C.ir. IV. — LA SCIENCK ft L[B-RK
1p passé comme un fait liisloriqucmcnt démontrablo, doit être saluée comme le plus •j^rand bienfait.
Sixièmement : dans la supposition d'une telle révélation faite à l'humanité, il est au plus haut point désirable que Dieu établiss»^ une autorité accessible aux hommes, laquelle, avec l'assistance divine, veille sur le dépôt de Il vérité, repousse par voie de jugement dans rintérét de l'humanité toutes les attaques, et en conséquence renferme le jugement i)ropre des individus dans des limites déterminées. La résolution de l'homme, de se soumettre à la vérité, prend ainsi une tournure plus concrète et qui est plus d'accord avec la nature humaine.
Comme on le voit, les limites ainsi imposées à l'arbitraire et au caprice dans l'intérêt <le la possession de la vérité, dérivent des facultés de la nature humaine, telle qu'elle existe. La science « non libre » ne cesse point aujourd'hui encore de les défendre comme nécessaires.
I'i2 KANT ET LA SCIENCE MODERNE
Mais, — pourrait-on demander, — ces limites, par suite du progrès et du développement de la culture, ne deviennent-elles pas inutiles? Au contraire^ répond la science ce non libre ». Cultiver les sciences et en faire le bien commun du peuple, est une bonne chose, mais il y a au tableau une ombre et un mauvais côté ; c'est que dans les individus se développe ainsi promptement une tendance à un orgueilleux isolement, qui favorise une hautaine confiance en soi-même. « Lors- « que», dit Balmès, « des noms éclatants, l'ap- « pareil de la science, et autres choses sembla- « blés, inspirent à l'homme une haute opinion « de la puissance de son esprit, lorsque des « idées brillantes sont répandues dans les mas- (K ses, c'est justement alors qu'une autorité vi- « vante est nécessaire pour protéger d'un soli- (( de bouclier, l'héritage sacré des vérités supé- (( rieures aux temps et aux lieux, sans la con- « naissance desquelles l'homme est éternelc( lement abandonné aux flots mouvants de (( ses erreurs, et oscille sans cesse incertain
cil. IV, — LA SCIENCE (( LIBRE » 123
« du berceau à la tombe : ces vérités sont a comme le fondement solide, sur lequel re- « pose l'éditice social ; que le fondement soit « ébranlé, l'édifice tout entier se disloque, « croule et tombe en ruines ».
En un mot: — Jadis l'humanité savante inscrivait sur sa bannière : Vt^ViM/ elle limitait la liberté de l'abus et de l'erreur pour jouir d'autant mieux de la liberté qui découle de la posession de la vérité. Cette manière d'entendre la vie est pour les modernes com ■ me enterrée. Liberté ! ce rhot est encore inscrit sur le drapeau ; on proclame la liberté pour tout bon plaisir humain, pendant qu'on bâillonne la liberté qui s'appuie sur la possession de la vérité.
En exposant en détail les limites autrefois assignées à la pensée, nous avons par là même décrit la « liberté » qui exsécre les limites.
A. — Serait-il bien difficile de retrouver dans cette liberté de la science moderne les traits propres du Kantisme ? Il nous suffit de
demander aux admirateurs de cette liberté sur quoi ils la fondent, et nous entendrons énoncer les thèses principales de la philosophie Kantienne.
On nous dira : La liberté est exigée par la dignité de la pensée humaine ; l'activité mentale est à elle-même sa fin, elle est libre de tout contenu, indépendante d'une vérité antérieure, elle est souveraine. Comment endiguer une spéculation qui se meut dans des concepts vides et ne prétend nullement avoir dans la réalité donnée un contenu qui lui corresponde ?. L'activité du sujet est tout ; la possession de la vérité objective n'est rien. — C'est exactement la théorie de Kant sur la pensée pure.
En second lieu, on nous répondra : Comment la science pourrait-elle ne pas être entièrement libre, puisque, pour chaque individu, ce qui est vrai, c'est ce qu'il pense. Bien plus, la pensée n'est pas l'appréhension d'une vérité objectivement subsistante ; ce n'est qu'une construction, par laquelle chacun se