KANT ET LA SCIENCE MUDKRXE
sensibilité et dans la pensée. Sans doute, la Critique de la Raison j)?^re dépasse Texpérience et pénètre dans la sphère de l'apriori ; l'auteur essaie de monti'er par l'exemple des inathématiciues que notre pensée est réellement en possession de certains éléments a priori ; puis, il met en relief les élémeuls a priori qui entrent dans tout acte de connaissance et déterminent absolument l'expérience. Mais partout son point de départ est celui-ci : Ouc dois-je admettre d'avance pour expliipier le fait de l'expérience?
Il connaît bien la riche série des questions qui conduisent au delà et au dessus de l'cwpériencc. (( En commençant», dit-il,» i)ar le (.( champ de l'expérience, et en s'élevant peu (( à peu juscpi'à ces idées sul)limes, la pliilo- (( Sophie montre une dignité qui, si elle panai rail seulement soutenir ses prétentions, lais- « serait loin derrière elle la valeur de toute (c autre science Innnaine, puisqu'elle nous pro- (( met de donner des bases à nos plus grandies (( espérances et nous ouvre des i)ei'spectives
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(( sur h's fins dernières, où tous les efforts de (( notre raison doivent enfin converger. Le ce monde a-t-il eu un connnencement et est-il « limité dans l'espace? mon ;»ot pensant posc( sède-t-il une unité indivisible et indestruc- « tible, ou n'y a-t-il rien que de composé et c( de périssable? suis-je libre dans mes actes, « ou, comme les autres ètn^s, conduit par le (.( fil de la nature et du destin? y a-t-il enfin ce une cause supérieure du monde, ou les cho- « ses et leur ordonnance composent-elles l'ob- (( jet dernier, auquel toutes nos méditations ((doivent s'arrêter » ? — Voilà les questions pour la solution desquelles le mathématicien (( donnerait toute sa science, car cette science, (( par rapport aux fins supérieures de l'hu- (( mandé, à celles qui lui tiennent le plus au « cœur, ne lui procure pas de satisfaction, ((etc. (1) ». Quand on se montre à ce point convaincu de la grandeur et de l'étendue du monde idéal, on est tout prêt d'assigner pour
(1) Critique de la Raison pure (édit. Uosenkranz. p. 368).
tâche à la philosophie transccndentale la solution de celte question : Que dois-je penser de Celui que je suis dans la nécessité de reconnaître au dessus de Vexpérience sensible comme réellement existant? Au lieu de cela, Kaiit parler (c de Fabîme sans fond de la métaphysi(iue, « d'un océan ténébreux sans rivage et sans « phare, d'un champ de bataille où se livreut « des luttes sans lin ^) ; il accuse la métaphysique d'èti'e te le mirage de la science >>. Quoique l'attitude négative de Kant vis-à-vis de la métaphysi({ue ne doive peut-être pas être serrée de trop près dans ses manifestations, néanmoins elle n'en éclate ([ue plus nettement dans sa philosophie. En ellel, il absorbe toute la philosophie dans l'explication de l'expérience ; c'est déjà reconnaiti'e d'avance à l'expérience la place injustifiée qu'elle occupe. Ce défaut de tacti(iue, si l'on peut ainsi l'appeler, mériterait à peine par là même une mention spéciale», s'il ne faisait bien comprendre l'étroite parenté qui existe au fond entre la pensée de Kant et l'empirisme.
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4. — Secondement, dans le développement ultérieur de ses méditations, Kant aboutit à ce résultat que notn» connaissance tout entière est totalement limitée à l'expérience comme telle, — aux phénomènes ; — d'où il suit que nous ne pouvons connaître sûrement rien qui dépasse l'expérience.
Sans doute, Kant reconnaît en nous des éléments qui sont en dehors du domaine de l'expérience. Ce sont d'abord les formes de riiduition et de V entendement ; les concepts de l'entendement, dont voici un échantillon : toute chose doit avoir une cause ; c'est, on uii mot, ce qu'on appelle Va priori. Mais tout cela n'a de valeur que tant qu'on l'applique aux objets de l'expérience, c'est-à-dire aux jibénomènes. ce Toute pensée doit se rap- (( porter directemeut ou indirectement en der- (( nière analyse aux intuitions, par conséquent « à noti'e sensibilité, parce que d'une autre ce manière aucun objet ne peut nous être douce né » (1). La loi mentale, par exemple, que
(1) Raison pure, p. 31.
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tout cliangemcMit doit avoir une cause corn^spoiulaiite, ira de valeur (jue dans le domaine ^dc rexpérience; en a-t-clle encore une au dessus du monde de Texpérience sensible, c'(»st ce (pic nous ne savons pas. ïl en est de mènu^ des autres concepts et principes.
Outre les concepts de l'entendement, il va encore les trois « idées » de Dieu, du monde et de Fàme, appelées concepts de ht Ruisun. Or ces idées sont aussi vides et négatives que ^ les concepts de Tentendement ; bien i)Ius, elles ont moins de valeur, puisque Kant leur dénie de pouvoir être employées cmpiriciuement. C'est donc une espèce d'article de luxe. De même en elTet que rentendemcnt est la l'acuité de former des concepts et déjuger, de même la raison est la faculté de raisonner ( de conclure ). Or, elle voudrait bien donner aux raisonnements une forme parfaite et achevée, a peu près comme, pour la symétrie, on peint sur une maison de lausses fenêtres. C'est pourquoi la raison crée alors et imagine trois lantùmes, Tldée du moi ou de l'àmc, subs-