J'ESCH. — KANT
(( S'en tenir à ces preuves, ce n'est que don-^ a ner une exiiressicn scoIasli(|ue au pentliant <.( (|ue nous avons à admcllre un Dieu » (1).
Ces pensées ne sonl-elles i)as les Heurs écloses sur l'arbre du kantisme ? La Critique de la liaison pure est bien a Tœuvre nionumen- (.c laie du geiii'e lunnain », dans lacpielle est déniée toule valein* à la connaissance buniaini^ qui dépasse les linnles de la iierceplion sensible.
Mais, « la foi de la Raison pure »! Kanln'al-il pas supprimé le sinvir sui)iasensible précisément pour faire place à la foi?
Voici la l'épouse. Kn mellant de coté le savoir suprasensible, Kant a coupé la racine de la foi clu'élienne. Kn ellVl, poin* croire, au. sens chnHien,}e dois savoir qu'il y a un Dieu, el (jue Dieu a lait una révélation à riunnanilé.. Or, (pu^ peut savoir un Kanlien (Time révélalion divine? A son poinl de vue, Kant a raison de remai'ijuer que, cv si Dieu parle réelleii nient à riioinme, celui-ci ne peut jamais.
(1) Lange, Hist. du nialérial., i, 382.
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« savoir que c'est Dieu qui lui parle; il est « absolument impossible que l'homme saisisse « l'infini à l'aide de ses sens, le distingue (^ des êtres sensibles et le reconnaisse parmi « eux >)(!).
La foi feinle de Kant n'a de commun que le nom avec la foi chrétienne. Ce que Kant appelle foi, ne peut être i)our l'homme qu'un besoin du senliment, un moyen d'afliriner la dignilé rationnelle, une acceptation problémati(jue, qui n'a besoin que de l'idée de Dieu, sans toutefois prétendre en garantir tliéori- (piemenl la réalité objective (-2). La vérité re-^ ligieuse, ou de foi, n'a dans la bouche de Kant d'autre sens (pie celui d'une fiction vide, mais ulile (o). Le Dieu de Kant, au
(1) Connit dos facMdtés f Oiuvrps, x. 320 ).
(2) La relii^ion dans les limites, ctc { U-lnvrcs, x, 156).
(3) A ceci se rattache encore la distinction mise en vigncur par Kant entre la lielujion et la Thèolojip, distinction qui joiitr un rôle si saillant dans le « conllit des facidt'îs ». Dans la pensée de Kant, cotte distinction signifie que le dogme, et, en général, la connaissance religieuse, n'est qu'un produit de l'esprit humain et, par suite, une partie non essenliello de la religion, que l'erreur y a introduite.
mieux aller, c'est le roi des ombres qui tlotle comme un spectre dans l'Au-delà, qui ne peut rien dans ce monde-ci. C'est pour- (pioi Kant interdit la prière proprement dite à Dieu, et raille l'attitude du cluvlien qui prie. Sti-auss remarque avec à propos (jne Kant, après avoir dissous sri(Mililiquement les preuves de l'existence de Dieu, n'a pas voulu cei)endant si^ passer entièrement du Dieu de sa jeunesse et de son éducation et, en conséquence, lui a du moins assigné, dans un coin vid(î de sa doctrine, un rôle de bourlie-trou (1).
Seconde nie ni, les adeptes de la moderne culture nous disent: Quelle valeur aurait pour nous une « vérité objective » ? Notre connaissance n'est qu(^ le produit d'une activité subjective; ce qui est en soi, ne nous occupe pas; C43 n'est que dans le monde |)bénoménal que nous connaissons la vérité, et c'est nous qui la faisons. De vérité d'après laquelle nous de-
(i) L'ancienne et la nouvelle foi. p. 1 lU.
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vions nous diriger, il n'y en a point. C'est dans la recherche individuelle que consiste le bonbeurde l'bomme, et non dans la possession d'une vérité objective: à quoi donc servirait une vérité donnée par nne révélation divine? On parle bien encore cbezles savants modernes de révélation, mais ce n'est que dans le sens où Herder a dit : (( La révélation « s'étend à tous les âges ; cbaque âge décou- « vre et révèle. L'époque du Glirist, grande y époque de révélation, a accompli sa tache. (( Quiconque met une vérité en pleine lumière, a fait une révélation » (I). On parle peut-être bien aussi de «dogmes », mais ce sont les expressions ol)jectives d'une religiosité snbje clive.
Ce n'est sans doute pas Kant (|ui a dit ces paroles si célèbres: « Si Dieu tenait renfermée « dans sa main droite toute la vérité, et dans « la main gauche le désir toujours ardent à « la poursuite de la vérité, — même avec la
(!) Do Te^iprit du Christianisme, p. 311.
« perspective d'errer toujours, — et me di- « s.iit: Clioisisîje saisirais liiiinhleineiit sa « main gauche, et lui dirais: Père, donne- « moi celle-ci! La vérité pure n'est que pour m toi seul » ! Ce rabaissement de la vérité objective aux proportions d'un jeu d'enfant par les caprices de l'opinion individuelle était déjà bien avant ivant un mal inoculé à la pensée par le protestantisme. Mais n'est-ce pas Kant ([ui, d'une façon supérieure, a, par sa Critique de la Raison pure, systématisé pour l'homme la dépréciation d(î la vérité objective en lui donnant une forme sérieuse et scientifitpuî? Il nous enseigne que ce que nous connaissons n'apparait en nous que grâce à notre propre activité cognilive; que ce qui est connu, est le produit de notre esprit; que nous sommes astreints à juger de telle et telle manière, sans savoir si, en fait, il en est ainsi; que la vérité, le temps, l'espace, la réalité, que tout est un rayonnement de noire esprit; que l'objet de toute notre activité pensante est nn [)hénomène imaginaire; que ce qui se ca-
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die derrière lui, nous demeure inconnu. — Une telle doctrine ne repousse-t-elle pas l'acte de la foi chrétienne jusque dans le lointain le plus inaccessible?
Troisicmemoit, — enfin, les modernes savants nous disent qu'il est contraire à la diiinilé mlionnelk de riiomme d'accepter sur simple autorité des vérités ou plutôt des dogmes. L'homme étant fait pf)ur comprendre et réfléchir, a le droit de tout citer à la barre do sa réflexion et de sa propre recherche. Une ik humble )) soumission, telle que celle qui fait la substance de l'acte de foi, convient à de. enfants mineurs, et non à des hommes libres. Le respect de sol- même, tel est le premier devoir de l'homme: contre ce devoir pèche quicompie pralif|ue la foi chrétienne.
Qu'on ait foi en d'autres hommes pour les choses temporelles, et par autorité humaine, l'esprit moderne trouve cela tout à fait dans l'ordre. Le malade, en présence du médecin, renonce à penser par lui-même; pareillement, en présence du ministre, le fonctionnaire
rignorant, en présence de Fliomnie dn métier. Mais se soumeltre ;'i nn antre liomnie;>r/r ttmour de Dieu, voilà ce qni, anx yenx des contemporains, est nn crime capital. — On no disente pas de pareilles insanités.
Après les développements i\vw nons avonv^ fonrnis jnsqirici snr la doctrine de Kaid, il wTSt pas besoin d'explicpier an long comnu'nl celte proscription de Facte de loi résnltenatnrellement dc^ la (Iritiqne de la liaison pnie. Mettn^ Hionnne au dessns de la vérité objective, le considérer comme nn être radicalement indépendant, Ini enseigner (prit n(^ doit rien admettre qn'aprés Favoirsonmis à su propre critiqne ; entin, crier à Tlionnne : ^( Tronve toi-même par la propre étnib^ )\ (■*^'est être nécessairement amené à reii^arder un acte dans lequel l'homme se soumet à Tautorité d'un Dieu révélateur, connue une véritable abomination, et Tacceptation d'un mvstère révélé comme le comble de l'extra-
vagance.
Un ancien écrivain ecclésiastique a dit:
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« Celui-là déchoit des hauteurs de la noblesce se, qui peut admirer autre chose que Dieu )k Kant dit d'une façon diamétralement ojjposée: (k Celui-là déchoit des hauteurs de la noblesse, c( qui peut admirer autre chose (pie sa propre (c raison, c'est-à-dire lui-même )>.
Maintenant, encore un mot relativement à rinfluence désastreuse de Kant sur le Christianisme positif.