CII. III. — SÉCULARISATION DE LA SCIENCE
tance simple et impérissable, l'Idée du monde, ou d(^. l'ensemble des choses, l'Idée de Dieu ou de la synthèse de toute réalité. Par où l'on conq)rend facilement (juc « la raison pure n'a ' ce pas en vue par ces Idées des objets spéciaux, (.c (pii soient supérieurs au monde de l'expé- « rience, mais qu'elle veut seulement faire tut (.( usiKje complet et achevé de l'entendement (( dans le cercle entier de rexpérience » (i). L'usage de l'entendement dans le domaine de l'expérience sensible, tel est le seul point qui ait pour l'homme un intérêt scientifique. Ces Idées de la Raison ne sont que des « posée tulats, des principes pour l'usage de l'enten- (.( dément )>, en tant que les concepts de l'entendement reçoivent de l'usage de la raison une coordination qui les élève à une unité supérieure. Si la raison voulait admettre qu'aux Idées correspond quelque chose de réel, ce serait alors ce indiscrétion et présomption de (( la part de la raison ignorante de sa vraie (( destination », faisant (( étalage de savoir et de
(1) Prolégomènes, p. 100.
(( rétlexioii là où le savoir et hi réllexion pro- (( prement cessent ». A en croire Kant, non seulement la métaphysique jusqu'à nos jours ( la psychologie rationnelle, la cosmologie et la théologie) est tombée dans ce péché de présomption, mais encore nous le commettons tous à tout instant, sans le vouloir, par suite (( d'une illusion inévitable, d'un leurre transd. ccndental », qui nous fiiit prendre pour des réalités les peintures idéales de la raison. Tout cela parait un peu fort à Schopenhauer. 11 blâme son maitre chéri de l'aire sortir ces trois concepts nécessairement de la nature de la raison et de démontrer néanmoins cpriis sont insoutenables et ne peuvent être fondés en raison : 11 fait donc « dit-il » de la Raison elle-même un sophiste en disont : Ce sont des soiihismes non de l'homme, mais de la Raison pure ellemême des(iuels le plus sage même ne peut se défaire, et peut-être n'évite-t-il l'erreur qu'à grand'peine; car pour l'illusion (pii perpétuel- Viement le harcèle et le berne, il ne s'en délivrera jamais ». 11 dit encore :<( On pour-
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« rait donc comparer ces idées de la Raison (( pure de Kant au foyer, dans lesquels le^ (( rayons convergents réiléchis d'un miroir (( concave voltigent à quelques pouces de la (( surfiice ; semblablemont, par un mouvement (( inévitable de l'entendement, se représente (( à nous un objet qui n\\ aucune réalité » (1).
Par là même déjà est indiqué le résultat tout entier de la Critique de la Raison pure. Le voici en quelques mots : l'homme ne peut rien connaître que la nature perceptibhi aux sens, et encore seulement sous son aspect phénoménal. A la question posée avec tant d'emphase: la métaphysique est-elle possible? — la réponse est au fond simplement: Non.
5. — Kant le savait bien, et il n'était pas peu fier d'avoir, sous ce rapport encore, rompu en visière, nouveau Copernic, avec toute la philosophie rationnelle. En dehors des empiristes, toute l'humanité avait été jusqu'alors convaincue que nous pouvons connaître lesu-
(1) Le monde en tant que volonté, etc., I, p. 578.
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prusensible avec corlitiide, et, pareillement que nous entrons en possession de cette connaissance y)r/r la réflexion rationnelle. Le professeur de Kœnigsberg ne se laisse pas arrêter. Il entreprend défaire voir dans le plus grand détail que les thèses de la Psi/cholo(/ie rationnelle, qui doivent dénionlrer l'existence réelle de rame, substance sinq)le et inq)érissal)le, ne sont que des sophismes captieux, des «paralogismes de la Raison » ; que les démonsti'ations de la Cosnwlof/ie rationnelle touchant l'oriulne et la réalité du monde se résolvent pareilleuKMit en contradictions ou « anlinomies de la liaison»; elenrni,(pie la Théolofjie rationnelle est tout aussi incapable de fournir des preuv(^s de l'existence de Dieu. Toute cette démonsti'ation de Kant repose sur celte idée fondamiMdale, (pH3 notre connaissance ne se rapporte pas aux choses réelles et n'a pour objet que des fanlomes subjectifs.
Aux espi'ils chrétiens cpii m Allemagne s'épouvantaient, Kant disait : Je ne veux pas défendre la cause de rathéisme, je veux seule-