II. — GOMM. KANT A ACCOMPLI SA TACHE
L'esprit de Ivaiit est le silex, cron Tiv^^prit du siècle a fait jaillir cette étincelle, et c'est en cela que nous faisons consister l'œuvre du nouveau Copernic, cpii a révolutionné l'iniivers.
Kant clicrchant, surtout pour cette face de la connaissance humaine (pii dépasse r(^\p,'rience sensible, une explication, et croyant la trouver dans des conditions purement sujjjectives, toute la connaissance humaine pril iiuo autre tournure; ce ne fut plus seulement l'inlei'ditjeté sur la rcalité extérieure à l'acte cognitif, ce fut (Micore la fahvm.Uon arti/irielle des représentations, et ici non ; tenoiLS la racine de l'errreur.
^. — Escpiissons rapidemen! la pensée de Kant.
Kant admettait que les repiv'sentations (]ui, en raison de leurs caractères d(î nécessité et d'universalité, ne peuvent dÂiver de l'expérience sensible, préexistent dores et déjà ( a priori ) dans la faculté cognitive à l'état de formes toutes prêtes à Fade, ou de concepts;
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ces représentations sont antérieures à toute expérience, et cela comme conditions mêmes, qui rendent l'expérience possible; celle-ci ne nous fournit par l'intermédiaire des sens rien que d'indéterminé et d'inordonné, des matériaux. Ce qui, dans notre connaissance, ordonne et enchaîne les matériaux selon certains rapports, ce sont ces représentations mêmes a priori, immanentes à la faculté cognitive ; par là même, leur nature est celle de formes organisatrices. De même (pie la matière a posteriori, qui sans cesse entre en nous, n'est pas encore une connaissance, en raison de son indétermination, de même les formes a priori, immanentes en nous, demeurent vides jusqu'à ce que, mises en rapport avec l'expérience, elles aient reçu un contenu.
N'oal)lions pas, d'ailleurs, que, dans son nouveau système, Kant prend pour base un état de choses réel, mais connu déjà depuis longtemps. Il a raison sans conteste de soutenir que la connaissance humaine ne peut se former sans le concours du moi sujet, sans son activité
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rigoureusenieiit réglée, parlant sans nn élément a priori. Autrefois on avait fait consister cet élément a [)riori dans la faculté suprusensible, laquelle est déterminée par la vérilé réelle.
Or, quel est, d'après Kant, cet élément original a priori? La réponse à cette question est l'objet de la critique; et, pour procéder à cette critique, nous devons vider nos connaissances de leur contenu, les considérer comme des formes vides: c'est ainsi que nous aurons la raison pure. Nous tiendrons alors quelque chose sans contenu, des représentations vides, desquelles procède exclusivement et en dernière analyse la nécessité qui sert de règle à notre activité pensante. Qnand je suis contraint de juger que deux fois deux font quatre et jamais cinq, cela vient non de ce qu'il en est ainsi, mais de ce que je dois penser ainsi. Notre connaître n'est par suite qu'une faculté de jurjer spontanément. Bien plus, d'après les différents modes de la faculté de juger s'organisent diverses formes
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fondamentales (catégories), sous lesquelles se rangent tous les concepts. Les catégories ne sont que les formes de notre aclivité pensante, — formes qui, au contenu indéterminé, mis en nous par Texpérience sensible, impriment le cachet de la réalité, de la nécessité, etc.
Mais comment le sensible peut-il être coulé dans ces formes mentales vides? C'est à quoi sert seulement ce que Kant appelle la faculté intuilive: elle s'exerce par deux formes ou schèmes, le temps et l'espace, lesquelles donnent à ce ({ui est perçu le caractère d'être situé dans Tc^space et le temps, car ce caractère, selon Kant, n'appartient pas naturellement à ce qui est perçu. Celte partie de la Critique qui traite de ces deux formes de l'intuition, Kant la nomme Est/téticjue transcendeutale : mais, pour les formes de la pensée, il en Iraile dans la Logique transcendentale.
A en croire Kant, il n'y a donc hors de l'esprit connaissant ni (^space ni temps. Il n'y a en nous que deux formes a priori de la scn-
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sibilitù, grâce auxquelles les choses nous semblent être juxtaposées ou postposées, c'est-àdire dans l'espace et le temps. Cette apparence vient seulement de ces formes; elle n'impli- ([ue pas (pie les choses sont réellement dans le temps et dans l't^space. L'apparition des choses à notre sensilnlité fournit la matière propre, que notre pensée élabore et informe à l'aide des catégories. C'est seulement après que l'intuition du temps et de l'espace, avec leurs diverses relations, a été imprimée aux choses, que la série des catégories (réalité, existence, causalité, possibilité, etc.) peut leur être appliquée par la pensée. Aussitôt donc que le robinet est ouvert, le jet s'élance, et il se produit ce que Kant appelle le schématisme transcendental de la raison pure, en sorte que les matériaux, bruts et indéterminés, coulent, grâce aux formes de l'intuition, dans le moule des formes de l'entendement et apparaissent comme vérité, réalité, substance, etc.