Esquissons rapidement la pensée de Kant
Kant admettait que les repr'sentations qui, en raison de leurs caractères de nécessité et d'universalité, ne peuvent d.';.iver de l'expérience sensible, préexistent dores et déjà ( a priori ) dans la faculté cognitive à l'état de formes toutes prêtes à l'acte, ou de concepts ;
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ces représentations sont antérieures à toute expérience, et cela comme conditions mêmes, qui rendent l'expérience possible; celle-ci ne nous fournit par l'intermédiaire des sens rien que d'indéterminé et d'inordonné, des matériaux. Ce qui, dans notre connaissance, ordonne et enchaîne les matériaux selon certains l'apports, ce sont ces représentations mêmes a priori, immanentes à la faculté cognitive ; .l)ar là même, leur nature est celle de formes .organisatrices. De même que la matière a posteriori, qui sans cesse entre en nous, n'est pas encore une connaissance, en raison de son indétermination, de même les formes a priori, immanentes en nous, demeurent vides jusqu'à ce que, mises en rapport avec l'expérience, elles aient reçu un contenu.
N'oublions pas, d'ailleurs, que, dans son nouveau système, Kant prend pour base un état de choses réel, mais connu déjà depuis longtemps. Il a raison sans conteste de soutenir que la connaissance humaine ne peut se former sans le concours du moi sujet, sans son activité
rigoureusement réglée, parlant sans un élément a priori. Autrefois on avait fait consister cet élément a priori dans la faculté suprasensible, laquelle est déterminée par la vérilé réelle.
Or, quel est, d'après Kant, cet élément original a priori? La réponse à cette question est l'objet de la critique; et, pour procéder à cette critique, nous devons vider nos connaissances de leur contenu, les considérer comme des formes vides: c'est ainsi que nous aurons la raison pure. Nous tiendrons alors quelque chose sans contenu, des représentations vides, desquelles procède exclusivement et en dernière analyse la nécessité qui sert de règle à notre activité pensante. Quand je suis contraint de juger que deux fois deux font quatre et jamais cinq, cela vient non de ce qu'il en est ainsi, mais de ce que je dois penser ainsi. Notre connaître n'est par suite qu'une faculté de juger spontanément. Bien plus, d'après les différents modes de la faculté de juger s'organisent diverses formes
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fondamentales (ca(égories), sous lesquelles se rangent tous les concepts. Les catégories ne sont que les formes de notre activité pensante, — formes qui, au contenu indéterminé, mis en nous par l'expérience sensible, impriment le cachet de la réalité, de la nécessité, etc.
Mais comment le sensible peut-il être coulé dans ces formes mentales vides? C'est à quoi sert seulement ce que Kant appelle la faculté intuitive: elle s'exerce par deux formes ou schèmes, le temps et l'espace, lesquelles donnent à ce qui est perçu le caractère d'être situé dans l'espace et le temps, car ce caractère, selon Kant, n'appartient pas naturellement à ce qui est perçu. Cette partie de la Critique qui traite de ces deux formes de l'intuition, Kant la nomme Esthétique transcendentale : mais, pour les formes de la pensée, il en traite dans la Logique transcendentale.
A en croire Kant, il n'y a doue hors de l'esprit connaissant ni espace ni temps. Il n'y a en nous que deux formes a priori de la scu-
sibilité, grâce auxquelles les choses nous semblent être juxtaposées ou postposées, c'est-àdire dans l'espace et le temps. Cette apparence vient seulement de ces formes; elle n'impll- (|ue pas que les choses sont réellement dans le temps et dans l'espace. L'apparition des choses à notre sensibilité fournit la matière propre, que notre pensée élabore et informe à l'aide des catégories. C'est seulement après que l'intuition du temps et de l'espace, avec leurs diverses relations, a été imprimée aux clioses, que la série des catégories (réalité, existence, causalité, possibilité, etc. ) peut leur être appliquée par la pensée. Aussitôt donc que le robinet est ouvert, le jet s'élance, et il se produit ce que Kant appelle le schématisme transcendental de la raison pure^ en sorte que les matériaux, bruts et indéterminés, coulent, grâce aux formes de l'intuition, dans le moule des formes de l'entendement et apparaissent comme vérité, réalité, substance, etc.