrêté bien des Initiatives. Et puis, il y a les intérêts dynastiques, les origines ou les alliances de certaines familles royales qui ont empêché les peuples de suivre leurs préférences.

C'est pourquoi, dans tous les pays neutres, la

Poisson d'Avril.

Guillaume qui se croit être quelqu'un. — N est-ce pas que je suis plus grand que lui, de quelque façon que ce soit ? *

* (C'est-à-dire soit au point de vue de la hauteur de la statue soit par l'abondance des qualificatifs.)

(DoiVi/ Z)ij«>a<cA , de Manchester 1^' Avril 1915

A l'origine du monde une pomme fut la cause de tous les troubles. Aujourd'hui c'est de ce couple que vient tout le mal.

Les deux font la p... oire.

Caricature publiée à Londres sous orme de carte postale par Inter-Art C

caricature s'est montrée une arme de combat pleine de courage et d'enthousiasme ; c'est pourquoi nos sympathies et notre respect doivent aller à ces vaillants artistes qui, en Grèce, en Portugal, en Suède, en Espagne, en Suisse, en Hollande, véritables soldats du Droit et de la Liberté, se sont servis de leurs crayons comme d'un instrument redoutable.

Peu importe que le Parnassos d'Athènes ait vu tout aussitôt son imagerie réduite à l'impuissance ; peu importe que 0 Zé de Lisbonne se soit vu censuré et même supprimé ; peu importe que la Suède et la Norvège n'aient pu publier que quelques rares mais savoureuses images, c'est le fait qui est à considérer, et non le nombre des caricatures.

En Espagne, en ce continent qu'on ne cessait de nous représenter comme entièrement inféodé au germanisme, une caricature nombreuse, passionnée et violente, s'est levée contre le Kaiser, contre celui dont le grand artiste Picarol a pu dire : « C'est de son sourire que viennent nos pleurs. " Et ce n'est pas seulement de Barcelone, de cette Catalogne si démocratique et si francophile, qu'est parti le mouvement ; Madrid, lui aussi, Madrid qui, chaque jour, voit éclore quelque feuille nouvelle,

— Gedeoncito, Los Barbaros, Gil Blas, Espaha et tant d'autres — a tenu à affirmer par le crayon de jeunes et ardents dessinateurs, ses sympathies pour les alliés.

Que dire de la caricature suisse, si ce n'est que sur cette noble terre helvétique qui, la première, donna le signal de la révolte contre les aigles germaniques — première manière — la parole et le livre ont été plus éloquents que l'image; que les journaux satiriques se sont tus, n'ont pas osé s'attaquer au HohenzoUern dans la crainte d'une censure particulièrement sévère. Un vaillant petit organe, Le Guguss de Genève, n'a-t-il pas été supprimé pour avoir osé toucher aux foudres impériales ?

Seule la carte postale, mettant à profit la commodité de son format, n'a pas craint de se mesurer avec le Kaiser : de Genève, de Lausanne, de la Chaux de Fonds, sont partis des Kaiser -Bonnot, des Kronprinz-apache, quelquefois, il est vrai, imprimés en Savoie dans la zone, pour éviter la censure fédérale. Et un citoyen s'est levé, artiste improvisé en quelque sorte, mais penseur puissant, Pierre Châtillon qui. en des compositions aujourd'hui universellement répandues, — telles V Envoyé de Dieu et Veni-Vidi-Vichy ic\ reproduits

— a montré avec une vigueur peu commune la compréhension très nette du grand drame qui se joue sous nos yeux. Ils pourront se multiplier à l'infini, interprétés, copiés par cent artistes, les Guillaume en boucher ; aucun n'aura l'ampleur, la dramatique allure de V Envoyé de Dieu, de Pierre Châtillon.

Comme la Suisse, terre de liberté, pays de refuge pour toutes les nobles et grandes idées, la Hollande, d'emblée, devait se mettre au premier rang de la croisade entreprise par la caricature. Et elle s'est prodiguée, elle, sous toutes les formes, par la parole, par la plume, par le crayon, plus généreuse, plus vaillante qu'aucune !

Le Sur-Sauvage Lord Kitchener a comparé les mauvais traitements exercés par les Allemands sur les prisonniers anglais aux actes de sauvagerie des derviches du Soudan.

Dessin de J. C. Bennett.

(Liverpool Courier, 29 Avril 1913.)

KAISER, KRONPRINZ ET COMPAGXf E

Grandeur de la pensée et perfection de la forme, rien ne manque à ses artistes qui seront, peut-être encore plus éloquents contre les méfaits de la Kultur que contre la personnalité même du Kaiser.

Mais les satires ici reproduites, signées Louis Raemaekers et Albert Hahn, nous donnent des morceaux de toute beauté, œuvres de dessinateurs [de premier ordre qui, tous deux, l'un dans l'hebdomadaire De Notenkraker, l'autre dans le quotidien. De

Telegraaf d'Amsterdam (et de-

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