CHAPITRE VIII
l'absurdité des pratiques de la FOi CHRÉTIENNE.
i. — x\ous ne craignons d'être contredits par personne si nons affirmons que c'est un trait caractéristique de la science moderne que de voir dans l'acte de foi d'un chrétien catholique un véritable épouvantail. C'est cette idée spéciale qu'ils se font de la foi, qui explique que tant de nos contemporains haïssent le catholicisme. La haine contre le catholicisme a pris de nos jours un caractère tout à fait saillant, je veux dire le caractère d'une lutte pour la civilisation (Kulturkampf),
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Nous devons d'abord présenter en qiielques^ traits une image fidèle de la foi clirétienne, pour confirmer ce fait que, aux yeux de la science moderne, les pratiques de la foi catholique sont devenues entièrement absui'des. Nous verrons que cette science, dans sa lutte contre la foi chrétienne catholique, ressemble au bai'bare qui n'a aucune idée des œuvres de l'art. Nous établirons ensuite que c'est Kant qui a dévoyé la pensée moderne en la faisant entrer dans ces voies, où la foi chrétienne devait disparaître complètement de l'horizon, ou du moins se transformer en épouvantait.
2. — La foi, telle (lu'elle est requise dans le christianisme, n'est pas seulement une certaine tournure générale de pensée religieuse, par laquelle riionnnô lend à dépasser h^ sensible, le réel, pour s'élever vers un idéal creux, un lanloine de l'imagination. Non, c'est plutôt une ferme adhésion intérieure à des vérités réelles, que le Christ a enseignées et que par l'intermédiaire des Ai)ùlres et de leui-s-
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successeurs il nous offre à croire. La foi du chrétien est un acte individuel qui s'accomplit sous l'influence de la volonté, un acte par lequel l'homme admet comme certaine une vérité, en se fondant sur l'autorité de celui qui la révèle ; par suite, abstraction faite do savoir s'il comprend lui-même ou non cette vérité.
Donc pour qu'un homme pratique la foi chrétienne, il faut d'abord qu'il connaisse nettement qu'il y a un Dieu, omniscient et vérace, qui s'occupe de riiumairité, que le premier devoir de riiomme est d'obéir à Dieu, et qu'enfin Dieu a révélé une vérité déterminée. Cette connaissance dans un degré proportionné à chaque individu étant admise, l'homme se soumet au Dieu révélateur : il reconnaît ainsi qu'il dépend de Dieu même dans son intelligence, qui est sa plus noble Faculté ; il reconnaît à Dieu son Seigneur le droit d'exiger un abandon absolument illimité de son être tout entier. Telle est la foi.
Pour tout homme de bon sens, la foi qu'il
faut avoir en Dieu, doit paraître tout ce qu'il y a de plus facile et de plus naturel, s'il réfléchit que, au fond. Dieu n'attend rien de plus de nous que ce qu'en attend un homme probe, qui nous fait une communication. Il lui semble tout aussi aisé à comprendre que l'homme ici-bas admette méritoirement, sous les ombres de la foi, l'existence de ce ({u'il possédera un jour pour son bonheur dans la lumière de la vision intuitive. Si l'on considère les quahtés de l'acte de foi, telle que nous devons l'avoir en Dieu, on comprend bientôt que cet acte n'apparaît pas mdemmt comme un acte intellectuel conforme à la raison ; en réalité, la foi chrétienne inqilique essentiellement l'abnégation volontaire, la soumission de l'homme à Dieu ; c'est précisémcuit à cause de ce caractère que nos contemporains repoussent avec mépris et haïssent les pratiques de la foi chrétienne ; c'est pour cela aussi (jue nous voulons approfondir cette face de la question. L'acte de foi chrétienne appai'aît premièrement connue la base du culte. C'est une opé-
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ration sans doute de l'intelligence humaine, mais non de l'intelligence qui s'encense ellemême ; c'est une opération de l'intelligence qui s'incline devant la majesté divine. De même que, dans les choses liumaines, la foi renferme souvent une espèce de déférence qu'on témoigne volontairement à celui auquel on croit, et qu'on doit, le cas échéant, lui témoigner; de même, l'acceptation des vérités religieuses révélées, par vénération et soumission, implique l'expression d'un hommage que nous rendons à Dieu.
L'acte de foi chrétienne ^^^^d^vdll secondement comme éminemment vrai. Est vrai l'acte humain, qui répond entièrement à l'essence de l'homme et exprime parfaitement la destination de l'homme. Or, c'est ce que font les pratiques de la foi.
Dans l'essence de l'homme, nous devons naturellement considérer l'intelligence. C'est à elle que l'homme doit l'indépendance et l'autonomie qui le caractérisent ; elle est sa lumière intérieure dans l'obscur voyage de la vie
en même temps que le principe de son libre arbitre. Or, Tacte de foi se trouve en parfait aecord avec la nature de l'entendement, attendu que les pratiques sont des actes librement voulus et ne sont exigées qu'après que l'homme a vu suffisamment que Dieu, le vérace, a parlé. D'autre part, l'intelligence comprend que l'homme ne tient pas son autonomie de lui-même, mais de Dieu, dont il dépend. L'intelligence n'est pas seulement, comme les autres essences créées, un don de Dieu ; c'est encore une image de Tessence divine, et elle rend l'homme capable de comprendre dans les choses ce que l'intelligence divine y a écrit- Comment dès lors ne conviendrait-il pas spécialement à la nature de l'intelligence humaine de reconnaître sa suhordimilion et sa dépendance vis-à-vis de Dieu ? Et c'est ce qu'elle fait par la foi chrétienne.
L'homme est fait pour la vérité, c'est sa destination; il doit donc arriver a exprimer dans sa vie la dépendance où il est vis-à-vis de Dieu et qui a ses racines au fond même de
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son être. Or, où celte dépendance est-elle plus nettement manifestée que dans l'acte de foi chrétienne, qui soumet à Dieu la plus noble partie même de l'homme, et, pour ainsi dire, l'homme tout entier jusque dans son fond ?
C'est pourquoi, — en troisième lieu, les pratiques de la foi chrétienne paraissent vraiment élevées, si l'on les considère comme actes moraux. En réclamant de l'homme, en vertu de sa souveraine autorité, et, s'il est nécessaire, par le renoncement à la réflexion ])ersonnelle, qu'il confesse certaines vérités. Dieu lui demande le sacrifice de ce qui lui est le plus cher: et c'est aussi ce que Dieu seul peut exiger à ce point. Il renouvelle ce qu'il fit, (luand il imposa au père de l'ancienne alliance le sacrifice obligatoire de son propre fils. Et comme alors le sacrifice fut accompli et le père béni dans son fils, ainsi l'homme, qui lait le sacrifice de son intelligence, la recouvre ensuite plus forte et plus éclairée. Mais le sacrifice demandé reste tel, qu'il épouvante notre nature tout entière. C'est certainement
un beau spectacle, le cas échéant, que celui de l'homme qui sacrifie toute pensée personnelle à l'intérêt de la patrie ou au salut d'autrui. Mais le plus haut degré de la liberté in< tellectuelle et de l'amour de l'ordre moral consiste à faire rentrer sa propre intelligence dans cet ordre. Et l'on en est absolument incapable, quand on se confine dans le point de vue étroit de son moi.
Si nous prenons l'homme tel qu'il est réellement, nous pouvons dire que, seule, la possession de la vérité que procure la foi, peut fournir un fondement pleinement solide à la vie supérieure de la vertu. Nous pensons ici à la force durable de résistance que doit avoir le fondement qui doit servir à l'homme toute sa vie de support contre les attaques et les tempêtes; et cette force, la recherche personnelle pourrait difficilement la lui procurer. En réalité, toute connaissance appuyée sur la réflexion personnelle n'inspire pas d'ordinaire à rhomme beaucoup de confiance. Notre faiblesse et notre insuffisance personnelle
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s'attachant toujours trop aux résultats de nos longues études, il n'est que trop aisé aux œuvres de notre pensée de se colorer des intentions de notre cœur ;nous ne le savons que trop . On parle beaucoup de la puissance de la (( conviction y> personnelle ; mais qu'est-ce que cette conviction si, étant données les limites bien connues de notre esprit et la faiblesse de notre volonté, elle est réduite à ses propres ressources ? C'est un mauvais guide, tout prêt à s'ériger en défenseur des erreurs qui plaisent ; c'est un roseau fragile, qui cède à la moindre pression. Non, l'homme dont le cœur est plein de passions, qui habite un monde rempli de déceptions, a besoin d'un point d'appui, grâce auquel, s'il en est besoin, il puisse arracher un monde entier de ses gonds ; comme le païen le pressentait déjà : Si fradiis illabatnr orhis^ impavidum fcrient ruinœ. Ce point d'appui transmondain pour notre connaissance, c'est Dieu ; et le levier d'x\rchimôde, qu'il y faut appliquer, et qui soulèvera l'univers, c'est la foi.
^ •fo.gnez à cela une autre circonstance nui n es pas à dédaigner. Si l'J.onnnc est éclairé sur le véritable état de choses, de manière i< s enorgueillir peu après de son moi, une »>n"^'-e de ce gcn.-e est destinée plutôt à en-
'^averquV.favoriserlavertu.nenest autre- •nent s., étant éclair.", de la véritable lumière
lise repose sur l'autorité de Dieu. Celle lumière produite par la foi met l'homme à la place •I"' est la sienne, le constitue dans le vérifal.ie état moral, car elle imphVp,c la ,,o«;,«-.- T ■■' °'*'"- ''^""^niie de tout égoïsme borné elle exerce sur l'homme une inlluence qu 1 ennobbt. ^
Q'Mlnèmement, l'acte de foi apparaît comme emmemment utile à l'humanité, en tant •l>nl met l'homme en possession des vérités qu, forment la base de cette vie terrestre au'il ne parcourra cp.'une fois et qui est pourtant s. courte. Combien d'hon^mes sont en état de se mettre par leurs propres recherches scien-
ee de D.cu, 1 immortalité personnelle, la res-
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ponsabilitc devant Dieu ? A peine sortis de la jeunesse, les nécessités de la vie s'emparent de la plupart des hommes. Et, quand même le souci du pain quotidien leur laisserait du temps pour de longues études, auront-ils du goût et des aptitudes pour la réflexion profonde ? Relativement à la capacité de la moyenne des hommes pour la science^ on se fait bien des illusions. En réalité, la science est le partage d'une infime minorité, et encore cette minorité se divise en différentes branches, de sorte que, pour tout ce qui n'est pas de leur branche, les spécialistes sont des ignorants. S'agit-il des vérités fondamentales de la vie religieuse et morale, il s'élève par suite des objections et des assauts des passions aveugles, de nouvelles difficultés, ce En temps de guerre », dit Tacite (( il est plus difficile de con- « naître son devoir que de l'accomplir, une « fois qu'on l'a connu ». En admettant même que cette minorité puisse arriver à une clarté suffisante dans les questions fondamentales de la vie, n'est-il pas vrai qu'ils ne sauront com-
MMWM
ment ils auraient du vivre qu'alors qu'ils auront déjà vécu ? N'est-ce pas à l'époque la plus décisive de la vie, dans la jeunesse, que l'homme manquera de la connaissance de sa destination, pour s'apercevoir que plus tard, peutêtre même au bord de la tombe, qu'il a vécu inutile ? Combien, d'ailleurs, au milieu des tourments de la vie^ est insuffisante une lumière, qui dériverait de la réflexion indiviquelle, nous l'avons déjà rappelé.
Pour le chrétien catholique, la foi non seulement procure une lumière qui ennoblit, mais encore elle est le trésor de la vraie liberté et du progrés digne de l'homme. Celui qui a la foi chrétienne, est libre de toute angoisse en face de la douleur terrestre; il a toute la terre à ses pieds, le mépris du monde ne l'atteint pas. Pour le progrés moderne , qui imagine de nouveaux instruments de meurtre, augmente le poids de l'impôt, introduit des monnaies de nouveau titre^ et cependant arrache l'homme à sa grandeur humaine pour le précipiter dans la matière, la foi du catholi-
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que est un adversaire déplaisant. C'est pourtant la foi qui donne à l'homme l'empire de lui-même, le remplit de calme et de satisfaction et le conduit, hors de ce monde, vers une fin sublime.
Oui, c'est la foi chrétienne qui vautà Thomme une destination qui dépasse de beaucoup la puissance et, par suite, rintelligence humaine, et qui surpasse infiniment tout humain idéal. C'est seulement par la main de la divinité que le faible pèlerin de la terre peut être conduit à ces hauteurs. Voilà ce qui pour le fidèle chrétien ne soulève aucune difficulté, car il ne voit pas comment on peut refuser à Dieu le droit de révéler aux hommes, d'une manière qui aujourd'hui encore nous est incompréhensible, l'infinité de son amour, quand même une telle marque d'amour de la part de l'infini entraînerait avec soi la révélation de certidns a mystères », c'est-à-dire de vérités que nous ne pouvons encore présentement comprendre, mais qui se rattachent à notre destination surhumaine et, pour ainsi dire,
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divine, le chrétien ne trouve point là de pierre d'achoppement: la (c nature mystérieuse » de l'homme lui rappelle assez déjà qu'il n'est pas ici-bas pour tout comprendre.
3. — N'omettons pas le rôle médiateur de ïauloritë doctrinale tlune Eglise visible^ i\\\\ est essentielle dans les pratiques de la i'oi chrétienne. Car c'est précisément cette autorité qui, aux yeux de la science d'aujourd'hui, est tout ce qu'il y a de plus inadmissible. Mémo dans les milieux où l'on consent à admettre que l'honnne se soumette à Dieu par la foi, on s'emporte à la pensée qu'un honnne doive se soumettre à un autre homme. Le catholi- ((ue l'ait cela sans doute, mais il ne fait cela qu'après avoir acquis hi certitude, que Dieu a délégué à cet homme une autorité doctrinah^ et lui a promis son assistance pour le préserver de l'erreur. Ainsi, au fond, c'est à Dieu, son Seigneur, (pie le catholique se soumet; que dis-je? il se sent tenu de lui èlre reconnaissant de l'établissement d'une autorité humaine visible. Et, en faisant marcher l'homme
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dans la sphère même de la foi sous une direction et avec une assistance étrangère, Dieu ne fait-il pas se développer dans tout son éclat la nature humaine, telle qu'elle se montre dans toutes les circonstances de la vie? Et l'homme, en se sentant dépendant, dans l'acceptation des vérités religieuses, surtout d'une autorité incarnée en un homme, ne voit-il pas ainsi plus sûrement établie la valeur de l'acte de foi? A combien d'illusions, de faux fuyants, de motifs égoïstes, serait exposée une croyance qui ne reposerait que sur des garanties internes? Mais aussi s'incliner par amour de Dieu, quand un homme, se référant d'ailleurs à l'autorité qu'il a reçue de Dieu, parle, voilà ce qui montre toute l'énergie d'un caractère moralement fort et en même temps humble.
C'est donc dans la permanence au milieu des hommes d'une autorité doctrinale humaine continue, soutenue par l'assistance divine, que le catholique voit l'un des plus grands signes de la bienveillance divine. L'essentiel
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pour rimmanité, n'est-ce pas que nous, et les générations futures, nous puissions connaître par expérience la révélation divine, une fois extérieurement promulguée, avec la même certitude qu'à l'époque même, où elle se fit? Ne s'agit-il pas de conserver intactes à travers les ilôts du temps, qui altère tout, des vérités qui décident de notre avenir? des vérités qui, exposées, à cause de leur contenu, aux plus grandes méi)rises, ont en raison même des devoirs qui s'y rattachent pour nous, des conséquences incalculables? des vérités contre lesquelles la superbe humaine et l'humaine sensualité ne cessent de s'insurger? Dans des conjonctures aussi importantes, nous renverra-t-on à l'humaine sagacité et aux caprices humains? Chacun, ce semble, doit trouver facile à comprendre que, si Dieu veille spécialement sur le salut de l'humanité, il ail pris des dispositions conformes à la nature humaine, pour rendre la vérité révélée accessible à toutes les générations. En s'en reposant sur l'Église, le catholique a la conviction de se repo-
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se sur Dieu, qui a promis de préserver de toute ern'ur l'autorité de son Église.
7. — Voilà la conception catholique de Facte de foi: voilà ce qui fait à nos contemporains l'elfet d'un si étrange fantôme ! Sur ce point encore nous rc^trouvons les conséquences 4le la philosophie tle Kant; c'est seulement du |)oint de vue de Kant qu'on peut trouver explicable leur manière d'apprécier l'acte de loi. x\os modernes savants pensent comme Kant, et par là même il leur manque toutes les conditions préliminaires, qui pourraient rendre intelligible la nature de l'acte de foi: Kntendons-les.
Pmnièmnent, disent-ils, il est impossible 4le connaître nettement s'il y a un Dieu, si Dieu s'occupe des hommes; encore moins pouvons-nous être certains de l'existence d'une révélation divine. Car ce n'est que dans le monde phénoménal, le seul accessible à nos sens, qu'il peut être question d'un savoir 4?xact. Que signilient les preuves de l'existen- <^c de Dieu? Ne sont-elles pas «déplorables »?