‹ Kant et la science moderne [microform]Chapitre 15 sur 35 · III.— SÉCULARISATION DE LA SCIENCE · texte numérisé non relu

III.— SÉCULARISATION DE LA SCIENCE

ment monlrer (pie nous ne pouvons rien savoir scientiti(iu(*m(Mit de l'àme humaine, de l'univers et de Dieu, et que toutes les rech< rclies de la raison spéculative aboutissent à un non liquel. Pour consoler les « âmes orthodoxes )>, il veut bien l'ctrouver, comme a. postulats » de la raison pratique, ces vérités métaphysiques qu'il a exclues de la science spéculalive. Il avoue lui-mém(^ combien pauvre et vague est cette connaissance. Nous aurons à montnn- en son lieu iilus précisément que, pour Kant, les postulats de la Raison pratiiiue ne sont ([ue des fictions creuses, qu'on peut se forger, (luand on y est poussé par un l)esoin du cieur. Quel empirique ne serait satisfait

d'un tel enseignement?

(Jue telle soit la doctrine de Kant, rien de

moins contestable. Le grand critique loue

Kl)icure de son esprit de suite dans les idées,

« lui qui, dans ses raisonnements, n'a jamais

« dépassé l'expérience )>, tandis que Locke,

c< par exemple, après avoir dérivé tous les

« concepts et principes de l'expérience, en

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c( pousse Tusagc au point de soutenir qu'on c( peut, grâce à eux, démontrer l'existence de (.( Dieu et l'immortalité de l'àme (quoique ces « deux objets soient tout à fait en dehors de (i l'expérience possible) aussi évidemment a que n'importe quel théorème mathémati- « que » (1). in critique prétendant avoir trouvé dans la Critique de la Raison pure un « idéalisme supérieur », Kant s'explique en disant : <( Le {)rincipe qui d'un bout à l'autre ^c( régit et détermine mon idéalisme, est celuia ci : Toute connaissance des choses par Ten- ^ tendement pur ou la raison pure seule n'est (i qu'illusion, et c'est dans l'expérience seule « que réside la vérité » (^). Pour éclairer la pensée de Kant, citons encore un passag(»: ce La (( science de la nature ne nous découvrira ja- (c mais l'intérieur des choses, c'est-à-dire, ce « qui n'est pas phénomène, mais peut néan- <L moins servir de principe supérieur à l'excc plication des phénomènes; aussi bien n'en

(I) Raison pure, p. G58. — (2) l»rolégom., p. 154.

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« a-t-elle pas besoin pour ses explications phytt siques ; que dis-je ? si par ailleurs on lui ce olîrait de tels principes ( par exemple, l'in- « lluence d'êtres immatériels), elle devrait les (( repousser et ne pas les admettre dans le « cours de ses explications ; elle ne doit jamais « les fonder que sur ce qui appartient comme ce objet des sens à l'expérience et peut être (( rattaché à nos perceptions réelles selon les (( lois de l'expérience )> (1).

Kant ne connaît donc d'autre source de connaissance que V expérience-, « et c'est là », remarque E. de Hartmann, (( ce qui fait que ce l'école empirique du réalisme moderne jette *« toujours des regards pleins d'une piété nou- <^ velle sur Kant, qui, le premier en Allem.a- (( gne, a émis et soutenu cette thèse ».

6. — Mais le caractère propre qui fait de Kant le père du moderne empirisme scientifique, le troisième défaut capital qui l'alïecte, c'est que, fidèle à l'esprit de l'ancien nomina-

(1) Prolégom., p. 127.

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lisme, il pirseutc rcxpéricncc hiiinaiuc comme élant purement celle (les sens. Si nous cIkmdionsle fimilemcnt do cotto manière devoir, le grand criliqiH* nous laisse en plan. Partout il admet, romuie allant de soi-même, que Vv\pi'rienee Inimaiue, comme purement sensible, n(^ se rapporte (pfà des pliénomènc^s matériels isolés. Essayons de nous rendre présent comme il faut le fait, au sein duquel vit Hunnanité, et que Kant cependant nie ; — le fail ([ue Texpéi'iiMice lunnaine n'a pas un caractère [)uremeut sensible, mais au milieu même du sensihle (lépifsse le sens. Entre des millions de faits citons-en deux. Si j(^ dessine nu triangle obtusangle, j'y vois un angle obtus, et cela, grâce au sens qui est dirigé vers la chose matérielle isolée. En outre, je me sens alT(M*!é par ce triangle de telle manière que je conçois ([u'il S(n*ait contradicloire a ver son essence de Iriangle (Favoir plus d'un augle obtus (interne), c'est-à-dire que j'expérimente ({uebiue chose f[ui dépasse le sens; l'animal, même le plus délicatement organisé, est incapable de

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cette expérience. J'expérimente que je veux marcher, et j'expérimente que je mets à cet cITet les pieds en mouvement ; mais en même temps je n'expérimente pas seulement que ma inarche actuelle a une cause, mais encore ([u'elle doit avoir une cause; j'expérimente ainsi l'application de la proposition dont la valeur est universelle (et (lue je puis précisément tirer de cette application): — ({ue tout fait de mouvement suppose un moteur. Tout cela est expérience; elle implique de la manière la plus évidente quelque chose qui dépasse le sens. Les empiristes avaient passé ce fait sous silence, et Kant continua à travaillmde la façon la plus naïve conformément au concept laussé de l'expérience.

Peut-être est-on rebuté par la simplicité des exemples ci-dessus, empruntés à la vie la plus commune: on croit qu'un géant comme Kant ne butte pas contre des brins de paille. Mais ces (exemples sont comme les gouttelettes d'eau de mer, dont l'analyse nous révèle la nature de tout un océan. Hartmann qui, ayant à cor-

lit

riger la tâche d'autres penseurs moiliM'ues, porte pour une fois un jugement sensé, dit quel- ({ue part : « Si trivial que puisse paraître ce génie re d'exemples, et si superflue leur considéd ration, il faut cependant songer qu'ils doi- (( vent justement nous amener à réfléchir jus- (ic qu'à quel point une doctrine exclusive a mis (c nos tèles a l'envers ». Ce n'est pas sans raison que les fausses théories dédaignent de sortir du nuage des comhinaisons compliquées d'idées et de descendn* au contrôle d(*s simples exemples de la vie journalière. En particulier, c'est dans l'appréciation du Kantisme que « les exemples les plus triviaux sont les meilleurs )), parce que cette philosophie précisément détruit radicalement la conception qui est la base de la vie.

7. — Comme quatrième élément, par lequel Kant a aidé à la sécularisation, nous pouvons ajouter (pie, par sa manién^ de philosopher, il a inspiré à beaucoup de penseurs le dégoût de la réflexion calme et profonde et jelé le discrédit sur la philosophie en général. Mais

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