CH. IV. — LA SCIENCE (( LIBRE
dans la réalité, — faible et exposée à des influences multiples. On voyait qu'il était possible que l'individu abusât de son pouvoir ijitellectuel au profit de fins égoïstes et au grand dommage des intérêts généraux, et on ne comprenait pas qu'on dût abandonner sans défense à toutes les attaques des vérités, qui sont pour l'humanité d'une inq)ortance décisive.
Enfin on estimait que la vérité doit exercer sa sublime influence sur les individus, non pas précisément en devenant pour chacun d'eux un objet de réflexion personnelle, mais plutôt en étant par eux reconnue et confessée. L'activité individuelle avait plutôt la valeur d'une condition préliminaire, tout au plus d'un moyen d'appréhender la vérité, que d'un canal par lequel, en bien des cas, la vérité se communiquât en tout ou en partie aux individus.
3. — En raison des limites étroites où la réflexion est resserrée chez beaucoup d'individus, — en raison de l'incroyable mobilité
de l'esprit humain, véritable vif argeni, qui s'olTuscpie aujourd'hui de ce qui le charmait hier, — en raison des nombreuses influences ({ui le (h'^tournent et lui nuisent, et auxquelles se trouve exposée la réflexion individuelle précisément sur les points les plus importants, — le sens commun et, avec lui, l'antique philosophie avaient tiré de l'importance de la possession de la vérité des conséquences qui peuvent paraître limiter l'activité intellectuelle de l'homme. Une courte esquisse de ces limites est justement ce qui nous fera le mieux comprendre le sens propre de leur contraire, c'est-à-dire de la liberté de la science moderne, en même temps que son caractère kantien.
Premièrement : l'intervention de l'autorité, la soumission à un jugement étranger relativement à la possession de vérités importantes, n'est i)as seulement accidentelle, mais encore en général conforme à la nature.
Secondement: la possession et la prescription dans le domaine du savoir se justifient
encore [)ar ce (lu'il semble ([ue ce soit chose coudainiiablc que de rompre en visière sans
raisons solides avec les théories généralement adoptées.
Troisièmement : Hiomme, an point de vue de la vérité; doit recevoir une éducation, c'està-dire que la vérité doit entrer en lui connue une acquisition (rimportance décisive. Entre les diverses intluences auxquelles Thomme, spécialement dans sa jeunesse, ne peut se dérober, on doit écarter celles qui sont ennemies de la vérité, mais renforcer celles qui lui s(mt favorables.
Quatrièmemenl : sur les cotés scientjliques delà vie ce n'est pas en premier lieu la considération de l'activité la plus libre possible de rindividu qui doit agir, mais la considération de la vérité.
Cinquièmement : l'honnne doit désirer au plus haut point que ces grandes vérités qui sont décisives pour son bonheur, reçoivent la sanction d'une garantie surhumaine. Une révéhftion divine de ces vérités, ai)paraissant dans
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le passé comme un fait historiquement démontrable, doit être saluée comme le plus grand bienfait.
Sixièmement : dans la supposition d'une telle révélation faite à l'humanité, il est au plus haut i)oiut désirable que Dieu établisses une autorité accessible aux hommes, laquelle, avec l'assistance divine, veille sur le dépôt de Il vérité, repousse par voie de jugement dans l'intérêt de l'humanité toutes les attaques^ et en conséquence renferme le jugemeni i)ropre des individus dans des limites déterminées. La résolution de l'homme, de se soumettre à la vérité, prend ainsi une tournure plus concrète et qui est plus d'accord avec la nature humaine.
Gomme on le voit, les limites ainsi imposé(^s à l'arbitraire et au caprice dans l'intérêt de la possession de la vérité, dérivent des facultés de la nature humaine, telle qu'elle existe. La science « non libre » ne cesse point aujourd'hui encore de les défendre comme n('cessaires.
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