COMMENT KANT A ACCOMPLI SA TACHE
1. — En donnant nne base nouvelle à la connaissance humaine, Kanl voulait jeter les fondemenls d'une conception du monde qui fût seule durable. Où chercherons-nous cette base nouvelle, qui est le propre service rendu à la science par le grand critique?
Autant les représentants de la science moderne s'accordent tous à louer Ivant, autant ces panégyristes diffèrent d'avis quand il s'agit de déterminer le service propre et suréminent rendu à la science par le grand critique. Nous rapporterons ici les trois opinions cou-
rantes : les deux premières ne reposent sur aucun fondement, la troisième va au cœur de la question.
^^ — Beaucoup font consister la valeui- historique de Kant en ce qu'il a le premier tenté de donner une exposition du fait de la connaissance en la tirant des propres éléments de ce fait. Telle est l'opinion de K. Fischer : il soutient que Kant a le premier dé^'ouvert le seul point de vue duquel soit possible une explication plausible du fait de la connaissauce. Et quel est ce point de vue : <k C'est <c la très simple vérité que le fait de la con- ^t naissance ne doit pas s'expliijuer du tout, ou ce doit s'expliquer par des conditions qui pré- « cèdent la connaissance réelle, et par suite, ne c( sont pas elles-mêmes coimaissance. Ce point <(. de vue transcendmtal , ainsi que Kant l'ap- « pelle, nid avant lui ne s'en était avisé (1) ». Aous aurons plus tard tard l'occasion d'expliquer que les manipulations que Kant se
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permet sur son point de vue transcendcntal ne sont luillement nouvelles. Mais avant Kant personne n'avait-il essayé de rendre compte de la connaissance humaine par ses éléments constitutifs, par son fondement, démettre en lumière l'acte de la connaissance et les ingrédients qui le composent ? C'est ce qu'on ne peut affirmer que si Ton ignore entièrement l'aucieimc i)hilosophie jetée par dessus bord avec le catholicisme. Aussi bien Kant l'ignorait-il absolument. Quant au courant criti- (pie moderne dans la philosophie allemande, c'est atout instant qu'on le rapporte à Kant, comme à son auleui', et qu'on le fait dater de Kant. Or, bien avant Kant, dans l'école même <]e Wolf, à laipielle on reprocne d'ordinaire le manque absolu de sens criticpie, s'était déclarée une tendance significative à l'esprit criti- (pi(». C'est à bon droit que liiehl, dans son ouvrage intitulé le Critlcisnie jï^rilosophique et son inq)oyl(inre pour ta science positire{\), cilel'al-
(l) Histoire de la iihilosopliie moderne, m, t>3.
(1) Leipzig ( Engelinanu, IvSTO), p. 18r)-187
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KANT KT LA SCIENCK M0DI::RNK
sacieii .1. II. r.aiiihcil, coiiuiie le i)i"ùdéccsseiir immédialde Kanl dans la philosophie crilicpie, et J. Nie. Tetens, professeur à Kiel, comme h^ propre et Yérilal)l(^ devanci(M', d même en partie le Sosie de Kant. Tout au plus i)eul-on dire de Kant qu'il a renforcé vi dirigé le courant ci*iti(pie dans une voie nouvelle.
3. — Pour d'autres, l'œuvre de Kant consiste en ce cpi'il a le pn^iiiern^connu ViwjmsibUité d'expliquer Tensemble de la connaissance humaine y>«r/^( perception sensible. C'est l'opinion, par ex. de 11. Lotze(l), (jui fait résider la doctrine de Kant dans cette proposition que l'expérience seule ne fournit pas les lois d(^ la réalité: c( Quand nous arrivons à une pareille (.( assertion, » dit-il, ce il se rencontre (jue nous (( déf(Midons en même temps un point essence tiel de la philosophie allemande, sur le(juel (( nous sommes pris à partie par toutes les c< nations ». Nous ne pouvons faire autrement que de voir dans de pareilles aflirmations une
(1) Lo^iq^ue, p. 57.0.
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preuve de cette lamentable étroitesse de l'horizon intellectuel des modernes, qui stupéliera les générations futunîs. Ces nains, qui ne peuvent porter leurs regards au delà des plus humbles taupinières, veulent accaparer le soleil pour leur trou de village î
A rencontre des empiristes anglais, on peut constater dans Kant, comme un progrés (si ce ;i'est un recul ) tout en droite ligne, que Je célèbre critique a de nouveau compris et démontré que la connaissance humaine n'est nullement, ainsi qu'on l'essayait en vain depuis Locke, expliquée par la perception sensible, précisément parce qu'elle ne peut être issue d'une simple élaboration des perceptions sensibles. « Que toute notre connaissance, » dit-il (( dans laCritique de la Raison pure (p. 695), « commence avec l'expérience, il n'y a point de (( doute là dessus ; car qu'est-ce qui éveillerait « notre faculté cogin'tive et la ferait entrer en c( acte, sinon les objets qui frappent nos sens? «... Chronologiquement donc, en nous, au- (i cune connaissance n'est antérieure à l'ex-
<c pùrience, et toute connaissance commence <c avec elle ». Maintenant il s'agit de savoir s'il îi'y a pas une connaissance qui commence ])ien <iivec l'expérience, mais (jui poui* cela ne déj;ive pas de l'expérience. C'est, dit Kant, « la « question agitée dans toute la Criti(jKe de la «( Raison pure: existe-t-il une telle connaissan- «i ce, indépendant(î de rex[)érience, et même de « toutes les impressions sensibles ?Ces connais- (( sances là, on les appelle a priori et on les disf lingue des empiriipies, dont la source est (( ^i posteriori, à savoir dans l'expérience (Ibid. *i p. ()9()) ». A cette question Kant répond affir- •înativemeiU. VA sur (pielh^s raisons? C'est ([uo tontes se ramènent à la nécessité et à l'univer- :salité ([ui i)ercenl dans la i)Iu[)ai't de nos connaissances sans cependant pouvoir dériver de l'expérience. Si je vois ([ue ce triangle a trois iingles, la simple ex|)érience ne peut me donner le motif de celles énonciation, que tout triangh» réel et possible doit avoir trois angles. Kn conséquence de ([uoi, KanI conclut ce qu'il doit y « avoir une source spéciale de connaissance