CHAPITRE PREMIER
A la fin du XVIII' siècle, dans le lemps même où 1 âophie, de plus en plus agressive et mililante, livrai ^ux préjugés, au\ abus, aux inslitulions oppressi Moyen-Age encore deboiil, Kanl, de la petite rue éa il vivait en anacliorèle, à Kœnigsberg, ébranlait l ■.jfliilosophie el allait remuer l'Allemagne et le mond' montait le courant de la pensée du XVIII' siècle que 1 lulion française allait précipiter à ses dernières quences et tandis que les autres philosophes se S' -de la raison pour critiquer la société et la religioi 4>lus liardi qu'eux tous, critiquait la raison elle-méi «ne fermelè de pensée et une élévation d'ilme incomp puis rattachant la politique au droit et le droit à la n montrait l'idéal que doit poursuivre l'individu, et er «ontent d'indiquer le but, il ne dédaignait pas de rec Jes moyens pratiques pour préparer la réalisation
33 lermes Kant posait Iû problème de l'Edi :e son ampleur, au point de vue individuel, iant, par sa puissante iiUlialive, donna ai . aux votonléiï une direction nouvelle (i' 1 a été permis de comparer sans hjperbo socratique le mouvement dont il est i'auleu I de Kant grandit lentement ; il fut longtem] iseur estimé qu'un philosophe célèbre. U nesse alteslent déjà une grande indépei font pas pressentir l'immense révolution qi
ilua simple et de plus uni que l'exiateiK it. Nd A Kœnigsberg en 1724 (le 32 avril), Hier, d'oriRine dcos^aise. Sa mère tétait tri le souvent de SC3 parents et leui' rend ce t I exemples reçus dans mon enfance et ma jei !at toujours ceux de la probité la plus austâi au travail s. Cette ^ilucation influa sur toui ir les idties de Kant. Aprâs avoir commencé ac « Frëd^rii dirig-ë par le D' SchulU, qui éta 1 représentant des idées de Francke à Kœnigi Dua à riToiverait^ de sa ville natale et en 174 lier ëcrit intitula: * Pensées sur la vër des torces vives >. Il passa les neuf anuées qi ilité de précepteur, dans différentes famillei jrivat-docent, ce ne fut qu'en 1T70 qu'il obtit seur. Alors commença pour lui une vie d'une- :e mathématique et monastique, entièrement chaire et à la construction de sa doctrine, a Je Henri Heine dans son livre de l'Allemagne, que thédrale deKcenig-sberg ait accompli sa tâche ilaritd que son compatriote Kant.> Sa journée ft bonne heure (à 5 heures) était invariablematin, entre l'étude et les coui'S à l'Université; lisait une promenade ordinairement solitaire, . dirigée vers une ptanlation de tillesls qu'on-
-«devaient opérer ses œuvres capitales. Son premier ouvrage important est un vaste traité de cosmographie (i) qui parut en 17S5, l'année de ce tremblement de terre qui renversa Lisbonne et causa dans toute l'Europe une si vive émotion. L'année suivante, Kant donna de ce terrible événement une relation savante et animée par les plus hautes considérations morales. Les sciences de la nature et les mathématiques semblaient alors l'absorber tout entier.
De 1747 à 1760, la pensée de Kant avait été dominée presque exclusivement par l'influence de Newton (2). Quelques
appelle, en souvenir de lui, Tallëe du philosophe. Les bonnes gens -du voisinage savaient qu'il était^deux heures et demie quand ils •voyaient sortir de chez lui M. le professeur Kant. Sa rentrée au logis n'était pas moins ponctuelle : après la lecture du soir •et le souper il prenait sept heures de sommeil et recommen- -^ait le lendemain, dans le même ordre, la série de ses occupations.
Kant ne franchit jamais les limites de la province de Kœnigs- 'berg. L'Académie de Berlin l'inscrivit, en 1787, parmi ses membres sans qu'il eût besoin d'aller solliciter cet honneur. Les Universités d*Iéna, de Halle, d'Erlangen, essayèrent en vain de l'attirer. Chose étrange, ce penseur sédentaire, qui avait horreur des voyages, aimait à se délasser de l'enseignement de la philosophie en faisant des cours de géographie. Il fit aussi des leçons sur la pédagogie et le droit naturel. Il ne ^quitta sa chaire qu'en 1797 et continua sept ans encore son existence méditative et solitaire. Il avait conservé la plénitude de son intelligence et se plaignait seulement avec bonhomie d'une difficulté de comprendre les systèmes opposés au sien. Il mourut le l'^ février 1804, âgé de près de quatre-vingts ans.
(1) Histoire naturelle et théorie générale du Ciel ou Essai sur la constitution et l'origine mécanique de l'Univers, d'après
.les principes de Newton, 1755.
(2) V. Nolen : Les maîtres de Kant et les ouvrages de B. Erd- ^anann. Lange, Baumann et de Dietench : Kant und Rousseau, JÔ78.
lom et les œuvres de S.-i. Itousseair sberg. Kant est subjugué du premier e sont accordés pour remarquer que-
de ses promenades quotidiennes eit anl quelque temps et que le buste-
jusqu'à la murt de Kant l'uniqueu philosophe. Kant dévore avidement lolse, le Contrai social, parus successii et la révolution qu'ils produisent t bientôt dans son enseignement et , qui fut son élève à l'ITuiversité de é dans une page célèbre le souvenir dit alors : • J'ai eu le bonheur dee qui était mon maître. Il était alors.
génie ; son esprit avait la vivacité et ,et il les a gardées longtempsje crois=- <ur son front ouvert et fait pour lala joie avaient établi définitivement Ëvres coulaient les discours les plus maniait avec aisance la plaisanterie^ :ons étaient le plus agréable des enie qu'il déployait à critiquer Leibniz,.
sius et Hume, à exposer les lois det des physiciens, il l'appliquait au.
es de Rousseau, qui paraissaient alors,, de la Nouvelle Héloîse, en même tempss les découvertes physiques qui arriours il ramenait l'auditeur à l'élud»
et à la connaissance de ce qui fait l'homme. La si'ience de l'homme,, ture, l'histoire, les mathématiques, enl les sources où il puisait la ma-
tière de ses leçons et de ses eiilrelîens. II excitait les esprits et les forçait avec douceur à penser par eux-mêmes ; rien n'élait pins éloigné de son caractère que le despotisme de l'autorité. Cet homme que je no nomme qu'avec la plus vive reconnaissance et le plus profond respect, c'est Emmanuel Kanl (1)- •
Ce témoignage de llerder est de la plus haute importance. Il montre d'une façon décisive la profondeur et l'étendue de la révolution opérée dans les idées et les éludes de Kant. Désormais, sous l'influence de Rousseau, l'élude de la nature ne tiendra plus que la seconde place dans ses préoccupations, les problèmes de la science morale prendront insensiblement le premier rang.
Voici d'ailleurs ce que Kant écrivait vers 1764 : • Je suis un savant par goiit. J'ai soif de connaître ; je suis tourmenté par le besoin de pousser plus loin dans la recherche de la vérité, et je goûte une joie infinie à chaque pas que je fais en avant. Il fut un temps où je pensais que tout cela constitue la dignité de l'espèce humaine, et je méprisais le peuple, gui est ignorant de tout, ttousseau m'a tiré de mon erreur. Je vois combien cette prétendue supériorité est vaine. J'apprends à connaître le véritable prix de l'homme ; et je me croirais beaucoup plus inutile que les travailleurs vulgaires, si je ne jugeais que la science apprend à connaître le véritable prix de tout le reste et à restituer à l'humanité ses droits (2), •
Tel était alors son enthousiasme pour J.^. Rousseau qu'il n'hésite pas à rapprocher l'œuvre de Rousseau de celle de Newton,
(') Herder'a Briefe xu Befœrderung der Humanitact. 49 Brief.
(2) Œuvres complètes, ëdit. Hartensteia, t. Vlll, p. 624.
m le premier, écril-il, a découvert que l'ordre et I des effets sont associés à la plus grande simplicil s, là, où avant lui, on ne voyait qu'une variétédésoi al agencée ; et l'on sait désormais que les comète des orbites gêométri[|ues. Rousseau, de son cbU 3 premier à discerner la vraie nature de l'homm 'ersité des formes factices qui la cachent profor I a mis en lumière une loi cachée, qui lui perm« jr la Providence par ses observations... Depui
Rousseau, Dieu est justifié et la doctrine de Pop exprimer la vérité (1). • 3st Rousseau, Kant vient de nous le dire lui-mëmt lit ouvert les yeux sur le caractère inviolable d ne humaine aussi sacré chez le dernier de je chez un prince (â). KanL aperçoit bien les cou
politiques et sociales de ce principe qui porter lortel aux préjugés de caste et de couleur, et qi n moins d'un siècle le servage et l'esclavage n aime surtout la hauteur morale et l'énergi ! peut y puiser. ■ Cette idée de la dignit
l'homme, dit-il, exalte l'âme entière ; elle prt mnemenl en présence de la sublimité de la na e de l'homme. On ne peut se rassasier de fixe -ds sur cet objet et d'admirer en soi-mém qui ne recule devant aucune force de la natun ent est le point d'Archiméde où la raison pei levier. Point n'est besoin de l'appuyer sur 1
Hartenstein, f. Vlll. p. 615.
uassau, dit Hdgel, dans son histoire de la philos< iroclam^ la liberté, l'egsence de Tbomme ; ce princip sition à la philosophie de Kant, dont il fera le foi
monde actuel ou sur le monde à venir. Il suffit de l'idée intime de notre liberté, qui est à elle seule un fondement solide, grâce à l'inébranlable loi morale ; il suffit de ce point d'appui pour mettre en mouvement la volonté de l'homme, quand même toutes les forces de la nature s'y opposeraient (!).)•
Si plus tard Kant se dégagea de l'influence de Rousseau, nous venons de voir que c'est toutefois sous cette influence que sa pensée changea de direction. De 1765 à 1770 il se consacre déjà à des études de philosophie morale sous l'inspiration prédominante du philosophe de Genève et sous celle aussi de Hume qui le réveilla, dit-il lui-même, de son sommeil dogmatique et lui inspira en partie sa théorie de la connaissance. Depuis les premiers essais de sa jeunesse, jusqu'à la Critique de la Eaison pure, on peut suivre désormais l'évolution lente mais sûre de sa pensée originale, qui se dessine avec une netteté toujours croissante.
La guerre qu'il préparait contre l'ancienne philosophie s'ouvre déjà en 1763 par un écrit sur la fausse subliUté des quatre figures syllogistiques, où il fait une vive satire de la manie de tout subdiviser,si habituelle aux pliilosophes scolastiques. Elle se continue par divers écrits qui tendent à démontrer que ce que les écoles tiennent pour évident repose souvent sur les affirmations les moins prouvées (it). En
(1) Julian Schmidt, 1.515.
(2) Essai pour introduire dans la philosophie la notion des grandeurs négatives, 1763 — Traité de Tévidence dans les sciences métaphysiques, 1763. — Le seul fondement possible d'une démonstration de Texistence de Dieu, 1763. — Essai sur les maladies de l'esprit, 1764, ouvrage complété par les Rêves d'un Visionnaire expliqués par les rêves de la métaphysique,
ar la publication de ses ubscrvations u et du sublime, un premier aperçu hélique. Enlin, les premières traces
apparaissent dans une dissertaliuii rs de sa nominaiiim à l'Université,
Torme et des principes du monde telligible (1). A partir de ce moment l'il ne craignait plus d'avoir à modîlenlai, qu'il ne lui restait qu'à le for-
Cependant Kant se recueillit encore le public à la doctrine qu'il enseianées déjà à l'I'nivcrsité. En 1781, ler à Riga sa Critique de ta Raison s après des Fondements de la MHa- )la Critique de la BiUson pratique (â).
lies, accueillies avec admiration par s de ses disciples, demeurèrent ceues du public. Ce n'est qu'après la ■iiique, publiée en 1787, que des arrèrent sur ces travaux l'allenlion
le Kant ressemble à celui de Des-
atqueiiiteUigibilts forma et principiis.
Qlogique des grands travaux de Kant nipot'UDte de sa vie : Critique de la — Poodemen ts de la métaphysique des Critique de la raison pratique, lUga ;emeQt, Berlin, 1790, —Sur l'avorteie Théodicde, 1791. — Métaphysique ithropologie pratique, 1798. — Logi- 't de ces ouvrages ont été traduits (Pariii-Alcaii.)
cartes; il s'agil, en face du discrédit des anciennes mélliodes, de trouver un principe solide qui puisse servir de base à unephilosophie nouvelle. La philosophie, dans sa partie expérimentale, dans la psychologie par exemple, avait fait d'incontestables progrès; mais, dans sa partie métaphysique, elle semblait livrée à des disputes sans issue. Donner » la philosophie un fondement aussi solide que celui des sciences, tel est le but de Kant; pour cela, il veut renoncer à la critique stérile qu'on faisait des divers systèmes. Qu'importe lelle objection de détail élevée contre une théorie d'un penseur isolé î II faut une critique qui s'applique à l'instrument même de tout système, à la Raison.
" La Raison, dit KanI, peut se livrer à deux exercice» dilTérents ; tantôt elle se borne à construire des théories et fait de la spéculation, tantôt elle agit et fait de la pratique; et dans ce second cas nous ne sommes plus seulement contemplateurs, nous sommes acteurs-. Or, d'après Kant, la valeur de la Raison est très différente, selon qu'elle est théorique ou pratique, selon qu'elle spécule sur les choses qui peuvent exister indépendamment d'elle, ou qu'elle entr» elle-même en action pour réaliser un ordre de choses qui doit être son œuvre. De là les deux grandes critiques entreprises par Kant et dont chacune fait l'objet d'un livre particulier : Critique de la liaison pure ou (théorique), Critiqua de la Raison pratique.
Dane ces deux ouvrages, Kant introduit dans la philosophie un changement complet de méthode. Il veut faire, ditil, en métaphysique, une révolution analogue à celle de Copernic en astronomie. Avant Copernic, on faisait tourner le soleil autour de la terre; Copernic fit tourner la terre autour du soleil et montra qu'ainsi, les apparences restant les. mêmes, on plaçait le centre du système solaire en son lie»
ne de nos connaissances, il e. Est-ce la pensée qui se
ainsi dire autour d'eux, ou jels qui, pour être connus,
la pensée à ses propres
demandée : Que sont les isqu'à quel point pouvons- )s termes, elle examinait l'examiner la puissance du aire, se pose avant toutes ) que l'esprit humain, en de la vérité ? Quelle est sa (Quelles sont ses limites T ibjels du deliors et les im- I qui détermineront d'une nous donneront la mesure désormais, au contraire, il tous avons un instrument solue, si cet instrument ne )renons pour une connais- :nt la forme, l'illusion que aux objets perçus;il s'agira droits, les bornes, la poret de marquer dans toutes iigements la part néoessaide juger et de sentir : en er, avant tout, jusqu'à quel mme une réalité objective tre impression subjective.
e et critique, par excellence :
lire et il veut savoir exacte-
pr*" "■ "7
menl ce que, dans la représenlalion des choses, il y a ai nécessairement de sa manière de se les représenter : et criliiiue, car toutes les opéralions de nos facultés vont être soumises à l'analyse la plus rigoureuse. Kant veut donc reconstituer le savoir humain et répondre aux trois questions, toujours anciennes et toujours nouvelles ; Que puis-je savoir? Que dois-je faire î Qu'osé-je espérer î Pour cela Kant va donc partir du sujet et l'analyser ou le critiquer. Or le sujet, d'un cûté, pense et connaît; de l'autre il veut et agit. De là, le pliilusoplie doit analyser la raison qnî comiait et la raison qui veut et ainsi il nous présentera d'abord la critique de la raison pure et en second lieu ta critique de la raison pratique.
La raison pure ou théorique, ou le pouvoir do connaître contient trois facultés : la sensibilité, l'entendement et la raison proprement dite.
La sensibilité est à la fois passive et active, réceptive et spontanée : le sujet est modifié par les impressions des objets extérieurs (passivité ou réceptivité) et il réagit à son tour par la spontanéité pour se former au moyen des impressions reçues, l'idée ou la représenlalion de ces objets. Comment la sensibilité peut-elle se représenter les objets f Seulement avec ces deux formes, l'espace et le temps, qui sont nécessairement les cadres dans lesquels ils doivent être enchâssés : nous ne pouvons donc concevoir les objets que comme étendus (espace) et comme successifs (temps) et U faut absolument que nous les voyons de cette manière; de sorte qu'en définitive nous ne percevons pas les objets tels qu'ils sont en eux-mêmes, mais tels qu'ils doivent forcément nous apparaître, en d'autres termes, nous les concevons, comme phénomènes: ils ont bien une réalité pour nous, subjective, mais nous ne pouvons rien savoir de leur réalité
t la vie spirituelle à un miroir ul)jets sous une forme iiidédj pourra les voir autrement :
els en eux-mêmes, mais ils
I cause des formes nécessaires liruir prétendait qu'il voit les ive, il se tromperait; car il ne ! subjective ou phénoménale.
iA nécessaires de l'espace et parait et non ce qui est, c'eslnènes ..
3US trouvons dans la raison ut qui opère sur un certain par la sensibilité; qui en tire me des jugements. Mais ilen de la sensibilité. Outre qu'il isions, des pliénomènes, (car la sensibilité, les choses en obligé de procéder, lui aussi, ?saires, et il faudra qu'il jette es objets pour les percevoir, s rapports des choses comme il en peut juger d'après les cognitif; donc il ne pourra ilé objective de ses jugements, leur réalité subjeclive.
notre entendement, Kant les )te quatre : 1" la quantité, qui la totalité ; 2° la qualité, qui ation et la limitation ; 3° la rec subslance, de cause et de lité, qui comprend l'idée de
possibilité, d'existence, de nécessité et les idées contraires d'impossibilité, de non-existence et de contingence. Par conséquent, notre entendement voit tout à travers ces formes-là et ne peut rien voir d'une autre façon ; il est donc impossible d'affirmer, par son moyen, les choses dans leur réalité objective et absolue, les noumènes, mais seulement les choses dans leur réalité subjective et apparente, les phénomènes.
Enfln, la raisim proprement dite s'élève encore plus haut queTentendemenl, elle va à l'infini et à l'absolu, au monde transcendental. Mais elle a, comme la sensibilité et l'entendement, ses formes nécessaires, qui sont l'idée de l'unité du sujet pensant (le moi), l'idée de la totalité des phénomènes (le monde), l'idée de l'unité de tout ce qui peut être pensé ou de la cause première (Dieu).
Il faut que notre raison ait ces idées là et elle ne peut pas* ne pas les avoir : mais s'appliquent-elles à quelque chose au dehors? On ne peut l'affirmer; ces idées sont simplement des idées. Donc il est impossible de passer du monde subjectif au monde objectif, du monde des phénomènes à celui des noiimènes. Il y a un abîme entre les deux. La raison théorique peut-elle s'élancer par dessus cet abîme et d'un vol audacieux essayer de le franchir ? Qu'elle s'en garde, dit Kant, elle y serait impuissante et ne trouverait dans sa témérité que ruine et contradiction. Il faut donc conclure que nos facultés intellectuelles ne peuvent nous révéler que les phénomènes ou les apparences, et qu'elles ne peuvent rien nous apprendre de la réalité objective des faits transcendants ; par leur moyen, nous pouvons croire au monde invisible, mais nous n'en pouvons rien savoir.
L'homme est-il donc condamné à cette désespérante in-
. n'y a-l-il pour lui aucun moyen d'arri^ :tive T La Critique de la Raison prtiiqite éponse à celte queslion. C'esl ki la pari léorie de Kant, et à notre avis, son œuvn I avoir tout abattu, Kant va tout reconsti la conscience morale. Nous allons indii lieU de celte réédillcation.
imène seul nous est connu : le noumène,
existant dans sa réalité absolue ne pi raison théorique, à savoir par les seni ent. Par conséquent tant que, pour perc i nous en tiendrons à nos facultés cogni
nous n'arriverons à rien de certain, car el
les choses non en soi, mais comme ell it forcément sous les formes nécessaires intellectuelle (espace, temps, catégorie 'y a donc qu'un moyen pour arriver au nés, c'est d'examiner si nous ne pouv ^nnaissance immédiate, indépendante c rique et des formes qui nous empêchent i s la réalité objective. Or, ce moyen eut percevoir une réalité, immédialeme la raison théorique; une réalité indépen< lement, indépendante de toutes les fom 'e pas, mais qui s'impose et qui existe en asl le point central de l'être, complèlemen ut intermédiaire en se présentant à noi oi, ce noumène, qui aussitôt nous transpo es vérités absolues, c'est la conscience < lia le seul fait dont nous soyons silrs, q lui-même, immédiatement, indépendamu
l'esprit spéculatif et en dehors du mondi
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menai. C'est sur cette base seule solide que Kant va main* tenant relever tous les principes de la philosophie.
La loi morale s'impose à nous avec une autorité absolue : elle parle avec souveraineté, c'est Yimpéraiif; et comme elle ne souffre aucune exception à ses ordres, c'est V impératif catégorique. C'est là le fond même du sentiment du devoir ou de la raison pratique. Nous y constatons cependant deux lois, mais non égales en puissance et en autorité: l'une qui nous dit de rechercher notre propre bien, l'autre qui nousdit d'accomplir, quand même, le devoir, notre propre félicité dût-elle en souffrir: ces deux lois sont souvent en contradiction et en lutte l'une avec l'autre, la raison pratique nous^ ordonnant la pureté de l'action, et l'amour de nous-mêmesnous poussant vers le plaisir et le bonheur. La première de ces lois a une valeur 3bsolue, indépendante, c'est V autonomie-,. l'autre, celle qui nous fait rechercher notre bien-être, peutêtre regardée comme une ordonnance étrangère, c'est Vhéiéronomie, Il y a donc une antinomie dans la loi morale à cause de la lutte signalée plus haut. Comment cette antinomie cessera-t-elle ? Par le souverain bien : notre conscience nous affirme que le vrai bonheur c'est d'être dans l'ordre,, que celui-là seul est heureux qui est vertueux; le souverain bien est l'état où le bonheur et la vertu se confondent.
Mais la loi morale, l'antinomie qui est en elle, et le souverain bien entraînent nécessairement plusieurs postulats^ C'est d'abord la croyance à la liberté, car obligation et liberténe se séparent pas. C'est là, d'après Kant, le premier postulat de la raison pratique. Le second est la croyance à l'immortalité, à une vie future, où le bonheur et la moralité seront unis dans une harmonie supérieure; en effet lorsqu'un être a conçu une telle fin de son existence, ne serait-il pas dérisoire que sa vie fut tranchée après une tentative de-
jarfaite [loiir s'approcher d'un lel ter nheur doil élre allactié et proporlioi n'en est pas ainsi dans ce monde: il f:
imprime série de vies nouvelles s'ouvn jue le bien s'accomplisse et s'achève e'
I couronnement. Ëiilin, pour que le boni j comme son efTet naturel et nécessaire e intelligente et juste préside au co cette intelligence sache tout, sonde tt . rende à chacun selon ses œuvres. La < ligence suprême, l>ien, est lo troisième
c la liberté, l'àme, Dieu, riinniorlalité son aisonnement, mais sur l'obligation d'acci
II n'y a nul moyen de les attaquer,
1 conscience elle-mt^me. Ce qui ne se |i( r, avons nous dit, c'est ce i(ui a unt ,ui, par conséquent, n'est jamais un mo; mais est sa fin à soi-même. C'est une m pas une nécessité physique, une co eut s'y soustraire) mais une nécessité de brement. C'est dans l'accord de la liberl -à-dtre dans la bonne volonté, dans le b ide le bien.
;e qu'il est possible de concevoir dans ce monde n général hors de ce monde, dit Kant, il n'y a ) chose qu'on puisse tenir pour bonne sans restsl ia bonne volonté. Je n'appelle pas ainsi, dit Qiple souhait passif, mais l'emploi volontaire de )ïens qui sont en notre pouvoir. L'intelligence, ; jugement et tous les talents de l'esprit, ou le résolution, la persévérance, comme qualités du
lempérament, sont sans doute bonnes et désirables à bea coup d'égards; mais ces dons de la nature peuvent au; *lre extrêmement mauvais et pernicieux, lorsque la volon ^lui en fait usage, et qui constitue essentiellement ce qu'i appelle le caractère, n'est pas bonne elle-même.
t La bonne volonté ne tire pas sa bonté de ses efTels de ses résultats, ni de son aptitude à atteindre tel ou tel b proposé, mais seulement du vouloir, c'est-à-dire d'elle-mém et, considérée en elle-même, elle doit être estimée incoi parablement supérieure à tout ce qu'on peut exécuter par e au profil de quelques pencliants ou môme de tous les pt chants réunis. Quand un sort contraire, ou l'avarice d'u nature marâtre priverait cette bonne volonté de tous 1 moyens d'exécuter ses desseins; quand ses plus grau efCorls n'aboutiraient à rien, et quand il ne resterait que bonne volonté toute seule, elle brillerait encore de s propre éclat, comme une pierre précieuse, car elle lire d'el même toute sa valeur. L'utilité ou l'inutilité ne peut ri ajouter ni rien Oter à celle valeur (!)». C'est que la bon -volonté, étant libre, ne doit rien qu'à elle-même, et éti raisonnable, se trouve d'accord avec toutes les autres volon raisonnables et libres cooune elle. Tel est le bien absol il n'est pas vraiment distinct de la personne, il esl la p sonne môme. Les • choses • ont une valeur relative, ■ peut se calculer et se comparer ; la • personne > raisonna et libre a une valeur inestimable et incomparable : Taite -ces deus éléments, raison et Uberté, rien n'égale une p sonne en dignité, si ce n'est les autres personnes. La libe «st à la fois législateur et sujeL Elle esl législateur, en l qu'elle prononce au nom de la raison dont elle ne se sép
(i) Métaphysique des mœurs, trad, J. Barni.
n tant qu'elle doit agir d'après les ordre ^le qu'on a de la sorte est donc une aut il'à-dire une loi que chacun trouve en lui à lui-môme. Par conséquent, il ne saurait li contrainte dans notre obéissance à ia li : peut en aucun cas nous être imposée du d essence librement acceptée, ou plutôt libi crjte par nous-mêmes à nous mêmes.
>re absolu de la volonté libre et de la personne, Kant déduit la première form : -Agis de telle sorte que tu traites touji : et raisonnable, c'est-à-dire l'humanité, comme une fin el non connue un moyer Lommes sont doués comme nous de vt onnables ; ils doivent donc être pour noi 5 des moyens ; c'est pour cela que l'esclai mL si odieux sous toutes leurs formes : I iclave, en eiïet, est traitée comme un i jne fin; l'esclave est ta chose du maître.
il la moralité poursuit la réalisation seraitd le république des volontés libres et raison e chacune serait pour les autres une fi irenanlpourlin réciproquement, réalisera elle «la république desfins ■, c'est-à-dire u libre et parfaitement unie, dans laquelle ( it à la fois, selon la profonde concept!
uverain et sujet, législateur el exécuteur pourquoi, dit Kant, le devoir peut enci la façon suivante : • Agis comme si ti n même temps que sujet dans la républîq isel raisonnables >.
enta de la mëtaphjsique des mceurs.
Comment distinguer, dans la pralique, les actions qui sont conformes ou contraires à cet idéal? « Il y a pour cela, dit ICant, un moyen : c'est de voir si une action peut être érigée en loi universelle pour loules les volontés raisonnables et libres; quand elle le peut, elle est bonne; quand elle ne le peut, elle est mauvaise. Par conséquent, nos actions, pour étrejustes, doivent avoir la généralité, l'universalité d'une loi applicable à la cité des êtres libres. De là une troisième formule qui, d'après Kant, était définitive et résumait les deux autres : «agis de telle sorte que la raison de ton action puisse être érigée en une loi universelle ».
Toute la morale de Kant peut donc se ramener à ce précepte : Respecte ta dignité, respecte ta liberté et la liberté 4e tous les autres êtres; car la liberté seule a une valeur absolue et est seule à elle-même sa fin ; le reste n'est que moyen. En d'autres termes, la personne humaine est un objet de « respect absolu » en nous et chez autrui (1). Ainsi il aboutit à poser l'autonomie de la volonté comme le principe unique de la morale et à condamner toutes les doctrines qui sont fondées sur le bonheur personnel ou le sentiment moral et qui parlent toutes du concept de l'héléronomie de la volonté.
Agir conformément à la loi, agir par devoir et déployer toute la bonne volonté possible pour obéir à la loi, telle doit
(l) Selon Kant, le respect absolu de la personne est le fondeiotient moral du droit comme il estceluî du devoir. «Il y a, dit-il, deux sortes de législations : Tune morale qui est interne, Tautre Juridique, qui est externe. De la différence de ces deux législations naît la différence de la morale et du droit. Le principe de tous les droits est celui-ci : « agis extérieurement de telle sorte -que ta liberté puisse s'accorder avec la liberté de chacun suivant une loi générale de liberté pour tous ».
conduite ; obéir au devoir el au devoir seul, voil» le liberlé ! ■ Devoir ! s'écrie Kant dans une aposlèbre, Devoir, mot grand el sublime, qui ne coin- I toi rien de ce qui plail, ni de ce qui Aalle, mais . l'obéissance el la soumission ; toi qui, pour mou- >loRlé, n'as besoin de l'aimer de rien de ce qui effraye ia sensibilité naturelle, mais qui poses )s yeux une loi qui trouve d'elle-même le chemin obtenant, bon gré, mal gré, le respect de ceux-là li ne l'observenl pas, el frappant de stupeur toutes, liions, môme lorsqu'elles travaillent sourdement e ; devoir, où donc est ton origine, une origine
toit Où trouver la racine de la noble lige, qui fièrement louie alliance avec les pencliants, celte
il Tant placer la condition indispensable de la B les hommes peuvent se donner à eux-raéraes ?(!)•■ :, à la morale complaisante et relâchée qui régnait t oppose une morale stricte el sévère, qui n'admet, cas que l'homme se dérobe au devoir; à la morale-
ique de la Raison pratique fl's partie, liv. I,) trad. pprocher ce passage de Kanl du pussa^^e non moiiisî Rousseau, dans la profession de foi du Vicaire
< CoQscieDce '. conscieace ! instioct divJQ. immortelle voix, guide assuré d'un être ignorant et borne, mais t et libre; juge infaillible du bien et du mal. qui rendslemblable à Dieu ! C'est toi qui fais l'excellence de sa
la moralité de ses actions ; saas toi, je ne sens rieik li m'élève au-dessus des bèles que le triple privilège er d'erreurs en erreurs à l'aide d'un entendement aaas une raison sans principe.. .> La conscienci: dont Rous' ira avec tant d'ëtoqueuce la sublime natui-c est plutdl^ la conscience de notre i:i dépendance que celle de no^
variable el vague du seiitiinenl qui abusail du mot verlu et s'allendrissail sur sa propre sensibilité, il uppose une doc- Iriiic rigide, ausiére, lotile de raison, qui se défîe du senlimenl et le tient à l'écart comme suspect.
La ciinciusion qui a)uronne tout l'ouvrage est une des pages les plus sublimes qu'ait inspirées la pensée philosophique. On peut la mellre à côté de ce que Platon et Pascal ont écrit de plus beau : • Deux choses, dit-il, remplissent l'àrae d'une admiiraiioii et d'une vénération toujours nouvelles, toujours croissantes, à mesure que la réflexion s'y applique plus souvent et plus rortemenl : le ciel étoile audessus de moi, et la loi morale au-dedans de moi. Ces deux, choses, je n'ai pas le droit de les clierclier el de les conjecturer seulement, comme cachées dans les ténèbres ou dans l'infini, en dehors de mon horizon : je les vois devant moi, et je les rattache immédialenieut à la conscience de moa exitHence. Le tjremier de ces spectacles, du point qu& j'occupe dans le monde extérieur, emporte ma pensée dans l'immensité, à perte de vue, de mondes en mondes, de systèmes de mondes en systèmes de mondes, el la promène dans les temps sans limites que supposent les révolutions, de ces mondes, leur commencement et leur durée.
Le second me montre mon moi invisible, ma personnalité, placée au sein d'un monde à yui appartient la véritable infiuitude, qui n'est ouvert qu'aux explorations de la pensée, el avec lequel je me reconnais, non comme tout-à-l'heure en relation purement accidentelle, mais en relation universelle et nécessaire. La première contemplation, celle d'une foule innombrable de mondes anéantit pour ainsi dire mon importance, en tant que créatui'e animale qui doit rendre la matière dont elle est faite à la planète (simple point ellemême dans l'univers), après avoir été un inslant, el on ne
ée de force vitale (1). La s 'aire, celle du devoir, élève ntelligeul ; car, dans ma per le une vie indépendante d< < monde sensible, du muins
deslinalion finale assignée iqnelle n'est pas bornée au ie, mais porte jusque dans i dit-il, eu terminanl, (reche onduile méthodiquement) i
la doctrine de la sagesse, si eut ce que l'on doit faire,
aux mailre< pour bienprfy de la sagesse, que chacun A*
autres de l'erreur. La phil ardienne de celle science, e part aux recherches subtile ie du moins aux doctrines qi leuvent enfin lui apparaiin
i vu, s'est efforcé de concilie le ces deux principes quitem lulre, la toi et la liberté. Av; considérée comme un con se par la crainte ou par l'esi i menaces et non par sa p npée, avant tout, de raiïra
DUS le pr«mier rapport, il es lëcessaires de la oature ; soi lia qu'à UB, propre loi, il est li tison pratique: traductioD Pir
de l'homme, la philosophie du XYIIl* siècle, voulant 1 ciper de loute aulorilé, avail cru trouver la liberté hors de la loi, en l'alTranchissant de loute règle et di discipline, grâce an principe de la nature.
Kant comballil et concilia ces deux points de vue o| A ceux qui réduisaient la loi morale à une législalioj rieure etmalérielle, aboulisssul au servilisine et à la vite, il oppose le principe de l'aïUonomie de la volo ceux qui niaient toute règle et ne reconnaissaient loi que le plaisir, il opposait le principe de i'impérnl, gorigue, c'est-à-dire du devoir, qui commande absolur sans condition. Enfin il réconciliait ces deux doctrine le principe moyen de rhumanUé comme fin en soi.
• De ce principe, l'humanité comme fin en soi, dit M. naît évidemment une loi universelle qui s'impose à individu et commande par elle-même et sans conditior pour les partisans de la loi. Mais, d'un autre coté, l'iiu se reconnaissant elle-même comme fin en soi, ne pt ae pas vouloir être traitée comme telle; et ainsi { volonté elle-même, en tant que raisonnable, qui consi loi et qui dicte la loi : voilà la part de la liberté. La le liberté se concilient donc nécessairement et ne son seul et même principe considéré à deux points do vu< rents. Ainsi te principe de liberté, qui faisait le fon philosopliie du XYIll* siècle, et qui est la racine de la humaine et du droit, était rattaclië en même temps a cipe de l'ordre et du devoir, sans lequel aucun dn cune dignité n'est possible. L'émancipation de la ci humaine, que Kant a voulue, autant que qui que ce XVIII* siècle, pouvait donc se faire sans porter atti aucun principe delà morale; et c'était du même p que sortaient, pour Kant, à la fois et le devoir et le (
liun de la l()i et de la liberté : telle est [ant, tel est l'idéal qu'il propose à noire ilëler l'élude de la morale Kantienne, r encore son ouvrage sur la Reliilas de la raison, enfin et surtoul la ■.œurs qui parut en i79(î el 1797 et que 1 deux parties : Eléments mélapl^aiques Is méiaphysiquei de la vertu. Tous nos anl des devoirs de droit qui peuvent être ion extérieure el positive, ou des devoirs îls loul dépend de l'inlenlion el du but, e commandés pai* aucune loi exléricure.
ennent le droit de l'iiitmanité en nuire le droit des hommes ; les seconds, la fin ire personne et la fin des hommes, 'oit est divisée en deux parties : dans la ;upe du droit privé ; dan.< la seconde, du
ine de la vertu, plus importante pour le is proposons, elle contient, outre une parties principales. La première ou doc- ■aile, dans un premier livre, des devoirs .1 généi'al : ces devoirs sont des devoirs port à riiomme considéré connne être moral, comme juge naturel de lui-même, parfaits et onl pour objet le développeuenl de la perfection naturelle ou de la
livre, il est question des devuirs envers considérés simplemenl comme hommes, snfaisance, reconnaissance, sympathie et u considérés au point de vue de leur état.
C'est à la seconJe partie, ou méiliodologie qui renterinf une didactique et une mcétiqitc que l'on peut rattacher U traité de pédagogie de Kant qui est le complément nature et nécessaire non seulement de ce dernier ouvrage mais encore de la morale kantienne tout entière.
En effet, si l'un veut avoir un Kanl complet, il faut nor seulement étudier son idéal moral, mais encore les voies ei moyens qu'il propose pour réaliser cet idéal ou plutôt poui essayer de l'atteindre : tel est l'objet de son traité de pédagogie.
Il ne suint pas à l'tiomme de concevoir un idéal de la vie une régie de l'activité libre, une lin de sa conduite; il faui que l'ordre qu'il a reconnu en dehors de lui, il le réalist dans sa conduite et en tout ce qui dépend de lui. Lalo suprême de l'univers, nous le savons, est révolution vers Ie bien, le progrès. Cette loi s'impose à l'homme, ainsi qu'auj autres êtres, mais non entièrement de la même façon. ElU s'impose aux autres êtres, comme la loi de la pesanteur, pai exemple, s'impose au minéral; elle s'impose à eux, en ur mol, comme une loi pliysiqiie dont l'action nécessaire ne peut être évitée. Mais il n'en est plus de même pour l'homme Sans doute, en tant qu'animal, l'homme aussi est soumis à dei lois fatales ; une grande part de sa destinée est réglée à son insu, sa vie physiologique est presque tout entière sous' traite à son intervention ; mais l'homme, nous l'avons vu, est libre, il est jusqu'à un certain point niailre de ses actions : aucune loi ne peut physiquement le contraindre à agir. Seulement il sent bien qu'il doit agir dans un certain sens, son intelligence et sa conscience lui disent que là est le bien, I; est le bonheur. La ioi du progrés s'impose à lui, non plut nécessairement et comme une loi physique, mais llbremeni et comme une loi morale. L'homme est le seul être qui ail
„ 44 ue chose qu'il faut faire, quoique l'on 1 le pouvoir d'embrasser d'un regard , de se demander quelle en esL la raison, in d'cïlre aiilanl qu'il dépend de lui tinée.
problème de l'Educalion, il Tant donc jslinatiun de la vie humaine. De l'idée d évidemment la direction de l'Educa-
aison de la dépendance nécessaire qui la psychologie, un certain nombre de orains n'ont pas élé frappés au même iliun plus étroite encore qui la rallaclie
lion, dit à ce propos M. Boirac {Revue l't de l'éducation exige impérieusement )our se définir même, l'examen et la i ce problème fondamental : quelle est cation et comment se subnrdonne-t-elle prême de la vie humaine f Tant qu'on mt élabh et délimité le but flnal, il eoir sur des bases solides une théorie ducation. Celte question préjudicielle il résolue avant qn'on aborde l'étude U psychologiques qui président à leur ■el; à plus forte raison doit-elle préprocédés el des méthodes qui permetois pour le succès de l'éducation eilelair que les moyens à employer varient les fins qu'on se propose et que les 1 sujet sur lequel l'art doit agir chanaspect pour le praticien selon la nature ;nd les ajuster «.
Développer dans l'homme loute la perfecL naliire comporte, lel est pour KaDt l'objet de l'éd • Acluellemenl, dil Kanl, les hommes sont loin d' but de leur existence, mais nous pouvons du vailler au plan d'une éducation conforme au bu se proposer, et laisser à la postérité des instruct pourra réaliser peu à peu. Voyez, dit-i), la pi appelle les oreilles d'ours : si l'on lire des rejet même de la plante, on n'oblienl que des fleurs et méiue couleur ; lorsque au contraire on en sën les fleurs ont des nuances tout à fait diffère variées. La nature a déposé en elle des germes et il suRIl de les cultiver convenablement poi lopper. Il en est de même chez l'homme. >
• Il y a beaucoup de germes dans l'humanité, el à développer propurtionnellement nos dispos relies, à donner à l'humanité tout son déploieme en sorte qu» nous remplissions notre deslinali maux remplissent la leur spontanément et sans I L'homme au contraire est obligé de cliercher à
(I) C'est dans le même sens que M°>° Necker < Stuart Mill, J.-P. Richter, M. Marion ont donné le
« Elever un enfaut, c'est le mettre en état de rem; possible la destination de la vie (Educ. proff. iîvre
« L'Education embrasse tout ce que nous faison mSmes et tout ce que les autres font pour nous en rapprocher de la perfection de notre nature. »
< L'EdiicatioQ doit mettre au jour l'idéal de l'ini trine de l'Education), i
* L'Education est un ensemble d'actions intenti lesquelles l'homme essaye d'ulever son semblable .
it le faire ({u'autant qu'il en a tine idée, .devenir meilleur el, si l'on esl mausni la moralité, voilà le devoir. Quand nenl on voit combien cela esl dillldle.
le problème le plus grand el le plus i être proposé, d'antanl plus que les le l'éducalion et qu'à son tour l'éducaères (1). -
pable pendant les premières années de iver lui-même, l'éducateur a pour tâche idat à l'immanilé à se conduire par luible, de l'amener aussi prés que possible tine.
iparaisou familière aux anciens el qui l'éducation d'autrui el à l'éducation de our chacun de nous, dil M. Marion, de l pour l'éducateur, de façonner comme se l'âme qui lui esl conflue. Or, il faut feux fi\és sur un modèle. Si la psyclionous apprennent, en quelque sorte, le , à quelle matière nous avons affaire, ;l par quels moyens nous pouvons agir !st la morale qui nous met en face du éaliser. C'est elle qui (Ixe à l'éducateur is la direction vers laquelle tous ses
it, avons nous dil, on peut même dire toute existence esl celui du progrès.
stinct dévie ; mais sa racine ne changé
offie, introduction (trad. Barni) Alcan.
pab. Cette aspiration an mieux est la raison d'être de science de l'Education, son appui et son biil. L'individu q n'aurait en lui nul sentiment de la perfection, échapperait toute tentative ôducatrice. Chaque individu, en revanch dans lequel ce sentiinenl existe el se manifeste à un degi quelconque, fût-ce le plus infime, est susceptible d'éducalic et ne doit pas être abandonné.
On voit quels rapports étroits existent entre la morale ' )a pédagogie et comment la pédagogie de Kant est le cou plémeut nature) et nécessaire de sa morale.
i de Kant fut publiée seulement en 180^ e le recueil des noies dont Kant se se le pédagogie qu'il faisait à certaines épc e Kœnigsberg, outre ses autres cours de irenait pour texte de ses legons le livre 3, Samuel Bock, mais il s'écartait libre otanl au fur et à mesure ses impressio lotes qu'il avait écrites, suivant son habii s séparés, il les confia dans les dern à un de ses Jeunes collègues, Tliéudure I nandé la permission de les publier. Elle!
de pédagogie, que Rink fit paraître en i mort de Kant. • Sans doute, comme I faut pas chercher un ensemble harmor l'est ({u'un lecueil d'observations cousue s et non un ouvrage savamment comp n pas s'étonner d'y rencontrer plus d les redites. Mais, en revanche, au lieu É comme celle d'un traité didactique dai on y trouve une lecture aussi facile qu ttrayante que solide •.
rs 3 l'univerâilé, Kant revenait souvent, n marquée, sur les questions d'éduc; lait [iréparé à merveille [lar ses profoi nature humaine et sa haute pliiloso rrait d'ailleurs trouver disséminées dai ouvrages antëriuurs un grand nombrt
es et d'indications sur le problème de l'Educalion. Cel ^occupation constante ne saurai^ nous étonner si no us rappelons qu'avant d'être professeur, i! avait été, pe it neuf années consécutives, précepteur dans plusieu ailles des environs de Kœnigsberg et qu'il eut ainsi < ;s bonne heure l'occasion de faire de nombreuses obst jons et expériences. Citons enfin l'influence de l'Emile. >iuus avons vu comment Rousseau avait ouvert les yei
Kant sur le caractère inviolable de la personne IiumaL avait ainsi contribué, en changeant la direction de s usées, à le pousser à l'étude et à la construction de si itème et de son éthique. Un exemple montrera combii nt avait été enthousiasmé par la lecture de VEmile ument il fut séduit tout d'abord par la célèbre théorie i I. Rousseau sur l'homme naturel et primitif opposé à cel e, d'après lui, avaient façonné la civilisation et la sociél Oans le courant del'année 1764, c'est-à-dire deux ansapr publication de VEmtte, parut à Kœnigsberg un étranj ïcimen de l'homme naturel. C'était un homme des bi nant la vie nomade, léLe ot pieds nus, le corps envelopi ne peau de béte; il était suivi d'un enfant de huit an is deux poussaient devant eux un troupeau de vaches, ( utons et de chèvres. L'honuue avait une Bible à la ma lançait des prophéties à la foule accourue de tous cût^
peuple l'appelait le prophète aux chèvres. Mais ce q éressait surtout Kant, ce fui l'enfant, ce petit sau\ âge qi vé dans les bois, loin de toute société, avait appris lister aux intempéries, ne montrait sur son visage, 1 ublait-ll, ni rudesse, ni embarras, ni les effets de la ser^ le ou de l'attention forcée ; c'était enfin, à ses yeux, ■ i ant parfait, tel que pouvait le désirer un moraliste exp lental qui serait assez modéré pour ne pas compter pan