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connaissances les j)lus inijJorUuites (celle (jiie la inatjiématique expose a priori), et d'empêcher qu'elle ne soit tenue pour une simple apparence ; car, sans cette remarque, comment pourrions-nous décider si les intuitions de temps et d'espace, que nous n'empruntons à aucune expérience, et qui pourtant sont a priori dans notre représentation, ne sont pas de simples chimères que nous formons nousmêmes, auxquelles nul objet ne correspondrait au moins d'une façon adéquate, et si par suite, la géométrie ellemême n'est pas autre chose qu'une pure apparence. Cette remarque, au contraire, nous a permis de démontrer la valeur irréfutable de ces intuitions au regard de tous les objets du monde sensible, précisément par cette raison qu'ils sont de simples phénomènes.
En second lieu, mes principes, qui ne font des représentations des sens que des phénomènes, au lieu de détruire la vérité de l'expérience et de transformer ces représentations en une simple apparence, sont, au contraire, le seul moyen de prévenir l'illusion transcendentale qui de tout temps a égaré la métaphysique, et l'a entraînée à des efforts puérils pour saisir de la mousse de savon parce que les phénomènes qui ne sont pourtant que de simples représentations étaient pris pour des choses en soi : de là toutes ces scènes si curieuses de l'antinomie de raison, dont il sera parlé dans un moment, antinomie qui est supprimée par cette seule observation que le phénomène, tant qu'il a son usage dans l'expérience, produit la vérité, et n'engendre plus au contraire qu'une pure illusion s'il en franchit les limites et devient transcendant.
C'est pourquoi, en laissant leur réalité aux choses que nos sens nous représentent et en nous contentant de réduire notre intuition sensible de ces choses à ne représenter dans aucun de ses éléments, pas même dans les pures intuitions d'espace et de temps, rien de plus qu'un phénomène de ces choses, et jamais leur nature en soi, je n'ai point imputé à la nature de n'être toute entière qu'une apparence, et je proteste contre tout soupçon d'idéalisme : cette protestation si précise et si claire semblerait inutile si des juges incompétents, capables de rappeler parune vieille dénomination chaque dissidence qui ruine leur opinion absurde bien que commune, ne jugeaient jamais de l'esprit des dénominations philosophiques, mais ne s'attachaient simplement à
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l;i lettre et n'étaient prêts, en mettant leurs propres imagin.itions à la place de concepts bien déterminés, à les fausser et à les défigurer. Car si j'ai moi-même appelé ma théorie idéalisme transccndental, personne n'en peut prétexter pour le confondre avec l'idéalisme empirique de Descartes qui, jugeant la question insoluble et ne lui trouvant aucune réponse qui le satisfasse, laissait à chacun toute liberté de nier l'existence des corps, ou avec l'idéalisme mystique et extravagant de Berkeley (pour lequel ainsi que pour d'autres chimères de la même espèce, notre critique renferme précisément l'antidote spécial). En effet, mon idéalisme ne concernait pas l'existence des choses (existence dont la mise en doute constitue proprement l'idéalisme suivant l'acception reçue, puisque ce doute ne m'est jamais venu à l'esprit), mais plus simplement la représentation sensible des choses, dont, en dernière analyse, font partie l'espace et le temps ; et j'ai montré que l'espace et le temps, conséquemment tous les phénomènes en général ne sont pas des choses, mais de simples modes de représentation, et que ce ne sont pas non plus des déterminations appartenant aux choses en soi. Encore que le mot transccndental, auquel je donne toujours le sens d'un rapport de notre connaissance non pas aux choses mêmes, mais seulement à la faculté de connaître, eût dû prévenir cette méprise, je préfère retirer cette dénomination avant qu'elle provoque de nouveau la même erreur, et j'appelle mon idéalisme, idéalisme critique. Si c'est en réalité un idéalisme condamnable que de transformer les choses réelles, non les phénomènes, en de pures représentations, quel nom donner à celui qui prend, au contraire, les pures représentations pour des choses ? Je pense qu'on peut l'appeler idéalisme sommeillant, par opposition au précèdent qui se nommerait délirant ; tous deux doivent être repoussés au moyen de mon idéalisme transL.endental, ou mieux encore, critique.
{Prolégomènes à toute métapliysiquc future.)
IV. — COMMENT UNE PHYSIQUE PURE EST-ELLE POSSIBLE? JUGEMENTS d'EXPÉRIEXCE ET JUGEMENTS DE PERCEPTION.
Si tous les jugements d'expérience gardent le caractère empirique, c'est-à-dire s'ils ont leur fondement dans une
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perception immédiate des sens, néanmoins, réciproquement, tous les jugements empiriques ne sont pas des jugements d'expérience ; mais, à l'élément empirique, et en général, aux données de l'intuition sensible, doivent s'ajouter des concepts particuliers, qui ont leur origine complètement a priori dans l'entendement pur, et sous lesquels toute perception doit être avant tout subsumée pour être ensuite, par leur intermédiaire, convertie en expérience.
Les jugements empiriques sont des jugements d'expérience ou, comme je les appelle, de simples jugements de perception suivant qu'ils ont une valeur objective ou qu'ils n'ont qu'une valeur subjective. Les seconds n'ont pas besoin d'un concept de l'entendement pur : il leur suffit de la liaison logique des perceptions dans un sujet pensant ; mais les premiers, outre les représentations de l'intuition sensible, demandent toujours des concepts originellement créés dans l'entendement, et qui donnent précisément aux jugements d'expérience une valeur objective.
Tous nos jugements sont d'abord de simples jugements de perception ; ils n'ont de valeur que pour nous, c'est-àdire pour le sujet ; ce n'est que plus tard que nous leur donnons une nouvelle relation, la relation avec un objet, et que nous voulons qu'ils demeurent en tout temps valables pour nous et même pour tout le monde. Si en effet un jugement s'accorde avec un objet, tous les jugements sur le même objet s'accorderont nécessairement entre eux. Ainsi la valeur objective du jugement d'expérience n'est autre chose que la nécessité et l'universalité. Et réciproquement, quand nous trouvons une raison de donner à un jugement la nécessité et l'universalité (caractères qui ne reposent jamais sur la perception, mais sur le concept de l'entendement pur sous lequel la perception est subsumée) ; nous devons aussi le tenir pour objectif, c'est-àdire y voir exprimée non pas simplement une relation de la perception au sujet, mais une propriété constitutive de l'objet ; car il n'y aurait pas de raison pour que les jugements d'autrui dussent nécessairement s'accorder avec le mien, n'était l'unité de l'objet auquel tous se rapportent et avec lequel ils s'accordent, ce qui les met dans la nécessité de s'accorder aussi entre eux.
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Ainsi la valeur objective, et la validité nécessairement universelle (iK)ur tout le monde) sont des concepts réciproques, et bien que l'objet en lui-même ne nous soit pas connu, néanmoins, quand nous attribuons au jugement une valeur universelle et par suite la nécessité, c'est la valeur objective que nous entendons par là. Sans nous instruire davantage sur ce qu'il peut être en soi, ce jugement nous fait connaître l'objet par la liaison universelle et néecssairc de perceptions données : et les jugements d'expérience comme tous les objets acs sens, emprunteront leur valeur objective non pas à la connaissance immédiate de l'objet puisque cette connaissance est impossible, mais simplement à la condition qui donne aux jugements empiriques l'universalité, que nous avons vue, ne reposer jamais sur des conditions empiriques ou en général sensibles, mais sur un concept pur de l'entendement. Si l'objet en soi demeure toujours inconnu, quand le concept de l'entendement détermine comme universelle la liaison des représentations qui nous en sont données par notre sensibilité, ce rapport détermine notre perception, et le jugement est objectif.
Prenons des exemples: la chambre est chaude, le sucre doux, l'absinthe amère. Ces jugements ont une valeur purement subjective.
Je ne prétends pas que je doive sentir toujours de même, ni les autres comme moi ; ces jugements n'expriment qu'une relation de deux sensations au même sujet, c'est-à-dire à moi-même, et cela seulement dans l'état actuel de ma perception ; ils ne doivent donc pas avoir de valeur pour l'objet, nous appellerons ces jugements des jugements de perception. Au contraire pour les jugements d'expérience, ce que l'expérience m'apprend dans un concours de circonstances déterminées, elle doit nécessairement me l'apprendre toujours et l'apprendre à chacun; et sa valeur ne se borne pas au sujet et à son état présent. J'énonce donc tous les jugements de cette espèce comme objectifs : par exemple, quand je dis : l'air est élastique, ce jugement n'est en premier lieu qu'un jugement de perception, c'est-àdire que j'établis dans mes sens un rapport entre deux sensations, mais comme cette liaison est soumise à une condition qui la rend universelle, je peux l'appeler un jugement d'expérience. Ainsi donc pour qu'un jugement
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puisse être dénommé jugement d'expérience, je demande par conséquent que moi-même en tout temps et que chacun comme moi unisse nécessairement la mémo perception dans les mêmes circonstances.
Il faut donc décomposer l'expérience en général pour voir ce que contient ce produit des sens et de l'entendement, et comment le jugement d'expérience est possible. Le fondement en est l'intuition, dont j'ai conscience, c'està-dire la perception qui n'appartient qu'aux sens. Le second élément en est le jugement (qui ne provient que de l'entendement). Maintenant ces jugements peuvent être de deux sortes : l'un, simple comparaison de mes perceptions dans une conscience de mon état; l'autre, liaison de ces perceptions dans une conscience en général. Le premier jugement est simplement un jugement de perception : il n'a rien qu'une valeur subjective ; il est seulement la liaison des perceptions dans mon état interne, sans rapport à l'objet, si bien que, contrairement à l'opinion commune, il ne suffit pas, pour qu'il y ait expérience, de comparer des perceptions et de les lier dans un état de conscience au moyen du jugement, car le jugement n'aurait par là ni l'universalité, ni la nécessité qui seules peuvent en faire un jugement objectif, une expérience. Il y a donc, avant que la perception puisse devenir expérience, un jugement tout différent. L'intuition donnée doit être subsumée sous un concept qui détermine la forme du jugement en général par rapport à l'intuition, qui lie dans une conscience en général les intuitions d'une conscience empirique, et qui par là donne aux jugements empiriques une valeur universelle ; par un pareil concept qui est un concept pur a priori l'entendement ne fait rien de plus que de déterminer la manière générale dont une intuition peut servir aux jugements. Prenons un concept de cette sorte, par exemple le concept de cause ; il détermine l'intuition qui est subsumée sous lui, l'intuition de l'air par exemple, par rapport au jugement en général ; c'est-à-dire que le concept d'air est au concept de dilatation ce que l'antécédent est au conséquent dans un jugement hypothétique. Le concept de cause est ainsi un concept de l'entendement pur, qui est complètement distinct de toute perception possible, et qui ne sert qu'à déterminer la représentation qui lui est soumise, par rapport au jugement en général, et
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par conséquent à rendre possible un jugement qui ait une valeur universelle.
Pour qu'un jugement de perception puisse devenir un jugement d'expérience, la percci^tion doit être nécessairement subsumée sous un tel concept de l'entendement. Reprenons notre exemple : si l'air est soumis au concept de cause qui détermine comme hypothétique le jugement prononcé à son sujet par rapport à l'expansion, cette expansion n'est pas représentée comme appartenant seulement à ma perception de l'air dans nion état de conscience actuel, ou dans plusieurs de mes états, ou dans l'état de conscience des autres, mais elle est représentée comme lui appartenant nécessairement de telle sorte que ce jugement : («jl'air est élastique >>, acquérant une valeur universelle, devient enfin un jugement d'expérience, par ce fait que des jugements déterminés précèdent, qui subsument l'intuition de l'air sous le concept de cause et d'effet, et qui, par suite déterminant les perceptions, non seulement entre elles dans le sujet, mais même sous le rapport de la forme du jugement en général (c'esticile jugement hypothétique) rendent universel le jugement empirique.
Décomposons tous les jugements synthétiques en tant qu'ils ont une valeur objective, nous voyons qu'ils ne consistent jamais dans de simples intuitions, liées, suivant l'opinion commune, par comparaison dans un jugement, mais qu'au contraire ils seraient impossibles si un concept pur de l'entendement sous lequel ces concepts ont été subsumés, et par lequel ils ont été liés alors dans un jugement objectivement valable ne s'ajoutait aux concepts tirés de l'intuition pure. On peut voir que même les jugements de la mathématique pure, dans ses axiomes les plus simples n'échappent pas à cette condition. Ce principe: la ligne droite est le plus court chemin d'un pointa un autre, suppose que la ligne est subsumée sous le concept de grandeur, qui certainement n'est pas une simple intuition, mais qui, au contraire, a son siège dans le seul entendement et permet de déterminer l'intuition de la ligne au regard des jugements qui peuvent en être portés sous le rapport de leur quantité, c'est-à-dire de la pluralité {judicia plurativa), puisque l'on entend par ces jugements que dans une intuition donnée il y existe une multiplicité homogène.
Il résute de ce qui précède que pour établir la possi-