‹ Kant. Choix de textes avec étude du systeme philosophique et notices biographique et bibliographiqueChapitre 9 sur 38 · VI. — COMMENT LA NATURE EN ELLE-MÊME EST-ELLE POSSIBLE · texte numérisé non relu

VI. — COMMENT LA NATURE EN ELLE-MÊME EST-ELLE POSSIBLE

Cette question marque le point le plus élevé que puisse jamais atteindre la philosophie transcendentale, et cette philosophie doit y être conduite comme à sa limite et à son achèvement, car elle contient, à proprement parler, deux questions.

Tout d'abord : comment est possible une nature au sens de nature matérielle, c'est-à-dire quant à l'intuition, ou comme ensemble des phénomènes ? comment sont possibles l'espace, le temps, et ce qui les emplit tous deux, l'objet de la sensation en général ? Nous avons donné la réponse dans la Critique elle-même par l'esthétique transcendale et dans les Prolégomènes par la résolution de la première question capitale ; rappelons-la : grâce à cette propriété de notre sensibilité, qui fait que cette sensibilité est impressionnée d'une façon toute particulière par des objets qui lui demeurent inconnus en eux-mêmes et qui sont complètement différents de leurs phénomènes.

En second lieu : comment est possible une nature au sens de nature formelle, c'est-à-dire l'ensemble des règles auxquelles tous les phénomènes doivent se soumettre pour être

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pensés comme liés dans une expérience ? On trouvera la réponse dans la Critique elle-même par la logique transcendcntale, et dans les Prolégomènes au cours de la résolution de la deuxième question capitale. Rappelons-la seulement : c'est seulement grâce à cette propriété de notre entendement par laquelle toutes les représentations de la sensibilité sont nécessairement rapportées à une conscience, et grâce à quoi dcvaenncnt originairement possibles et notre façon particulière de penser, je veux dire la pensée par règles, et par son moyen l'expérience, que l'on doit distinguer entièrement de la vue des objets en soi.

Reste à savoir comment est possible cette propriété particulière de notre sensibilité elle-même ou celle de notre entendement et de l'aperception nécessaire qui en fait le fond comme elle fait le fond de toute pensée ? On ne peut donner à cette question ni solution ni réponse, car nous avons toujours besoin de cette propriété pour toute réponse, pour toute pensée des objets.

Beaucoup de lois de la nature ne peuvent nous être connues qu'au moyen de l'expérience, mais la conformité à des lois dans la liaison des phénomènes, c'est-à-dire la nature en général, nous ne pouvons pas apprendre à la connaître par l'expérience ; en effet l'expérience elle-même exige de pareilles lois qui sont le fondement a priori de sa possibilité. Il s'en suit que la possibilité de l'expérience en général est en même temps la loi universelle de la nature, et que les principes de la première sont les lois de la seconde. Car nous ne connaissons la nature que comme l'ensemble des phénomènes, c'est-à-dire des représentations en nous, et nous ne pouvons par suite tirer les lois de leur liaison d'ailleurs que des principes de lure liaison en nous, c'est-à-dire des conditions de l'union nécessaire dans une conscience, qui constitue la possibilité de l'expérience.

Nous avons dévelo,ppé durant tout ce chapitre cette proposition capitale : on peut connaître a priori des lois générales de la nature; nous sommes ainsi conduits à cette autre proposition : le principe suprême des lois de la nature doit nécessairement résider en nous-mêmes, c'est-àdire dans notre entendement ; et nous ne devons pas déterminer ces lois universelles en partant de la nature et au moyen de l'expérience, mais tout au contraire déterminer

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la nature en tant qu'elle est soumise à des lois universelles, uniquement d'après les conditions de possibilité de l'expérience qui résident dans notre sensibilité et dans notre entendement. Autrement, en effet, comment serait-il possible de connaître a />r/o>'î ces lois, puisqu'elles ne sont nullement des règles de la connaissance analytique, mais bien de véritables extensions synthétiques de la connaissance ? Deux raisons seulement expliquent un tel accord, nécessaire, entre les principes de l'expérience possible et les lois de la possibilité de la nature : ou bien ces lois sont empruntées à la nature par le moyen de l'expérience, ou tout au contraire, la nature est dérivée des conditions de la possibilité de l'expérience en général, et se confond dès lors avec la conformité de celle-ci à des lois universelles. La seconde explication est la seule bonne ; la première est contradictoire ; car les lois universelles de la nature peuvent et doivent nécessairement être connues a priori (c'est-à-dire indépendamment de toi4te expérience) et servir de fondement à tout usage empirique de l'entendement .

Mais il faut bien distinguer dans la nature les lois empiriques, qui supposent toujours des perceptions particulières, des lois pures ou universelles qui, sans reposer sur des perceptions particulières, ne contiennent que les conditions de leur union nécessaire dans une expérience ; par rapport à ces dernières la nature et l'expérience possible ne sont qu'une seule et même chose. Or, puisque pour la nature la possibilité d'être déterminée par des lois repose sur la liaison nécessaire des phénomènes dans une expérience (liaison sans laquelle nous ne pourrions connaître absolument aucun objet du monde sensible), puisque par suite cette possibilité repose sur les lois originelles de l'entendement, c'est une vérité (et si étrangement qu'elle sonne d'abord à l'oreille, elle n'en est pas moins certaine) que l'entendement n'emprunte pas à la nature ses lois a priori, mais les lui prescrit. {Prolégomènes à toute métaphysique future).

VII. — UNE MÉTAPHYSIQUE PURE EST-ELLE POSSIBLE? DE l'usage TRANSCENDANT DE LA RAISON

Ni la mathématique pure ni la physique pure n'auraient eu besoin d'une déduction comme celle que nous en avons

THEORIK DE LA CONN.\ISSANCE Jl

faite de ces deux sciences, s'il ne s'était agi que d'assurer leur certitude propre, puisque la première s'iappuie sur sa propre évidence et que la seconde, tout en découlant des sources pures de l'entendement, a pour base l'expérience et la confirmation perpétuelle qu'elle lui demande, ne pouvant en repousser complètement le témoignage et s'en passer, parce que toute sa certitude n'arriverait pas à lui donner philosophiquement une valeur comparable à celle des mathématiques. Ce n'était donc pas pour elles-mêmes que ces deux sciences avaient besoin d'une telle recherche, c'était pour une autre science : la métaphysique.

En dehors des concepts de la nature, dont leur application dans l'expérience est toujours possible, la métaphysique a pour objet d'une part des concepts purs de la raison qui ne sont jamais donnés dans aucune expérience possible, par suite des concepts dont l'expérience ne peut établir la réalité objective qui en fera autre chose que de pures imaginations, d'autre part des affirmations dont l'expérience ne peut davantage confirmer la vérité ou dévoiler l'erreur ; or c'est précisément cette partie qui fait l'objet essentiel de la métaphysique ; et par rapport à elle tout le reste n'est guère qu'un moyen. Cette science a donc besoin pour elle-même d'une pareille déduction. Ainsi la troisième question qui nous est proposée maintenant concerne le point fondamental de la métaphysique, son caractère distinctif, c'est-à-dire l'application de la raison à elle-même, et à elle seule, et la soi-disant connaissance objective qui découle immédiatement de la raison couvant elle-même ses propres concepts, sans que l'intervention de l'expérience en soit une condition nécessaire ou même utile.

La solution de cette question est nécessaire pour que la raison se satisfasse elle-même, puisque l'usage expérimental auquel la raison restreint l'entendement pur, ne remplit pas complètement sa propre destination. Toute expérience particulière en effet n'est qu'une partie de la sphère totale de son domaine, or la totalité absolue de toute expérience possible n'est pas elle-même une expérience ; néanmoins elle constitue pour la raison un problème nécessaire, problème qui, ne fût-ce que pour être posé, requiert des concepts tout différents de ces concepts de l'entendement pur dont l'usage n'est qu'immanent,

c'est-à-dire ne s'applique qu'à rcxpcriencc dans la mesure même où il peut y avoir expérience, tandis que les concepts de la raison, ayant pour objet le système universel c'est-à-dire l'unité collective de toute l'expérience possible, dépassent toute l'expérience donnée, et sont par conséquent des concepts transcendants.

L'entendement avait besoin des catégories pour l'expérience ; de même dans le principe des idées la raison est contenu ; j'entends par là des concepts nécessaires dont l'objet ne peut cependant pas être donné dans l'expérience. Ces idées sont dans la nature de la raison, absolument comme les catégories sont dans la nature de l'entendement, si elles présentent une illusion celle-ci est inévitable, bien qu'il soit possible d'en prévenir la séduction.

Toute cette illusion consiste à regarder comme objectif le principe subjectif des jugements ; que la raison arrive à la connaissance de soi-même dans son usage transcendant (exubérant), voilà le seul remède contre les erreurs où elle tombe quand elle s'abuse sur sa véritable destination, et qu'elle rapporte par un usaçe transcenaaat à un objet en soi ce qui ne regarde que son propre sujet et la direction de tout son usage immanent.

{Prolégomènes à toute métaphysique future.)

viii. — le par.\logisme de la raison pure : l'ame-substance

Depuis longtemps on a remarqué que dans toutes les substances le sujet proprement dit, c'est-à-dire ce qui subsiste après que tous les accidents, considérés comme prédicats, ont été séparés, le substantiel lui-même par conséquent nous est inconnu, et bien des fois on a élevé des plaintes sur les bornes de notre intelligence. Mais il est à remarquer ici que si l'on peut s'en prendre à l'intelligence humaine ce n'est point parce qu'elle ne connaît pas l'être substantiel des choses, c'est-à-dire parce qu'elle ne peut déterminer ces choses que pour elle-même, mais c'est parce que, les connaissant comme de pures idées, elle veut en faire une connaissance déterminée, analogue à celle d'un objet donné. La raison pure réclame que nous cherchions à chaque prédicat d'une chose le sujet qui lui appartient, et à celui-ci qui nécessairement n'est à son tour qu'un prédicat, son sujet,

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alaJ^t^^ls'!^"""'' ':' '" "°'"^ ^^"^ ^1- — pouvons a^clnccI. Mais nous ne devons tenir rien de ce nue non<,

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qrîartuÎe^en't"'"^'"^"^^"'^^ P^"^'-^' ^^^ ^^-e f que la nature entière lui serait découverte parce que la

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s:: Z^'TTT ^^ ^"^"^^ '^^^^^" cloit^touio'^urs aïe défaut. Ainsi toutes les propriétés réelles par lesquelles

■ IZ^TcTZT '\^rV'^' d^ P-s accfdents Tute usqu a cette impénétrabilité même que l'on ne doit ton-

^ Densant"^ no' ^"^ 7""^^^^^"^^^ de nous-même. dans le sujet rSe dW . r^"'' ^^"^ble-t-il, cet être substantiel diLts d,^ T ?''''' immédiate : puisque tous les pré- « suS'et" "" '' ^^PP-t-^ -- moi considéré le prTdicat d; nT '' "^°^ "^ P^"^ P^"^ être pensé comme lepredicat de quelque autre sujet. Ainsi l'expérience ellemême paraît nous livrer à l'état parfait et complet L rela-

V'e^t tV"^'' P°f '^ — e prédicats à uS su ^t qui n est pas une pure idée, mais qui est l'objet, le su et absolu. Seulement cette attente est trompée. Car le moi n'est

robiëtd"""^'-^:^- "'-^ q- ^-f-Çon dont nous désignons

I objet du sens intérieur, quand nous cessons de le connaître par un prédicat; par suite il est bien vrai que par lui-même

II n est le prédicat d'aucune autre chose, mais il n'esT o^s davantage le concept déterminé d'un sujet absolu -"^ce n est comme dans les autres cas. que le rapport des ^hé^ nomenes intimes à leur sujet inconnu. Tout^e^fois cette idée

qui cependant a cette utilité qu'en sa qualité de principe

eSlÏÏeT de: 1'"'' ' "'""' ^^"^^^ '^' explications Zteuahstes des phénomènes intimes de l'âme) par une méprise toute naturelle donne occasion à un argument t^L

rtir^u^s^rt^'^ ''''' prétendue connafssa" ce del m?me nue r ""''" être pensant à sa nature, alors

s^xr rt;:n::r"^^ '^ ^^"^ -^^^^^ ''^^-^ ^'-■

Nous pouvons bien donner le nom de substance à ce peut plus lui-même être représenté comme prédicat d'une

'''Z^T^^P^ de rame considérée comme sub-

1 amc «^uiioi T)Our nous, la con

rorsXX: r We Sp^r^c: pofsMe et pa. suite qÙTdansts mites de la vie on ne peut conclure a la persistance de l'âme ; car la mort de l'homme c est la fin de Srexpérrence .latrve à l'âme <:on.déree eomm^^^

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{Prolégomènes à toute métaphysique future.)

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