‹ Kant et la science moderne [microform]Chapitre 24 sur 35 · CH. VI · texte numérisé non relu

CH. VI

« vraies » sont le penchant d'acquisition, le goût pour le travail, l'esprit d'entreprise, l'économie, et autres semblables.

On ne peut nier que bon nombre de préceptes de morale et de vertu moderne ne concordent dans leur a})plication avec ceux du christianisme. Mais il est clair aussi qu'ils sont en masse le produit d'un esprit qui, en langage chrétien, s'apj)elle « orgueil ».

Le penseur chrétien demeure stupéfait devant l'édifice moral élevé par Kant, et se demande comment il est possible à un homme intelligent de présenter comme une moi'ale le renversement aussi fondamental de la morale? Pour le comprendre, il faut avoir été d'abord à l'école de la Critique de la Raison pure.

6. — Quant à ce qu'on peut toujours alléguer contre la i)hilosophie de Kant, elle est essentiellement, il faut l'avouer , un système achevé en soi, conséquent jusque dans les détails, fondé sur la Critique de la liaison pure. Que puis-je savoir ? que dois- je faire ? A ces deux questions, Kant ne croit pouvoir répondre

d'une façon satisfaisante qu'en rechei'chant oi nous-mêmes les lois de la connaissance (^t de l'action jusque dans leurs derniers fondements.

One la inoral(^ oriu^inale de Kant soit sortie de la Critique de la Haison pure, Fauteur luimême l'avoue lorsqu'il dit dans la Critique de la liaison pure : (c Ainsi la théorie de la mora- « lité réclame sa place, et celle de la nature la c( sienne : or, cela ne pourrait être, si préala- (c blement la critique ne nous avait instruits c( d(^ notre inévitable ignoranci» cpiaid aux cbo- (( ses en soi et n'avait restreint àdepurs])bé- « noménes tout ce que nous pouvons connaicc tn^ tbéori(iu(Mnent y>. Les Kauli(Mis i( ortbodox(^s » mêmes, qui se figurent (pie le véritable intérêt (pi'a excité la ijbilosopbie dans Kant et ai)rés Kaid, c'est la morale d(» Kant, ne veulent pas admettre (pie Timportance de la Critiipie de la liaison puni ait diminué. Telle est ro|)inion de Borner: ce Pour Kant lui-uK'- (^ me, rélément positif est sans d()ut(» (^ssenti(^l- <( lement l'élément moral ; seulement il fait

(( beaucoup de chemin pour y arriver, et c'est « le chemin critique de la théorie de la con- (( naissance ; il semble même qu'il veuille nous (( faire croire que ce chemin est si long qu'il (( est presque impossible de ne le considérer « que comme le préambule de l'Éthique » (1). Au fond, la morale de Kant n'est qu'un corollaire de la Critique. Conformément à la Critique, nous a])])elons, dans la sphère de la connaissance, nne chose vraie, non parce qu'elle est vraie en soi, mais parce qu'elle nous semble vraie en raison de l'induence de nos formes a priori. De même, dans la sphère de la morale, nous appelons une action bonne»

parce (pi' elle correspond à notre sentiment moral et que nous lui accordons notre approbation morale, llien n'est bon en soi ; c'est la volonté humaine, qui confère aux choses et aux actions ce qui seul les rend bonnes, au sens moral. Rien n'est bon que la volonté, dont la maxime peut être conforme à la loi,

(1) Des principes delà morale de Kant ( Halle, 1875, p. 1);

OU, au sens strict, de valeur universelle. C'est la volonté qui est la source unique de tout bien et de tout mal.

De môme, d'ailleurs, que la nécessité qui préside à notre connaissance ( en vertu de laquelle, par exemple, nous devons juger que 2 + 2 =^ 4 et jamais 5 ) s'explique non parce que la chose est réellement ainsi, mais par les formes de l'entendement ; de même l'obligation morale s'explique non par un devoir obligatoire objectivement existant, mais par un impératif catégorique qui jaillit de ma volonté.

La théorie de l'existence des jugements synthétiques a priori {dont nous aurons occasion prochainement de parler en détail ), ce point capital de la Critique de la Raison pure est aussi l'un des fondements de rÉthique de Kant. Dans tout précepte moral obligatoire, dit Kant, coïncident en un seul devoir deux concepts qui par eux-mêmes sont indépendants ; je ne puis donc voir l'obligation morale comme objectivement existante, mais je la crée en la tirant de moi. La loi morale ne serait

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