CH. IX. — CULTE XÉO-PAIEN DE L'HUMAXITÉ
mas, aujourd'lmi presque oublié, s'est multiplié sous mille formes dans notre sociélé: seulement le crime se caclic sous des formes conventionnelles. Tout n'est qu'une aiîaire de force. Là où les sujets le peuvent, ils secouent le joug de l'obéissance, et là où les gouvernants le peuvent, ils concentrent toute la force entre leurs mains. C'est le succi^s qui justifie tout. Admirable spectacle que cette fourmilière d'Excellences indépendantes ! a lisse poussent « se [iressent, se tirent, se poursuivent, s'é- « pouvantent, se mordent, et tout cela pour « un morceau de pain )\ et pour pouvoir le manger comme il faut! Voilà ce qu'on appelle l'idéal de riiumanité (1).
(1) Nous croyons superlln d'entrer plus à fond dans la description des plaies sociales, par lesrpielles commence déjà à se manifester le « Eritin siciil dii ». Il siiflU, pour les r.ippeler, <le citer les paroles suivantes d'nn historien de la civilisation : (( Les sacrifices humains que ilcmaudaieut autrefois la siiperstilion... les caprices des princes, les içueires de cabinet, — c'est aujoiinriini la moderne civilisation libérale qui les exige aussi impérieusement, et sur une pins vaste étendue, el en pins j,'raud nombre... autrefois aussi le paupérisme et la prostitution avaient existé sous des formes plus douces, maisja-
KANT KT LA SCIKNCIK Mui)l!:iîM-:
T). — A qui rAllemaguc doit-elk' le triste privil(\^e iravoir produit avec toutes les forces (le l'esprit et de la scifuicc ee retouiuuiversel vers le paganisme? Auiis et ennemis nounnent aussitôt lepiMiseur de luenigsherg, et la Criticpie de la liaison pure. Kant a exercé ici doublement, nouveau Co[)ernic, son inlluence, d'abord, en réussissant à tain» inetire de coté le ChristianisuK^ ; puis, en exidlaitt riiomme.
Sans doute à cette é|)0(jue le proteslantisme avait déjà c(. spiritualisé » le Cbrislianisme lnstori(pH% c'est-à-dire que, au point de vue où il jiaraissait lait pour Tbounne et en mesure de s'emparer de Thounne, il l'avait anéanti,
mais avec racuité d'aiijounriiui... l/anj!:niont.'itioii frappante (lu nombre des suicides aujourd'hui comme dans les jours de l'ancienne Rome, — laciuelle va de pair avec l'athéisme et la décadence de la relijjion dans le peuple, est \\\\ si^ne indéniable du temps, — de la domination du mal dans la société. 11 y a un rapport qu'on ne peut méconnaître entre cet état de choses et la prostitution iufellectiiellc des hommes, qui vendent leurs pensées, sous la forme de leur plume, au plus offrant... L'historien de la civilisation est forcé d'avouer que, en réalité, le travailleur moderne, malgré son aflranchissement politique qui, d'ailleurs, n'apaise pas sa faim, joue le rôle de l'esclave du temps passé » (Helhvald, Hist. de la ciriiis., 783-."»).
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en même temps que, sous l'autre point dcMue, il l'avait rédui! aune opinion subjective. Dans la main des llél'ormaleurs, le Gbristianisme ressemblait déjà à une tleur arracliée de sa ti^e, et qui etieuillée, vivait moribonde dans l'eau de la dépendance vis-à-vis de l'Ktal. A l'époque de Kant, il restait surtout deux formes de (( cliristianisme réformé », (pn, dans leur exclusivisme l'cpoussant, ne satisfaisaient ni l'espril liumaiu, ni tMicore moinsia vérité. C'étaient le subjeclivisme, sous la forme du Piélisinc, inauguré ])ar Spener, el le sul)jectivism(* sous la forme d(* Vorfltodoj'ie chicanière avec ses innombrables petits papes. Au dessus a])parut, sorti du goulTre plus profond de l'esprit du siècle révolté par le protestantisme^, un nouveau Ilot de subjeclivisme, le frivole et léger rationalisme. A l'étranger, l'esprit d'opposition contre l'ancienne Église était allé jusqu'à sa dernière conséquence^ l'empirisme éhouté, dont le domaine est le monde sensible; sous la forme du matérialisme français et du scepticisme anglais, il avait été importé en Allema-
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gne, où il avait bientôt acquis le plus vaste (léveJoppcinent, en raison de son étroite parenté avec leur esprit, clans les milieux proleslants.
C'est au milieu de ce pèle-mè!c confus que Kant parut, el, comme le dieu du poète, leva sa lète impassible (placidtnn cttpnl cvtfdit undis) pour imposer le calme aux éléments soulevés, lion proleslaid, il ne voyait de salut ({ue dans le subjecMvismc (I). Sans réfléchir qu'on ne jette pas de l'huile sur le feu pour réleiudi'e, il entreprit de venir à bout du mal produit par le subjectivisme, en donnantau subjectivisme un fondement plus solide cten le justiliantphilosopirupiement. C'est, en eiïet, là au fond toute la Crilicpie de la lîaison [)ure, avec toutes ses consé(juences : morale autonome, religion rationnelle^ etc. Le grand
(1) Menzcl remarque à propos, dans sonouvrai^e sur la Littérature alle.iiaiule ( I, 128-2), que « Kant apparut à l'apogée de « cetle éniauci|tali(Mi et de cette culture proteslaute, (pii ca- :< ractérise son temps; il était encore un vrai rejeton de la « Réf(M-me » ; il se l'ait dans ce jugement le porte-parole de l'opinion publique.
penseur croit avoir fait un chef-d'œuvre en coui)aiit en deux par en haut l'arbre de la Raison: le bas, la tige, c'est-à-dire la raison pure et tliéori([ue, il en lit le fondement de V(itlu'isnie\ le haut, la cime, c'est-à-dire la liaison praticiue, qui flottait alors en l'air, il Tolfrit pour asile aux cœurs épris de foi et de sentiment: mais Tune et Tautre partie fut soumise à l'esprit critique. Dlvide et impeni. Le Christianisme fut toléré comme parasite sur h' terrain de la liaison pratitiue.