Mais quel est le résultat? Que con
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dut KmuI lui-mùnie pur rupporl à la valeur réelle de notre pensée? Quelle est son attitude vis-à-vis de la réalité objective?
Notons avec soin que, dans cette question, il s'agit de l'objet extérieur, de l'objet situé en dehors ou au delà de notre acte cognîtif, et c'est de lui qu'on demande s'il est pour jious objet de connaissance certaine (i).
( 1 ) La distinction entre la représentation interne ( immanente) de Tobjet, et Tobjel externe (transcendant) est, pour l'appréciation du Kantisme, de la plus grande importance. Cette rcprésciilation immanente de l'objet s'appelle chez les scolasliiiues, species, conceptus, verbitm mentis, notio, terminus mentalis ou intenlio objectiva. On ne peut absolument lui accorder le caractère d'un objet au sens propre du mot, car tout élément idéal ne se présente pas à l'esprit connaissant comme quelque chose de connu, mais il est ce par quoi l'objet externe est connu. Malheureusement, les mots objet, chose, corps, réel, en dehors de nous, objectif, réalité objective, ont dans la bouche de Kant, un double sens, attendu qu'ils désignent tantôt l'image intérieure, immanente, tantôt l'objet extérieur, transcendant. Ed. de Hartmann a eu raison de s'en plaindre : « Ces oscillations dans l'emploi des mots, dit-il, ne « peuvent naturellement que rendre très difticilc l'intelligence « des idées, puisqu'on est obligé de deviner, par le sens du « contexte, la signification donnée présentement au mot ». ( Examen critique des fondements du ré-ilisme, Préface, p.xvn)
Jamais on n'a contesté que, pour être connue (le nous, une chose réelle du monde extérieure ne dût devenir notre chose, c'est-à-dire qu'un objet extérieur ne dût devenir l'objet intérieur de notre acte cognitif, le contenu de notre pensée, jwr laquelle nous le connaissons. Car comment puis-je penser quelque chose, qui ne soit chose pensée jxir moi? Il serait trop naïf d'admettre que, selon l'expression d'un philosophe moderne, « la pensée « est vis-à-vis de l'existence comme le nez en « l'air ; c'est ainsi qu'un ignorant, regardant « par un télescope, s'imagine que l'instrument (c a tellement rapproché les objets de lui qu'il « les voit plus grands, tandis que le savant (( sait qu'il n'aperçoit les choses qu'à l'aide d'u- « ne image cachée dans l'appareil ». La représentation de l'objet présent en nous par l'acte de la connaissance n'est pas en discussion, quand on s'inquiète de la réalité objective de nos connaissances ; il ne s'agit que de la réalité d'un objet (transcendant) existant en dehors du principe pensant.
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Que nous dit donc le grand penseur de notre rapport avec la sphère de la réalité propre (c'est- à-dire transcendante) ? Il nous- dénie toute capacité d'affirmer des objets mêmes ce que nous en pensons nécessairement, conformément à nos représentiitions. Nous disons bien des choses qu'elles sont, et qu'elles sont telles ou telles, mais cette existence est en nousmêmes une forme toute subjective. L'élément décisif dans toutes nos connaissances est déjà entièrement en nous, avant que nous connaissions. Comme c'est nous qui tirons de nous pour la donner aux choses leur existence phénoménale, nous ne savons rien de leur existen- ^yi en soi. Kant exprime encore ainsi sa pensée : Nos connaissances ont bien une valeur objective, mais cette valeur ne se rapporte pas aux choses en soi, ou aux objets transcendentaux, c'est-à-dire aux objets tels qu'ils sont en eux-mêmes, hors de nous ; elle ne se rapporte qu'aux objets empiriques, c'est-à-dire aux phénomènes qui sont dans notre pensée à titre de représentations. Si je dis de mon ami :
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il est parti il y a deux heures, il est acluelleiiient à deux milles de moi, il est un être, il esJ; réel, il n'est pas un accident, ce sont là autant d'énonciations qui ont une réalité dans mon acte cognitif même ; mais en dehors de cet acte, y a-t-il quelque chose qui leur corresponde, c'est ce que j'ignore absolument.
Si donc les choses sensibles en soi ne peuvent nullement être atteintes par notre connaissance ( laquelle est confinée dans le monde phénoménal pur), il nous est encore moins possible d'atteindre par la pensée, grâce au sensible, l'existence suprasensible (métaphysique).
Telle est dans ses grands traits l'esquisse de la découverte capitale de Kant (1). En d'au-
(1) Schopenhauer remarque que l'Idéalisme qui résulte de la philosophie de Kant n'est pas neuf ; il est précisément identique à la doctrine fondamentale des Yédas et des Pouranas, à ladoctrinede Majà (l'illusion). Mais, dit-il, Kanta exprimé cette antique doctrine d'une manière entièrement neuve ctoriginale, et il en a fait, par la plus calme et la plus sobre des expositions, une vérité indiscutable. Schopenhauer énonce ainsi les services rendus par Kant : » Le plus grand mérite de Kant
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très termes, nous ne sommes autorisés à riem affermir scientifiquement que sur les choses accessibles à la perception sensible, et encore norn sur les choses en elles-mêmes ; nous ne pouvons rien affirmer que sur les choses coinm& phénomènes, et encore n'en pouvons-nous dire que ce que nous leur donnons nous-mêmes en les connaissant. C'est moi gui me fais tous mes objets de connaissance ; je suis donc 1& producteur de l'univers que je connais ; et ainsi je suis l'alpha et l'oméga. C'est vrai-
« est la distinction entre \e phénomène et la chose en soi, — « distinction fondée sur cette démonstration qu'entre les cho- « ses et nous s'interpose toujours l'intellect : ea conséquence de « quoi elles ne peuvent être connues selon ce qu'elles sont ea « soi. Il a été mis sur la voie par Locke . . . Celui-ci avait « isolé de la chose en soi la part (son, odeur, couleur, etc). que- « les onjanes des sens prennent à son appréhension ; Kant iso- « la de plus en plus la part des fondions cérébrales i> . Le monde en tant que volonté et représentation, 4«édit., i,495) : ;< Cette « connaissance claire et cette exposition calme et réfléchie « de la nature tout illusive de runivers sont proprement la base < de toute la philosophie de Kant, c'en est rame, c'en est le « plus grand mérite. Il vient à bout de démonter et de faire « passer pièce à pièce sous nos yeux tous les rouages de noire « faculté cognitive —, par lesquels se produit li'llasion du mon- « de objectif ».
ment une découverte à la Copernic ! Kant croyait avoir par là le premier trouvé le seul chemin possible pour donner à la connaissance humaine la certitude, dont elle était jusqu'alors dénuée. Lorsque^ à propos de l'œuvre de Kant, on nous rappelle l'œuf de Colomb, nous avouons que la comparaison nous paraîtrait encore plus topique, si l'on nous disait que le nouveau Colomb a mis en bouillie l'œuf qu'il devait ftdre tenir en place.
Dans les chapitres suivants, nous rechercherons en particulier, comment Kant, avec sa grande découverte, est devenu le fondement principal de la science moderne, non seulemiMit théorique, mais encore pratique.