PES.CH. — KANT
« est vraiment réel; la vérité, la réalité, la « sensibilité sont donc identiques»; lorsque Biichner nous apprend que « le naturaliste ne (( connaît que des corps et des qualités cor- « porelles ; tout ce qui est au dessus, il l'ap- « pelle transcendant^ et il considère la trans- <i cendance comme une aberration de l'esprit « humain » ; lorsque Vogt déclare « que la lift mite de l'expérience est aussi la limite de (.(. la pensée » ; lorsque Moleschott nous enseigne que, « en dehors des rapports du monde cor- « porel avec nos sens, nous ne pouvons rien « saisir, et que toute expérience est sensible ». C'est avec raison que dans le camp matérialiste on a fait remarquer que, dans aucun système philosophique, le suprasensible n'est aussi radicalement annihilé que dans la Critique de Kant. Tandis, en effet, que dans la philosophie traditionnelle les concepts et les idées, témoins irrécusables d'un monde suprasensible, existent et peuvent et même doivent s'appliquer au suprasensible, d'après Kant, tous les éléments a priori de la connaissance
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servent exclusivement à rendre possible l'expérience des sens. Pour la Critique de la Raison les Idées de Dieu^ du monde, de l'âme, n'ont de valeur que comme expression de la tendance à systématiser, inhérente à notre organisation. La liberté de l'homme n'est pas plus heureuse. Si Kant ne la nie pas, il la relègue du moins dans « le monde intelligible », ou elle ne gène pas le matérialiste.
4. — Nous arrivons maintenant au troisième et au plus important caractère, celui qui pousse puissamment la spéculation moderne vers le panthéisme. Kant n'était pas un panthéiste achevé. Mais, en proclamant dans sa Critique orientée vers l'athéisme la souveraineté du moi pensant, il posa la question à laquelle répond le panthéisme sous toutes ses formes.
Ue fait corrélatif avec le caractère de l'œuvre du nouveau Copernic, c'est que le panthéisme s'est montré surtout et de préférence sous l'aspect idéaliste.
Plus en effet la Critique de la Raison pure
cherche à reléguer la « chose en soi » dans une obscurité inaccessible, plus clairement se posait la question de l'origine de cette activité pensante créatrice, (fui agit dans tous les hommes de la même manière. En particulier, le Kantien devait se préoccuper de rechercher comment il se fait que nous nous sentons tous invinciblement contraints par la nature à admettre la réalité du monde qui apparaît à nos choses, et à penser, au dessus de ce monde réel, d'après les concepts de notre raison, par suite, à soutenir qu'il y a concordance entre les lois de notre pensée et les lois des choses externes. Cette question dans le développement du criticisme était devenue plus pressante que jamais.
Dans l'antique philosophie traditionnelle, cette question avait reçu une réponse facile à saisir et dégagée de contradiction. On était fermement convaincu que l'esprit des individus, aussi bien que le monde qui s'oppose au moi pensant, a son fondement dans une unité supérieure, dans un seul et même absolu. Ainsi