‹ Kant et la science moderne [microform]Chapitre 30 sur 35 · CM. IX. — CULTK NÉO-PAIEN DE L'HUMANITÉ · texte numérisé non relu

CM. IX. — CULTK NÉO-PAIEN DE L'HUMANITÉ

delà cliivtieu n'est plus qu'une belle idée, qui ne doit pas nous empêcher de l'aire la plus grande exploitation possible de ce monde-ci. La plupart des vérités de la religion chrétienne sont démontrées fausses et contredites par les découvertes de la science niod(n-ne. Contre la conception d'un Dieu personnel, leipiel s'occu|)e des honnnes plus qu'un bon papa, qui procure à son enfant, bien ou mal élevé, un riche héritage, la pensée moderne se prononce très nettement. Arrivée à sa maturité, elle ne veut pas davantage eidendre parler de l'hétérononne des connnandements divins, qui ont pu être bons pour la jeunesse de Thumanité en tutelle. Dans celte lutte de la science moderne contre le Christianisme historique et l'Église, tous les ellbrls tendent à inler[)réter dans un sens mythique et symbolique les dogmes et les faits de la révélation chrétienne.

Sans l'élément conservaleur, sans ce ferme atlaclKMiient aux formes existantes ipii est si puissant <lans la nature humaine, il est vraisemblable (jue le Christianisme extérieur au-

rait lui aussi, à peu près disparu de notre vie pratique. H y subsiste encore aujourd'hui comme mi ensemble de vaiues formules. L'atmosphère de notre siècle est plus dangereuse qu(î celle (le Tancieu paganisme, parce qu'elle cache l'abime du paganisme, sous l'appareil extérieiu- du Christianisme ; elle est pire, parce que souantichrislianisme estanimé de l'esprit des reuégals.

"1. — Le paganisme moderne n'a pas besoin de se chercher longtemps autour de lui un nouveau dieu; il n'a qu'à pi'eudre jcelui qui, dès le commeucement du monde, s'est emparé delà place de Dieu chez tous les hommes sépai'és de Dieu. L'Aiiotre des gentils, saint Paul, a émis l'une de ses vues les plus profondes quand il a décrit en ces termes le paganisme de son temps: « Dieu (pi'ils connussent Dieu, « ils ne l'ont pas honoré comme Dieu et ne lui <i ont pas rendu grâces, mais ils se sont éva- « nouis dans leurs raisonnemeuts, et leur (.( cœur devenu stupide s'est obscurci, ils se <( sont donnés pour sages, et ils sont devenus

PESCH. — KANT. — 1G.

a insensés, cl ils ont édiangéla liloiiv dnlHciî ccinnnuabloponr rimageot la ressemblance de .c iliomnie périssable » (l). ('CS paroles n(^ s^i|»plicpient-elles pas entièrement au enlhMnoderne de rimmanilé? Pendant (piMls i)réten(b'nl. ne pouvoir rien savoir d(* Dieu supérieur au monde, ils (jnnfpeiil Unit (intonr tic l'homme eommede rélreabsolumeul bon, indépeudanU se suffisant à lui-métnts étant à lui-même su (in et sa loi, et ils es[)èrent ainsi ramener les délires du i)ai'anisme expiré et « la cbarmantc^ Horaison de la ualure)>. Voilà l(* eulh* moderne de l'humanité.

Le Glu'istianisme aussi a un c(. culte de Thumanilé », mais (jui diffère (bi paganisme ancien et moderne, comme le jour d(^ la nuit.

Le Cbristianisnu^ rendait Findividu digne d'un culte en lui rappelant ses rai)ports intérieurs arec Dieu; il lui montrait où tiouver la base nécessaire pour fonder sa vérital)le dignité. A la lumière de la vérité cbrétienne,,

(i) Ép. aux Romains i, ^\ sqq.

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CIL IX. — CULTE NÉ0-PAn':xN DE LHUMANITÉ 243

riiomme peut se comparer à un cep de vigne, qui ne porte en son temps de bon raisin que lorsqu'il n'est pas laissé à lui-même mais soutenu et redressé ; mieux encore, il ressemble à un enfant de bonne volonté, mais faible, et qui, abandonné à lui-même, tombe dans la boue, tandis que, s'il est relevé, il s'avance appuyé sur la main paternelle de Dieu. Le Christianisme nous montre dans l'iiomme en (pielque sorte un messager divin qui tire toute sa valeur des hautes missions qui lui sont confiées. II n'est pas possible que cette dérivation de tous les devoirs et droits de riiomme, de la soumission à Dieu, n'exerce pas sur toute la vie supérieure une infiuence plasti([ue. Esquissons rapidement cet ce humanitarisme» chrétien', nous n'en pénétrerons que mieux la nature du moderne.

En s'appuyant sur Dieu, l'homme n'a plus besoin de se plaindre et de dire avec le poète: \ideo meliora, yrohoqne ; détériora sequor, a La créature, alfranchie de la servitude de la (( ruine, est élevée à la liberté glorieuse des

(c enfants de Dien >> (I). La soumission à Dieu jie fournil pas seulement une barrière solide contre les empiétements de l'égoïsme (et telle est la condition préliminaire la plus nécessaire du bonheur public); elle donne encore à rindividu une noble indépendance vis-à-vis 4les liens honteux des passions et des prélen- (ions injustes du monde. Coijl qui potest, ncscit worl! Voilà celte indépendance, pleine de mépris pour le monde, (jui se manifeste si 'n'andiose dans l'histoire des saints et des martyrs! Ilv a (piehpies années, racontent les relations des missionnaires, un roi de Siam disait: « Les chrétiens sont les seuls de mes « sujets (pii sachent dire non ». De plus, cette somnission à Dieu met chacun à la place (pii lui apparlient et devient le principe de Tordre, le souffle vivifiant, rpii anime naturellement les rapports des gouvernants et des gouvernés dans les divers milieux sociaux, je veux dire dans rÉlat et dans la famille; qui commande

(1) Ep. aux Honiains, Viii,21.

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