‹ Kant et la science moderne [microform]Chapitre 25 sur 35 · CH. VI · texte numérisé non relu

CH. VI

donc pas un jugement analytique, mais bien un jugement synthétique, lequel néanmoins, indépendant de toute expérience, s^qyM a priori ; ce serait conséquemment un de ces fameux jugements synthétiques a priori, dont la Critique de la Raison pure a gratifié l'humanité. « Le principe de l'autonomie», ditlv. Fischer, « ne pouvait être conçu que par la « philosophie critique ; car, pour trouver dans (( la Raispn pure la source des lois pratiques, <( il folhiit que la Raison pure elle-même eût (( été d'abord découverte, et c'est en cela « précisément que consiste la valeur de la « Philosophie critique » (1).

On pourrait encore indiquer bien d'autres fils, par lesquels la théorie morale de Kant se rattache à la Critique de la Raison pure. Citons-en un encore, à titre de curiosité.

D'après Kant, toute la morale repose sur une indépendance législative appartenant à l'homme. Par indépendance il désigne la li-

(1) Hist de la philos, moderne, iv, 115.

berté humaine. Par liberté il entend a. l'ind(v (( pendance vis-à-vis de tout o])jet désiré », et « le fait d'être sa loi à soi-même, ou autonomie ):) . Or, en réalité, l'homme l'éel ne pourrait être iihre, s'il . . . existait (hms le tenfps ; car^ d'après Kant, le temps et la liberté s'excluent mutuenement ; selon hii, tout ce qui est dans le temps, est l'ellet nécessaire de ce qui le précède, et par suite est essentiellement non libre. Ici apparaît l'un des soi)hismes les plus stupéfiants, que Tesprit humain ait jamais enfantés. On sait qu(* le résultat de la Critique est de mettre Vespace et le temps en dehors des choses réelles : ainsi l'on fait place à la liberté, non, il est vrai, dans le monde phénoménal ( à l'essence duquel, d'ailleurs, il appartient d'être transposé par nous dans le temps et l'espace ), mais dans le inonde creux des choses réelles, des noumènes extra temporels (1). Par la Critique

(1) Schopeiihaucr déclare que le second {çrand service rendu par Kant, « c'est d'avoir représenté l'indéniable valeur morale « de l'action humaine comme entièrement distincte et indépen-

de la Raison pure, Kant prétend avoir sauvé la liberté et avec elle la possibilité de la morale. c( La possibilité ou concevabilité de la (( morale en général », dit lùmo Fischer, « rea pose sur la distinction entre les phéno- « mènes et les noumènes, les apparences et (( les choses en soi. Cette distinction repose (( sur la connaissance de la vraie nature de « l'espace et du temps, sur l'Esthétique trans- (i cendentalc, ce fondement de toute la Crice tique de la Raison » (1).

De tout cela résulte cette vérité incontestable, que la Critique de la Raison pure supporte la morale de Kant, et, en elle, toute la doctrine éthique du temps présent.

« dante des lois du phénomène, quoique pouvant s'expliquer « par elles, et d'en avoir lait quelque chose qui touche inimé- « diatemcnt à la chose en soi.. » (Le monde entant que volonté et représentation, 4'' édit., i, 500 ). Que Kant ait londé toute la morale sur un « noumène, » c'est-à-dire sur une chimère creuse de l'imagination, voilà qui est fait pour sembler inéritolre à maint ami d'une vie sans frein. (1) Hist. de la philos, moderne, iv, 126.

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