H. — COMM. KANT A ACCOMPLI SA TACHE
- Que nous dit donc le grand penseur de notre rapport avec la sphère de la réalité propre (c'est- à-dire transcendante) ? Il nous dénie toute capacité d'affirmer des objets mêmes ce que nous en pensons nécessairement, conformément à nos représentations. Nous disons bien des choses qu'elles sont, et qu'elles sont telles ou telles, mais cette existence est en nousmêmes une forme toute subjective. L'élément ' décisif dans toutes nos connaissances est déjà entièrement en nous, avant que nous connaissions. Comme c'est nous qui tirons de noiif l)our la doimer aux choses leur existence phé- ) nomènale, nous ne savons rien de leur existen- 4^2 en soi, Kant exprime encore ainsi sa peu- " sée : Nos connaissances ont bien une valeur objective, mais ce^tte valeur ne se rapporte pas aux choses en soi, ou aux objets transcendentaux, c'est-à-dire aux objets tels qu'ils sont en oux-mèmes, hors de nous ; elle ne se rapporte qu'aux objets e//i/)i>«Vy;/eA% c'est-à-dire aux phénomènes qui sont dans notre pensée à titre de représentations. Si je dis de mon ami.:
PESCH. — KANT. — 6.
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KxVNT ET LA SCIENCE MODEHNE
il est parli il y a deux lieures, il est actuellement à deux milles de moi, il est un être, il est réel, il n'est pas un accident, ce sont là autant d'énonciations qui ont une réalité dans mon acte cognitif même ; mais en dehors de cet acte, y a-t-il quelque chose qui leur corresponde, c'est ce que j'ignore absolument.
Si donc les choses sensibles en soi ne peuvent nullement être atteintes par notre connaissance ( lacjuelle est confinée dans le monde phénoménal pur), il nous est encore moins possible d'atteindre par la pensée, grâce au sensible, l'existence suprasensible (métaphysique).
Telle est dans ses grands traits l'esquisse de la découverte capitale de Kant(l). En d'au-
(1) Schopoiiliaucr remarque que l'Idéalisme (lui rtsulle de 1.1 philosophie de Kaiit n'est pas neuf ; il est précisément identique à la doctrine fondamentale des Védas et des Pouranas, à la doctrine de Majà (l'illusion). Mais, dit-il, Kanta exprimé cette antique doctrine d'une manière entièrement neuve et originale, et il en a fait, par la plus calme et la plus sobre des expositions, nue vérité indiscutable. Schopenhauer énonce ainsi les services rendus par Kant : « Le plus j,nand mérite de Kant
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1res termes, nous ne sommes autorisés à rien? aflermir scientifiquement que sur les choses r/ccessibles à la perception sensible, et encore non sur les choses en elles-mêmes ; nous ne pouvons rien alïirmer que sur les choses comme phénomènes, et encore n'en pouvons-nous dire que ce que nous leur donnons nous-mêmes en les connaissant. C'est moi qui me fais tous mes objets de connaissance ; je suis donc le producteur de F univers que je connais ; et ainsi je suis l'alpha et l'oméga. C'est vrai-
« est la distinction entre \c phénomène et la chose en soi, — « distinction fondée sur cette démonstration qu'entre les cho- « ses et nous s'interpose toujours rintellect : en conséquence de « quoi elles ne peuvent être connues selon ce qu'elles sont ci» « soi. Il a été mis sur la voie par Locke... Celui-ci avait « isolé de la chose en soi la part (son, odeur, couleur, etc). que^ « les onjanes des sens prennent à son appréhension ; Kant iso- « la de plus en plus la part des fondions cérébrales ». Le monde en taut que volonté et représentation, 4«édit., i,i05) : vv Cette « connaissance claire et cette exposition calme et réfléchie- « de la nature tout illusive de l'univers sont proprement la base ( de toute la philosophie de Kant, c'en est l'àme, c'en est le « plus jçraud mérite. 11 vient à bout de démonter et de fairec( passer pièce à pièce sous nos yeux tous les rouages de notre « faculté cognitive —, par lesquels se produit li'Uusion du mon- (( de objectif ».
KANT i:t la science moderne
ment une découverte à la Copernic ! Kant croyait avoir par là le premier trouvé le seul chemin possible pour donner à la connaissance humaine la certitude, dont elle était jusqu'alors dénuée. Lorsque, à propos de l'œuvn*. de Kant, on nous rappelle l'œuf de Colomb, nous avouons que la comparaison nous paraîtrait encore plus topique, si Ton nous disait que le nouveau Colomb a mis en bouillie l'œuf qu'il devait faire tenir en place.
Dans les chapitres suivants, nous rechercherons en particulier, comment Kant, avec sa grande découverte, est devenu le fond(}ment principal de la science moderne, non seulemiMit théorique, mais encoi'e pratique.