‹ Kant et la science moderne [microform]Chapitre 17 sur 35 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

LA SCIEXCE « LIBRE )).

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l. — Il n'y a rien dont les admirateurs du siècle nouveau soient plus fiers que de voir la science libre. La science moderne elle-même considère l'absolue lil)erté comme son principe vital. A qui connaît la situation réelle, cet orgueil d'être libre pourrait sembler étrange chez les modernes docteurs. Il ne serait pas difficile de montrer que jamais, depuis ({ue le monde existe, la liberté et l'indépendance n'ont aussi peu régné dans la sphère de la haute culture et de la recherche scientifique que de nos jours. Au mois de juin 1791,

PESCH. — KANT. — 8. 113

Fidite écrivait à Kant. «Pour riionime (KanI) ce qui, dans sa partie, doit voir bien au des- « sous de lui tout ce qui est et a élé, il ne « peut plus y avoir rien de nouveau à lii'e, c( et qui ne le satisfait pas, et nous autres, (( nous ne pouvons nous ajjprocher de lui, « ainsi que de la raison pui'e incai'née dans (( un homme, qu'en attendant modestement (( qu'il veuille bien parler » (1). VoiLâ la vraie peinture de notre temps : ajoutez (pfaprès cent ans environ « la raison ])nn) incarnée » dont nos « doctes » contemporains attendent modestement les oracles, s'est multipliée d'une façon inci'oyable. Que voyons-nous, im elTet ? Des hommes qui se sont fait un nom dans une spécialité inférieure, qui éclipsent les autres soit par leur érudition, soit par leur témérité destructrice, apparaissent et construisent les systèmes les plus monstrueux; la masse des savants se précipite aveuglément à leur suite, selon que l'inclination, l'intérêt ou le

1) Kaiit, Œuvres, tome xi, p. 53:2.

en. IV. — LA SCIENCE (( LIBRE ))

hasard les entraîne. Gomme il y en a très peu de capables de (pielquc chose d'original, ils se couvrent de l'éclat d'un grand nom ; les thèses qu'ils ne comprennent pas sont leurs (( opinions )>, et ils ne sont justement si fiers de leur science indépendante que s'ils savent (pielque chose de tout, et du tout, l'ien. Mais c'est nous égarer : ce n'est pas de Vesclavage de la science d'aujourd'hui que nous voulions parler, c'est de la liberté.

C'est nn fait universellement évident que la science est aujourd'hui, en un certain sens. libre, — mieux vaudrait dire, sans barrières^ — comme elle ne l'a jamais été jusqu'ici. Aussi nous sommes dans l'obligation de montrer que cette soi-disant liberté de la science est essentiellement le Kantisme. Dans ce but, nous devons avant tout envisager la science avec toute l'exactitude possible.

^. — Il y a des choses telles, que le meilleur et le plus facile moyen de les pénétrer^ est de chercher à bien comprendre leur contraire. Au nombre de ces choses nous mettons

la liborté, dont il est ici question. Eh bien î considérons donc les « chaînes » dont la science était autrefois chargée.

A l'époque qui précède les temps modernes on faisait consister la valeur de la science dans son accord avec la vérifé objective. La scienc(i ne valait alors qu'autant qu'elle fournissait à l'individu k, moyen d'entnM' en possession de la vérité réelle. La vérité était le but; la science, la voie qui y conduit; ce n'était pas une promenade ; elle n'était pas à elle-ménK» sa propre fin. Préserver la science de s'égarer loin de la vérité, était regardé comme chose permise, bienfaisante, et même, dans certains cas, comme une obligation.

On alla plus loin, convaincu qu(» l'homme ne peut pas plus se soustraire à la connaissance (h la réalité suprasensible, principale- UKMit des vérités nécessaires, innnuables, uni- V(M'selles, qu'à sa propre nature, et que, on conséquence, une fois en possession de ces vérités, il cesse d'être libre de les ignorer, de les mettre en doute, et surtout d'adopter leur contraire.

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