‹ Kant et la science moderne [microform]Chapitre 31 sur 35 · CH. IX. — CULTE NÉO-PAIEN DE L'HUMANITÉ · texte numérisé non relu

CH. IX. — CULTE NÉO-PAIEN DE L'HUMANITÉ

à d'autres, commande à la place de Dieu; qui obéit, obéit ])ar amour de Dieu. C'est dan^ l'idée de sa dépendance que l'iionnue trouve le motif de se ranger à l'ordre; la force de se résigner dans les uDuients durs de la vie; Timpulsion pour exercer l'autorité de Dieu et téuDigner la bonté de Dieu, dont il tient la place, à ceux qui dépendent de lui en quelque façon.

C'est ainsi que le Christianisme, s'en référant à notre dépendance vis-à-vis de Dieu, nous donne une idée sublime de la divinité. Enfants d'Adam, il nous fait connailre notre deslinalion supérieure, auprès de laquelle toutes les distinctions terrestres paraissent puériles; il rend l'individu, même le plus abandonné, mais avant des droils et des devoirs, inviolable et sacré sous cerlains rappoits, en tant que Dieu, avec des devoirs et des droils, lui a donné une destination supérieure à la terre. Et, ce qui est le plus important, tout cela, le Chrislianisme ne nous l'olfre pas comme une belle idée (( pour ser-

KANT KT LA SCIENCK MODKRNE

« vil- à la solution cle la qiioslioii sociale », niais comme Tcxprossion in(lnbital)lement fidèle (le la vraie réalité. Voilà la force intérieui-e, voilà la l)as(^ inébranlable siirlaquelb^ repose l\< bumanité» r/nrtiouie :i'\h) ne verse pas dans ce triste mépris de Tbonnne, dans cet abrutissement de riionnne, qui ne peut mancpier de se produire dans le paganisme. Le mépris de l'Iiomme a toujours été la forme concrète de culte de rimmainté, bors du Cbristianisme. En tbéorie, le sage païen rêvait un état idéal, et faisait à l'bomnu\ sans volonté et sans mœurs, Tbonneur de lui confier le rôle d'un rouage dans une macbine, tandis (jue, dans la pratique, il subordonnait les bommes (-onnne les clioses à son égoisme elVréné. Le mot de César: Humainim juiuris rivit gémis, (»sl la formule exacte de cette conception du paganisme antique, a C'est sur l'esclavage iK qmi reposait toute la liante culture de Tance liquité, en particulier de la Grèce. C'est ainsi (( (pie ces nations de liante civilisation traid talent fort durement leurs esclaves, les con-

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« sidéraient comme des clioses, des animaux, K ne les croyaient point, même apr(3S la mort, a (''gaux à eux-mêmes, et, jusque dans l'auic Ire vie leur assignaient un S(\jour séparé, u Kn proclamant tous les liommes ('gaux de- ^( vaut Dieu, le Christianisme arraclia la racine d du mal ))(1). Aujourd'bui encore, en dehors du Cbristianisme, riioniuK^ n'a d'autre valeur (pie celle de son pouvoir temporel ou <le son utilité i)our l'Ktat ou pour son groupe social ou pour son maître, tandis que, cliez l(»s chrétiens, même les enfants les plus pauvres et les i)lus dillbrmes sont l'objel d'une sollicitude pleine de tendresse.

;5, Qui ne voit maintenant, (pie le culte moderne de rhumanité signitie i)récisément l'opjiosé des tendances de rhumanité cbnV tieniK*? (bi cherche aujourd'bui de nouveau à soustraire riiomme à l'obéissance à Dieu, 4't à le rendre si profondément à lui-même 4pie, sous ce rapport, on encbérit même sur

.(I) Hcllwalil, Histoire de la Civilisation , p. 118.

KANT in' LA SCIENCK MODKHXI-:

l'ancica paganisme, f.a lend.incc de ce iiiouvcineiit est viveiiienl expiiinée j)ar ces vers de llerwegh :

Sus î que des liai ions aux cio!i()issantcs canx, Qiicdi's relijçioiis, dont s'onViltMil les os, lîadieiisc, siiij|;isse une huinaiiité neuve!

En apparence, on oiïre à Hionime, ce libé- « ré de toule Inlelle )\ l'ahsolne indô'pendance, telle (pi'on ne la reconnaît dans les lliéories clnvliennes qn'à TKIre divin. Les droils de Thoinnie ne reposent pins sur les principes éternels et la raison divine, ne son! l)liis des privilèges conférés à riionnne par Dieu, et (|ni, mar(pijs dn scean de l'inviolahilité, s'étendeni à (ont ce qui esl indisjiensable à la dignité de noire exislence. Non, le. droit moderne, comme la moderne morale, a pour i)rinc:pe rjinmanilé. Ce n'est jioinl parce qu'il se sent obligé vis-à-vis de Dieu, c'est parce qu'il prétend à une liberté sans limites, que rbomme d'aujonrd'liui. est fier de sa dignité personnelle et de ses droits.

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Faut-il s'étonner que, de nos jours, la divinisation de l'homme produise les mêmes résultais que dans le ijaganisme ancien ? L'homme, que Ton se figure comme la source de tout vrai et de tout bien, auquel on attribue une absolue liberté et des droits sans limites, n'est pourtant enfin que l'homme réel, on plutôt ce n'est i^as l'homme réel tel qu'il est sorti de la main de Dieu et qu'il doit être dans le })lan de Dieu : c'est l'homme séparé de Dieu et abandonné à lui-même. Qu'est-ce donc que cet homme réel, afiVanchi de toute tutelle ? qu'est-ce que (c riiomme pur )>?

Lorscjue l'homme se tient" à la place que lui assigne son existence dépendante, lorsqu'il laisse régner en lui l'esprit de Dieu, il est le plus noble, le plus glorieux, le plus aimable des êtres: vassal de Dieu, il est le roi de la création. Séi)are de Dieu, il déchoit en luimême, il devient cet ce animal, le plus sale, le « plus cruel, et en même temps le plus orgueilleux de tous », qu'ont dépeint tous ceux

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KANT I:T la SClKNCIi: MOI)EllM<:

([ui comiaissenl l'Immaiiilé (I). Le ciiUi* ino- (lonie (le rimmanilé est en id(M» séduisant comme toute llatlerirs mais c(î n'est que le masque éclatant de l'égoïsme (Hii, dès le début de riiistoire, décliire el détruit lout ce qu'il V a iU\ noble. I.a misère el la confusion, dont le Ilot «»i'andissanl couvi'(* de plus en plus aujourd'bui le monde civilisé, \i(Mmeid de c(î (|U(*. la science moderne, avec cette longue (jueue de comèle (|u'on appelle « l'éducation po[)ulaii'e )), a séparé l'bommede Dieu, et fait de riiomme, abandonné à lui-même, le |)rincij)e, à la place de Dieu, de l'ordre cl de la vérité.

i. — Montesquieu dit (pielque j^art : u De « ridée ((u'il n'y a j)asdeDieu, vient l'idée de <(. notre propre indéj)endance, el de l'idée de M notre indépendance, celle delà révolte ». C'est maintenant, ou jamais, (pi'éclate à nos yeux la vérité de ces paroles. Nous vivons en pleine

(I) Peiiidn' riiomuKi sous des coiilciiis trop sombres, c'est folie et injustice. Mais on ne saurait trop souvent rappeler à notre siècle, «jui a revêtu riiomnie «les allrihuls divins, comment

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révolte générale. Et comment pourrait-il en être autrement? Là où chacun ne connaît que les prétentions de son moi radicalement illimité, chacun ne voit dans ce qui l'entrave, ({ue la limite de sa propre souveraineté, et on ne la supporte que lorsque l'on ne peut faire autremeid. Le sens profond de toutes les tendances libérales de l'humanité, c'est, ainsi ((lie le remarque bien un historien moderne de la civilisation: Ote-toi delà, que je m'y mette. L'homme moderne émancipé va justt^-

«Ics hommes qui vivaient en plein milieu social, ont dépeint rhommc. Inutile d'invoquer le témoignage de saint Augustin et de Salvien. Au soir de sa vie, C.œlhe rédigeait cette note : «Je « n'ai aucune confiance dans le monde; j'ai appris à être mé- « fiant; les hommes sont bien trop niais, trop bas, trop nié- « thodiquement absurdes; il faut avoir vécu aussi longtemps « que moi, pour apprendre à les mépriser complètement». Napoléon I'> disait un jour : « Les hommes sont des porcs, qui « se nourrissent d'or, et auxquels je jette de l'or pour les met( ner à ma guise v . Frédéric II avait confié à Sulzer la direction de l'instruction publique en Silésic. Il se fit adresser un rapport sur l'étal des écoles. Sulzer lui dit que tout allait fort bien, depuis qu'on avait adopté le principe de Rousseau que homme est naturellement bon : « Alt ! répondit le Roi, mon i< cher Sulzer, vous ne connaissez pas assez celte maudite l^race à laquelle nous appartenons » î D'accord avec cette

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KAXT ET LA SCIENCi: MODERNE

ment aussi loin que s'élencl sa puissance : il se met lui-même au dessus de tout. S'il le faut, pardessus le sang et les laiineS de millions d'hommes, il passe à l'ordre du jour, pour salisiaireles capi'ices de ses passions ou de son |)ouvoir égoïste. Voilà co (pii arrive pendant la guerre, pendant la paix. (( Spéculation et vertige », dit Ollo (IJagau, au débul de son solide ouvrage sur le bouleversemenl de la llourse et de la lUnupie de J>erlin( Leipzig, 1870), « telles sont les deux puissances, « sous la dominalion desipielles l'iiounne ci- (c vilisé géinil, soupire, se consume et dépé- « rit y>. Le dynamiteur de Uremerhaven, Tlio-

idôe, le Roi était dans son j^oiivcrnOinciit l'autocrate le itlus déterminé, (|iioi(iiril se soit loiijoiif» pioclainé |mbliqiiemenl le premier serviteur d(; rÉlut. Noil« ne nions pas «jue ces paroles et autres sembUihUs ne soient manpsées d'nn certain excinsivisime misanlhro|»ique, rriflis elles ne ténioi^înent cpie trop d'une vérité bien connue do Ions ceux ipii n"ii,'U(Ment pas la nature humaine. Démocrite dit (pie l'homme naît malade. Qu'est-ce (pie l'homme? s'écria fin autre penseur |»aïen? l/imai,'e de la faiblesse, la proie li'hn moment, le ballon du hasard, rimag:e de la mobilité, Utt tnélanj^e d'envie et de p.inc ; le reste, bave el bile. C'est coltO vérité qui a été exprimée en ces termes : « Le monde se divise en coquins et en fous ».

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