‹ Kant [microform]Chapitre 6 sur 14 · K\NT · texte numérisé non relu

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nul objet ne pouvant être construit que selon les lois inhérentes à notre constitution intellectuelle, les lois de la pensée sont donc les lois des choses; elles en fixont d'avance inéluctablement les conditions générales et nous pouvons nous fonder sur elles pour interpréter et généraliser à mesure les données de Tobservation. (Pr., 70-8;>.)

b) Possibilité (V une métaphysique de la nature. — Il y a mieux. Si nous pouvons ainsi dépasser Texpérience en la généralisant, c'est que nous sommes en état d'anticiper- sur elle et de déterminer a priori, au moins partiellement, la nature des choses ou Tordre de la nature. Les catégories déterminent la forme do tout objet en général. Tout ce qui pourra nous être donné, et qui nous est encore inconnu en son individualité ^ nous est pourtant déjà connu en partie : nous en savons quelques caractères sans lesquels il ne serait pas un objet pour nous et de ces caractères nous pouvons déduire quelques autres de ses pro priétés ou de ses relations nécessaires. Ainsi une- •certaine connaissance générale et a priori de la nature, à savoir une métaphysique, précède la physique et lui peut servir de fondement ou de règle. Sans doute il ne faut pas espérer, comme Descartes et quelques autres, déduire des principes n priori de l'entendement toutes les lois de la nature et reconstruire le monde par le seul effort de noire raison. Nous ne pouvons connaître a priori (|ue la l'orme des choses et non leur contenu, constilur par les sensations qui nous viennent du dehors. Ancune déduction ne pourrait nous appreiidi'c rexislence de la lumière ou de la cha-

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leur, ni davantage nous instruire de leurs lois spéciales. Mais nous pouvons déterminer d'avance, avec une suffisante précision, dans quelles conditions ces phénomènes ou d'autres seront donnés et quel genre de lois ils pourront recevoir. Ainsi nous pouvons définir a priori les problèmes, les cadres, les principes et les modes d'explication de la science de la nature. Nous pouvons aller audevant des faits avec des définitions et des explications toutes prêtes. Dans cette marche progressive des conditions les plus générales et les plus abstraites de toute réalité aux faits spéciaux que l'observation seule peut révéler, il y aurait trois degrés ou trois étapes à distinguer.

1° Tout d'abord on peut déterminer absolument a priori ce qui résulte pour tout objet du seul fait qu'il est soumis aux catégories. On peut énoncer ainsi un certain nombre de principes qui doivent servir de règles au savant dans l'analyse des phénomènes et l'avertir de ce qu'il y peut trouver, ou même d'abord de ce qu'il y doit chercher. Ils définissent les conditions d'une nature en général, indépendamment de la matière dont cette nature sera constituée. Les phénomènes auxquels nous sommes accoutumés pourraient disparaître ; notre monde pourrait se peupler de phénomènes inouïs: encore seraient-ils soumis aux lois de notre pensée et ils constitueraient un monde du même ordre que celui que nous connaissons. Les principes immédiatement déduits des catégories définissent donc la forme de tout monde qui pourrait être donné à l'intelligence humaine. Ces principes, Kant les a déduits dans laseconde partie de l'Analy tique Irans-

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cendantale : V Analytique des principes. l\ y en a naturellement autant d^espèces que de ca e^ories Si nous ne pouvons montrer ici comment ils prédc terminent la nature des choses et en préparent 1 explication, rappelons au moins les plus importants. De cela seul cpie rien ne peut être donne que selon les formes a priori de Tintuition, 1 espace et le temps, où tout se disperse, il s^ensmt (lue toutes les intuitions sont des quantités extensives ; de cela seul que rien ne nous est connu et n est réel pour nous qu\autant que cela nous affecte, il en résulte que le réel, objet de sensation, a une quantité intensive ou un degré ; nos représentations ne constituant des objets qu autant qu^elles sont liées nécessairement, on peut affirmer que rien n'est donné dans la nature sans être engagé en des liaisons nécessaires dont les trois formes, relatives aux trois aspects du temps, selon lequel la liaison s'effectue—permanence, succession, simultanéité, — sont la loi de substance, la loi de cause, la loi d'action réciproque; enfin on peut déterminer à quelles conditions les objets ainsi définis pourront être posés comme possibles, réels ou nécessaires, selon la manière dont la conception s'en trouve d'accord avec les conditions formelles ou matérielles

de l'expérience.

2*> Ces principes sont encore trop éloignés du réel. Si l'on veut passer d'une connaissance purement formelle des choses à la détermination de leur contenu, il faudra nécessairement faire appel à l'expérience. Mais on peut lui demander simplement d'indiquer la propriété générale, le caractère fondamental de l'objet donné en fait à la connais-

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sance. En appliquant à cette notion les catégories et les principes qui s'en déduisent immédiatement^ on obtiendra une deuxième série de principes qui serreront ces faits de plus près: après les conditions formelles, on déterminera ainsi les conditions matérielles de la réalité. Seulement, en passant de la forme de la nature à sa matière, la métaphysiquedevra se dédoubler. Les intuitionsquidonnent la matière de notre connaissance sont de deux sortes : les unes, données des sens externes, nous font concevoir le monde des corps; les autres, données des sens internes, nous révèlent la vie de l'esprit. De sorte qu'il y aurait lieu— les propriétés constitutives de ces deux objets ne pouvant se ramener à l'unité, — à construire séparément une métaphysique de l'esprit et une métaphysique de la nature matérielle. Mais,''selon Kant, la première est impossible pour toutes sortes de raisons. Il a essayé de constituer la seconde dans ses Premiers principes métaphysiques delà science de la nature^ publiés en 1780. Kant y remarque que les sensations par lesquelles nous connaissons les corps ont toutes quelque chose de commun : elles résultent d'une affection de nos organes qui ne peuvent être mis en jeu que par des mouvements et dont l'action est elle-même un mouvement ; si bien que nos sensations, en ce qu'ellesontde spécifique, peuvent être considérées comme les représentations ou les symboles de mouvements de nature diverse. Le mouvement est donc bien le fond de la nature matérielle; et, pour avoir une connaissance rationnelle et métaphysique de la constitution du monde matériel, il suffira donc de spécifier et de déve-

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lopper la notion du mouvement à l'aide des catégories et des principes de Tentendement. Tel est Tobjet de l'œuvre de Kant. Au point de vue de la quantité, il considère d'abord le mouvement en lui-même, comme déployé dans Tespace et dans le temps, et il en détermine les formes et les condi tions: cette étude, il la nomme la Pfioronomie. Au point de vue de la qualité (ou réalité), il remarque que le mouvement suppose une force qui nous alVecte, sinon il n'y aurait pas de mouvement représenté : il fait donc la théorie abstraite de la force, de sa nature, de ses formes possibles etc'est là la Dynamique. Après quoi, au point de vue de la relation, il étudie les rapports des diverses forces €tdes mouvements qu'elles produisent; et ainsi se constitue la. Mécanique, plus concrète, plus proche du réel (jue les deux autres études simplement préj)aratoires. Enfin, du point de vue de la modalité, Kant conclut enexaminant quels mouvements, parmi ceux dont la théorie abstraite détermine la nature, peuvent être considérés comme possibles, réels ou nécessaires etù quelles conditions.

:^* Ces vues aboutissent à la construction d'un schème mathématique de la nature destiné à fournir les éléments des théories par lesquelles la physique expérimentale systématisera les premières conclusions de ses observations. Seulement il y a encore bien loin de ce schème aux données concrètes de Texpérience. Il faudrait chercher le passag-e de Fun à l'autre et, pour cela, expliquer le rapport des (pialités sensibles des objets avec les définitions abstraites des forces et des mouvements qui sont censés en constituer la réalité objective.

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C'est à quoi Kant travaillait quand il mourut. On trouva sur sa table les fragments d'un ouvrage qui devait avoir pour titre : Passage des premiers principes métajthijsiques de la nature à la phi/sique. Si l'on y trouve des vues intéressantes sur la constitution de la matière, il est malaisé de retrouver le plan de l'ouvrage et surtout de situer exactement ces considérations entre les déductions rationnelles caractéristiques de la métaphysique et les inductions expérimentales qui sont le propre de la physique.

En tous cas, cette suite inachevée de considérations est l'esquisse de la seule métaphysique que Kant jugeât possible. Elle s'établit sur le domaine de la science, mais elle l'y précède pour lui donner ses principes. De Tune à l'autre la différence est uniquement dans le point de vue : l'une part de la matière confuse de l'expérience pour en dégager les lois immédiates; l'autre se fonde sur la forme nécessaire de l'expérience et en déduit les principes qui serviront à expliquer et à systématiser les lois expérimentales. Toute autre métaphysique est impossible.

L'illusion métaphysique. — Les mêmes raisons qui justifient la science et en expliquent la possibilité condamnent en effet la méta})hysique, telle que la tradition Ta conçue. Cette métaphysique aurait pour objet certaines réalités transcendantes. Dieu, l'âme et le monde, où l'on trouverait le principe et l'explication de toute l'expérience. Or ces objets ont un caractère bien étrange. On n'en saurait prouver rationnellement la réalité, ni davantage en déterminer la nature.

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Cependant la conception en est nécessaire : 1 espnt humain en son développement s^ élève inévitablement et il n^est pas en son pouvoir de s en défair(^ après qu il les a connues. L'idée de ces êtres transcendants se propose sans cesse a notre affirmation. Ily a làcommeun mirage contre lequel nos raisonnements ne peuvent rien. C'est ce que Kant appelle Vapparenceiranscendantale, Toutefois nous pouvons n'être pas dupes de ce que nous ne pouvons nous empêcher de voir. Avertir la raison de l'illusion qu'elle se crée à elle-même et, en même temps, Tinstruiro de la valeur véritable de ses idées et de Tusage fécond dont elles sont susceptibles, voilà robjet de la Dialectique transcendantalc et des conclusions méthodologiques qui la suivent. On résumerait assez bien cette dernière partie de la Critique en disant que Kant y établit ces trois thèses : les idées métaphysiques n'ont pas d'usage rationnel transcendant ; mais elles ont un usage rationnel immanent; et au surplus elles sont susceptibles d^un usage transcendant dans rjDrdre pratique. C'est ce qu'il faut expliquer brièvement.

a) Acgation de tout mage transcendant des idées métaphysiques dans tordre théorique, — Ces idées du monde, de l'àme, de Dieu, la raison les conçoit spontanément en vue de son œuvre intérieure. Mais ne se rendant pas compte d'abord de ses propres fins, elle se fait illusion sur la vraie • nature de ses conceptions. Elle affirme comme des .réalités ce qu'elle ne devrait concevoir que comme un idéal. Puis elle cherche des raisons pour justitier la transformation de ses idées en objets ; mais ces

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raisons ne peuvent être que sophistiques. A la vérité « ce sont des sophismes non de l'homme, mais de la raison pure elle-même, et le plus sage de tous les hommes ne saurait s'en affranchir. » Entendez qu'il ne saurait empêcher qu'ils se formulent spontanément en lui aussi bien que dans l'esprit du vulgaire. Il paraît à Kant que tous ces sophismes peuvent se ramener à trois raisonnements rfia/eca'QTueÀsdonttousles arguments métaphysiques sont des corollaires ou des formes diverses, et dont chacun se rapporte spécialement à l'un des trois objets delà métaphysique. On pourrait ajouter, ce que Kant ne remarque pas expressément, que ces sophismes fondamentaux ne diffèrent pas seulement par leur objet, mais aussi par le moment où ils interviennent dans l'élaboration de l'idée métaphysique.

S'agit-il de l'idée de Dieu, objet de la Théologie rationnelle, le sophisme fondamental se produit au moment même oij l'on conçoit cette idée, dans le simple fait de laposer intérieurement non comme l'idéal seulement de la raison pure, mais comme le concept d'un être réel, susceptible d'être atteint et vérifié par la raison ou autrement. Les preuves de l'existence de Dieu ne sont sophistiques qu'en conséquence du caractère sophisli(iue de cette première démarche de la raison. Il est piquant que ce sophisme fondamental soit précisément le raisonnement que dans un écrit précédent Kant avait donné comme V unique fondement possible d'une démonstration de V existence de Dieu (17G3). Il consiste, autant qu'on peut l'énoncer brièvement, à transformer en l'idée d'un être singulier et personnel

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indée toute abstraite et formelle de Fcnsemble des qualités possibles dont se constitue la réalité des choses particulières : pour justifier la possibilité du réel parliculier de Tintuition, on suppose la réalité du possible total où renleiidement puise ses déterminations. (R. P., Il, iiu-i'77.)

Dans la Psijchologie rationnelle, ou théorie de !'âme, le sophisme fondamental se produit dans le passag-e de la conception de Tidée à Taflirmation de la réalité de son objet. Ce paralogisme de la raison pure, conmie Fappelle Kanl, consiste à conclure « du concept transcendantal du sujet qui ne renferme pas de diversité h Tabsolue unité du sujet hii-même ». En d'autres termes, le moi n'est donné dans la connaissance que comme Funité de ses représentations, et c'est par elles qu'il se détermine, s'individualise. Transformer cette condition interne de toute connaissance en une réalité absolue, subsistant en soi, indépendamment <le tout objet connu et affranchi de la nécessité de se rapporter à des intuitions sensibles et de s'y opposer comme la forme à la matière et l'unité à la multiplicité, c'est faire un sophisme; et c'est ce sophisme, passag'e subreptice du phénomène à l'être, fpii se retrouve au fond de tous les raiso nements par lesquels on affirme la réalité substantielle, la simplicité et l'unité de Fâme. (R. P., ii,

Enfin dans la Cosmologie rationnelle, ou théorie du monde, le sophisme se produit quand on essaie de déterminer le contenu de l'idée du monde, c'està-dire les caractères de la réalité que l'on affirme sous ce nom. 11 consiste à conclure de ce que telle

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affirmation touchant le monde est contradictoire à la nécessité de l'affirmation opposée, alors que, si l'on eût commencé par celle-ci, on l'eut trouvée "tout aussi contradictoire et l'on aurait été amené, sans j)lus de droit, à affirmer la nécessité de la première. Cette impossibilité pour la raison de choisir entre les contradictoires, quand il s'agit de déterminer les caractères du monde, constitue ce ^jue Kant ajjpelle Vantlnomie de la raison pure. L'idée du monde est l'idée de l'unité absolue de la série des phénomènes. Il s'agit de la déterminer et pour cela il faut la considérer au point de vue des diverses catégories. Au point de vue de la quantité, le monde est conçu comme constitué par des j)hénomènes distribués en un certain nombre dans l'espace et dans le tenq)s. Ce nombre est-il fini ou infini ? Or il paraît tour à tour à la réflexion que le monde doit avoir un commencementdans le temps et une limite dans l'espace, parce qu'il seraitcontradictoire ([ue la série des phénomènes fut infinie, et que le monde ne doit avoir ni commencementdans le temps ni limite dans l'espace, parce qu'il n'y a pas de raison pour que la série des phénomènes s'arrête à tel point ou à tel moment plutôt qu'à tout autre, et c'est là la première atitinomie. De la môme façon on arrive à poser (^omme thèses et antithèses également nécessaires et également absurdes, selon que l'on commence par l'une ou par l'autre, que le réel est composé de parties simples et indivisibles, et qu'il n'y arien de simple et d'indivisible dans le monde ; que la série des phénomènes, causes et eflets les uns des autres, conunence par une cause qui n'est ])as elVel, qui est donc libre, et

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que toute cause est causée, donc nécessitée selon des lois naturelles; ou enfin quil existe dans le monde, comme sa partie ou comme sa cause, un être nécessaire, et qu il n'existe nulle part dans le monde, ni hors du monde, un être nécessaire qui

en soit la cause.

Kant ne devrait-il pas conclure de ces contradictions que le cona[ept du monde est inintelligible .et doit purement et simplement être supprimé ? C'est bien, au fond, sa conclusion ; mais il importe de remarquer qu il ne s'en tient pas ici, comme dans le reste de la Dialectique, à une simple négation. Le monde dont il est ici question est un monde dont les phénomènes connus seraient les éléments, c'est donc, au moins partiellement, le monde de Fexpérience. Or un tel monde n'est pas un donné dont on puisse déterminer la grandeur absolue. Il n'est pas, il se fait : nous le constituons par la suite de nos intuitions. Gomme la série des nombres, il est indéfini. Les questions auxquelles répondent les deuxpremières antinomies, supposant le monde achevé, donné comme une totalité, n'ont donc pas de signification et les thèses et les antithèses sont également à rejeter. Mais, quand il en vient aux deux dernières antinomies, Kant accepte à la fois les thèses et les antithèses. Eu égard au monde des phénomènes, œuvre et objet de l'entendement, Kant reconnaît la vérité des antithèses: toute cause requiert une cause indéfiniment. Mais il remarque que si nous avons quelques droits de tenir à la cause libre et à l'être nécessaire que la raison réclame, nous pouvons les admettre sans contradiction, à la condition de les reléguer dans le

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royaume des noumènes. Finalement Kant a bien supprimé l'idée dumondo, comme concept de l'unité absolue, de la totalité des phénomènes ; ce qu'il conserve hypothétiquement à la faveur de l'idée de noumène, ce sont les deux autres idées, que le reste de la Dialectique semblait réduire à l'état de pure imagination, car l'être nécessaire c'est Dieu, et la cause non causée ou la Hberté, n'a de sens et d'intérêt qu'autant qu'elle est conçue comme la faculté constitutive de l'àme. (R. P., ii, 30-103).

h) Utilité et vérité immanente des concepts métaphysiques dans Vordre de la connaissance. — Si l'on ne peut démontrer la réalité de leurs objets ni davantage en déterminer rationnellement la nature, il ne s'ensuit pas que les idées métaphysiques soient dépourvues d'utihté ou même, en un certain sens, de vérité.

Elles sont des schèmes sous lesquels nous concevons que l'unification des connaissances discursivespourrait être achevée ; elles dessinent à grands traits l'idéal de la systématisation à réaliser, idéal dont on approche indéfiniment, sans d'ailleurs l'atteindre jamais : elles sont, comme dit Kant, asymptotiques. La supposition d'une âme, par exemple, comme sujet simple et identique de la vie morale, nous invite à en retrouver l'unité inaccessible à l'intuition dans la continuité et la dépendance réciproque des phénomènes : un idéal est ainsi proposé à notre recherche, une direction définie est imprimée à nos etforts. Nous devons étudier et réduire les phénomènes delà vie morale comme si une âme transcendante en était le principe. Ainsi entendues, ces propositions — les phé-

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nomones psychologiques sontla manifestation d'un sujet simple et identique; le monde est Tacte et Tœuvre d'un être nécessaire, — - sont bien des principes de la pensée, mais des principes d'un ordre spécial. Ils ne sont pas amstifutifs à la manière des principes de Tentendement, c'est-à-dire tels (|ue l(îs objets de Texpérience ne peuvent être construits que d'après eux, de sorte ciu ils s'y vérifient nécessairement. Ils sont seulement régulateurs : ils dirig-ent la pensée dans son efl'ort de systématisation ; ils sont des règles pour l'esprit, non pour la nature, des règles logiques ou esthétiques, non des lois. C'est pourquoi l'on ne saurait déduire de telles idées les conditions nécessaires de la réalité. On ne peut qu'essayer d'y accommoder les choses dans la mesure où elles le veulent bien.»

Ces idées ne sont pas seulement utiles dans l'élaboration du savoir, elles sont vraies : elles répondent à quelque chose hors de nous et par delà les [)hénomènes. Le monde des phénomènes qui est l'objet de l'entendement requiert très certainement un principe transcendantal d'unité. La liaison réciproque des ])hénomènes qui les unit en système, la possibilité d'en ramener indéfiniment les lois j)articulières à des formules plus générales, tout cela suppose une unité intime qui échappe aux sens ou à l'imagination, qui ne peut donc être scientiticiuement déterminée, mais qui n'en doit pas moins être affirmée. (R. P., ii, 235.)

Cette unité transcendantale du réel peut être svmbolisée de bien des façons. Au début de la Dialectique^ Kant, préoccupé de retrouver dans

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les idéaux de la raison les concepts de la métaphysique traditionnelle, les ramène à trois idées essentielles : Dieu, Tàme, le monde. Mais, en concluant, il reconnaît (jue dans les diverses parties de la science bien des schèmes secondaires ont la môme origine et remplissent la mémo fonction : telle est en chimie l'idée de l'unité de la matière, ou en physique l'idée de l'unité des forces. Seulement ces schèmes secondaires, précisément parce qu'ils ne visent qu'à unifier une partie du réel, sont trop éloignés de l'unité transcendantale, qui doit tout envelopper, pour qu'on [)uisse les tenir pour objectivement vrais ; ils ne sont visiblement que des moyens de la science. La plus vraie des idées de la raison est celle (jui symbolise le plus directement l'unité transcendantale, à savoir l'idée d'un être des êtres, d'un Être nécessaire, ou de Dieu. (R. P.,

C'est là toute la vérité ([ue la raison spéculative peut reconnaître aux idées métaphysiques. Mais si l'on se place au point de vue de la praticiue, c'est-àdire de l'action morale, on peut aller beaucoup plus loin. C'est à ce point de vue surtout que les idées de Dieu, d'àme, de liberté sont intéressantes; elles sont Uées de la manière la plus intime à l'idée de nos devoirs et de notre destinée morale. Par suite, dans la mesure où nos devoirs sont certains, cette certitude s'étend, d'une manière ([u'il faudra préciser et qui estde l'ordre de la foi, non dolascience, aux idées transcendantes qui en sont insé[)arables. En attendant, il reste que la critique de la connaissance, si elle aboutit à montrer qu'il n'y a point de science de Dieu ou de l'âme, montre aussi qu'il

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n'y en a point de négation légitime ; et ainsi tout au moins le champ reste libre pour les croyances que la vie morale appelle et justifie. Par là s'explique le mot célèbre de Kant : « Je devais supprimer la science pour faire place à la foi ».

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L'œuvre morale de Kant. — Avec la Critique de la raison pure la première partie de Tœuvre était faite ou à peu près. Les principes de la science étaient posés ou tout prêts à Tèlre : il restait à déterminer les principes de la morale.

Kant y avait pensé dès longtemps, mais sans arriver à se faire une idée bien nette des conditions decetteœuvre. Sespremières vues sontunmélange confus de rationalisme et d'empirisme. Il est un point sur lequel il n'a jamais varié : c'est que le principe de la morale, la règle pratique première doit être a priori d'ordre rationnel. 11 en emprunte d'abord la formule à Wolf : nous sommes obligés de vouloir toute la perfection dont nous sommes capables. C'est là, selon Kant, une vérité de raison, au mémetitreque le principe d'identité ou le principe de causalité. Mais en quoi consiste la perfection, c'est au sentiment d'en déddcv {Évidence des premiers principes).Touiefoïs,kce même moment, cet empirisme tend à s'organiser, à se rationaliser. Dans ses Réflexions sur le beau et le sublime, Kant signale comme principe moral un sentiment, mais un sentiment général, sorte de révélation intérieure, distincte des impressions suscitées occasionnellement par tel homme ou par telle

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action. Ce senlinK^nt, sorte d'intuition de la dig-nité humaine, fournit l;i matière dudevoii*. Un acte n'est hon «lu'autanl ([u'il est suscité par cette intuition g'énérale et non par quelque sentiment de sym- |)athie personnelle ou d^admiration individuelle. De sorte qu'en définitive Faction bonne est celle qui est faite en quelque façon par principe. En somme, il nV a encore là rien de bien net. Même confusion dans.les conclusions de la Critique de la raison pure où les idées de bien ou de bonheur sont assez mal distinguées l'une de l'autre. On peut donc dire que jusqu'en 1781 Kant n'a eu d'idées précises ni sur la méthode ni sur le fond de la science morale. Il lui paraît seulement que, d'une façon qui reste à déterminer, c'est à la raison de poser les principes de la morale comme ceux de la science. Mais précisément, en composant péniblement sa première Critique, Kant a découvert l'art de constituer la théorie rationnelle d'une fonction quelconque de l'esprit. 11 a appris comment on en détermine les données a priori et comment on en justilie l'usag-e. Il n'auni donc plus qu'à appliquer cette méthode aux choses morales. Voilà pourquoi l'œuvre morale de Kant est cahiuée, en quelque façon, sur son œuvre théorique : les diverses parties se correspondent une aune.

1" D'abord, s'il s'agit de déterminer les conditions a priori dG l'œuvre d'une fonction rationnelle quelconque, deux méthodes se proposent au philosophe. Il peut partir de l'œuvre de cette fonction, —science ou moralité — et, par analyse, chercher quels principes il faudrait supposer pour en comprendre la possibilité ou la légitimité, quitte à examiner

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LA PHILOSOPHIE PRATIQUE

après si et comment de tels principes sont euxmêmes possibles et légitimes. 11 peut aussi partir <le la considération de cette fonction elle-même, examiner comment elle s'exerce et comment elle met en jeu ses ressources internes ou ses principes jusqu'à ce qu'il en voie naître le produit spirituel, par exemple la science, dont il fallait expliquer la genèse. La première méthode est analytique, la seconde synthétique.

Pour expliquer la connaissance humaine et en délimiter la portée, Kant avait d'abord procédé synthétiquement, dans la Critique de la raison pure. Ce n'est qu'ensuite que, pour répondre à .quelques critiques et surtout ])0ur se faire mieux entendre par un exposé plus simple, il a présenté ses idées sous la forme analytique dans ses Proie- -gomrncs (1783). Instruit par cette première expérience, Kant, lorsqu'il a abordé le problème de la moralité, a d'abord procédé analytiquement. Dans ses Fondements de la métaphysique des mœurs (1785), il part des jug-ements de la conscience commune dont il cherche le principe intérieur. Il se demande quelle affirmation initiale d'ordre pratique, nécessaire et universelle comme un principe théorique, sert de fondement aux jugements . que nous portons sur la valeur morale des hommes et de leurs actions. Après quoi, il cherche à comprendre comment ce qui sert ainsi en fait de principe à la moralité peut être expliqué et justifié en droit. Cette œuvre n'était, dans l'esprit de Kant, que préparatoire. L'œuvre capitale devait être la Critique de la raison praiiffur, pul)liée on 17S8. Ici KîMit, nr(M*é.!;»;sî s\ iiiin'-h (i!(i:u':j., (-'."-aie pimr

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ainsi dire de reconstruire la moralité humaine. Il part de la raison et de sa fonction pratique, dont la réalité est hors de doute, car assurément nous raisonnons nos actions. L'examen de cette fonction le conduit à découvrir la puissance pratique de la raison pure se manifestant par une loi a priori^ dont il se demande; ensuite quelles lumières elle nous procure sur notre nature, quels concepts elle nous donne pour la qualification des actes, par quels mobiles elle a^it sur notre nature sensible, etenfin, toute raison visant à la systématisation absolue de la matière qui lui est fournie, (|uel idéal suprême elle nous assigne et quelles croyances Toblig^ation de cet idéal autorise dans Tordre métaphysique. Le plan de cette seconde Critique reproduit en ses traits essentiels le plan de la première. L'analog'ie est assez grande, étant donné leur principe commun, entre Tusage théorique et Tusag'e pratique de la raison, pour que Ton pût raisonnablement essayer dans le second cas la méthode d'investig-ation qui avait si bien réussi dans le premier. On pourrait seulement regretter que Kant Tait appliquée un peu superliciellement et rapidement. En fait, sa Critique de la raison pratique n'est, à quelques ég*ards, qu'une ébauche. Il y a fort loin, pour la profondeur des vues et la précision du détail, de cette œuvre à la Critique de la raison pwe. Il n'y a rien ici qui rappelle l'admirable et presque définitive analytique des principes de l'entendement. Celle-ci rejoignait la science en posant les fondements a priori de toutes les recherches spéciales. Mais de la Critique de la raison pratique à la morale, il y a un abîme. Le principe moral que

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Kant dégage sans doute dans sa pureté et dans sa profondeur est énoncé en une formule si générale qu'il semble pratiquement inutilisable. C'est comme si l'on réduisait tous les principes de la science à celte formule : il y a de l'ordre dans la nature, sans pouvoir rien déterminer des formes spécifiques de cet ordre.

2° C'est pourquoi aussi les deux Métaphysiques qui développent et organisent les résultats de la Critique, tout en se correspondant, ne présentent ni le même intérêt, ni la même solidité. Pour la science, Kant s'était efforcé de passer méthodiquement des principes très généraux de l'entendement qui déterminent la forme de toute nature en général aux premiers principes métaphysiques de la nature qui énoncent les conditions relativement a priori du monde matériel : et il cherchait encore au moment de sa mort à relier avec continuité ces principes métaphysiques à la physique. Mais, pour la morale, on ne retrouve pas chez Kant ce même souci d'établir un passage continu des principes les plus élevés de la pratique aux déterminations concrètes du système des devoirs. On ne trouve dans la Critique qu'une expression très générale et toute formelle du principe moral; tandis que dans la Métaphysique des mœurs publiée par Kant en 1797, en deux parties : Premiers principes métaphysiques de la doctrine du droit; Premiers principes métaphysiques de la doctrine de la vertu, on se trouve brusquement en face d'un système des devoirs concrets, accommodés en leurs divisions et leurs définitions à la diversité des circonstances empiriques, sans que l'on voie bien claire-

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ment comment, par le plan ou par les principes,, une telle œuvre peut être considérée comme le développement des résultats de la Critique.

Faute de pouvoir ici analyser un à un les quatre ouvrages fondamentaux où sont présentées les diverses parties de la morale kantienne, nous en réduirons systémati(iuement l'exposition aux quelques points suivants.

Puisque, selon Kant, il n'y a de nécessité morale, s'imposant irrécusablement à toute volonté, — comme il n'y a de certitude théorique, s'imposant irrécusablement à toute intelligence, — qu'à la condition de se fonder sur un principe a priori, la première démarche de la raison dans l'élaboration de la morale doit donc viser à déterminer, à dégager, par quelque moyen que ce soit, le principe rationnel d'où résultent, avec la distinction du bien et du mal, tous nos jugements pratiques sur les autres et sur nous-mêmes. Comment Kant a-t-il compris cette recherche fondamentale et à quel principe est-il -ainsi arrivé, voilà ce qu'il faudra d'abord examiner.

Le principe trouvé, il faut savoir ce qu'il vaut. Dans le langage de Kant, après la déduction ou l'exposition métaphysique, doit venir la déduction Iranscendantale, dont l'office est d'expliquer comment un principe a priori peut s'imposer comme règle des choses d'expérience, qu'il s'agisse de phénomènes à connaître ou de désirs à maîtriser. Comment Kant a-t-il compris et opéré cette déduction, comment a-t-il montré la possibilité, l'autorité, refiicacité du principe moral (f priori, c'est à quoi il faudra ensuite s'arrêter.

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Du premier principe a priori aux devoirs particuliers, il y a assurément fort loin. On- ne peut donc pas se dispenser d'examiner dans quelle mesure et par quels procédés Kant a pu tirer de ce premier principe les règles les plus générales de l'action et les linéaments tout au moins d'un idéal de la conduite morale.

Et enim puisque Kant a pensé que la raison pratique, visant à l'absolu comme la raison théorique^ nous oblige à vouloir un souverain bien dont la possibilité suppose comme condition la réalité des objets de la métaphysique traditionnelle, il y aura donc lieu d'examiner comment Kant a complété la doctrine des mœurs ou le sys tème des devoirs par une métaphysique morale.

La détermination (ou dédHCtion métaphysique) du principe moral. — Par sa nature même, un principe rationnel ne pewt jamais être déterminé que par analyse. On ne le construit pas, on le retrouve. Cette analyse, Kant Ta opérée de deux façons. Dans la première section des Inonde- 77ients de la m et a physique des mœurs, il la fait porter sur les jugements de la conscience commune pour remonter au principe implicite sur lequel ils se règlent. Dans le chapitre premier de la Critif/ue de la raisoti pratique, ce que Kant analyse c'est la fonction ou la puissance pratique de la raison. Dans le premier cas, il va des conséquences au principe ; dans le second, il va du tout — à savoir de la raison pratirpie — à la partie, c'est-à-dire à la raison pure praticpie. Dans les deux cas c'est la même donnée fondamentale qu'il arrive à mettre en lumière.

KANT

a) Analyse des jugements de la conscience commune. — « De tout ce qu'il est possible de concevoir dans le inonde, ou même en général hors du monde, il n'est rien qui puisse sans restriction être tenu pour bon, si ce n'est seulement une bonne volonté. » Toute la morale de Kant est en quelque faron contenue dans cette première phrase de ses Fondements de la métapJujsique des mœurs. Elle exprime, selon Kant, le sentiment universel en matière de jug-ement pratique. Les talents de l'esprit, les qualités du tempérament, les dons de la fortune, le bonheur môme ne semblent vraiment bons que par l'usage qu'on en fait, par l'intention qui en dirige l'emploi. L'intention seule ou la volonté peut donc être véritablement bonne ou mauvaise. Plus précisément encore, il n'y a de bon qu'une volonté bien dirigée, une bonne volonté. Il s'agit de savoir en quoi elle consiste.

La volonté n'est pas tenue pour bonne de cela seul qu'elle est volonté. Elle ne le devient que par rapport au devoir. Si l'on ne suppose pas une obligation, une loi, quelque chose, en un mot, qui soit impérieusement proposé à la volonté, il n'y a plus lieu à la qualifier. La bonne volonté est donc une certaine attitude de la volonté à l'égard des devoirs qui se présentent à elle. La volonté est bonne quand elle se détermine par devoir et non pas seulement conformément au devoir. Il ne suffit pas, pour avoir du mérite, de faire ce qui est ordonné : il faut le faire pa}re que cela est ordonné. Ainsi s'établit la difl'érence de la légalité des actes (conformité au devoir), et de leur moralité

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(pureté de l'intention). II n'y a donc que le pur respect de la loi, abstraction faite de tous les autres sentiments et de tout intérêt, qui puisse être le mobile ou le principe déterminant d'une bonne volonté. Au total, la moralité ne peut consister qu'à se représenter la loi en elle-même, dans sa rigueur et son autorité, et à faire de cette simple représentation de la loi, sans égard aux effets de l'obéissance et à leur rapport à nos besoins, le principe déterminant de la volonté. (P., 101.)

Ainsi analysé, le concept populaire de bonne volonté peut nous conduire plus loin. II suffit de nous demander « quelle peut être cette loi dont la représentation, sans même avoir égard à l'effet qu'on en attend doit déterminer la volonté ». Elle ne doit pas tirer son droit et sa force de ce qu elle commande en tels cas particuliers. En d'autres termes, les préceptes qui se présentent à la volonté : tu ne tueras pas, tu ne mentiras pas, ne doivent pas obliger parleur matière, par leur contenu, qui ne pourrait déterminer la volonté que par son accord ou désaccord avec les inclinations dont nous devons faire abstraction. Il reste que les préceptes moraux déterminent la volonté par leur seul titre, leur seule forme de loi. Ce qui oblige c'est que c'est la loi, à savoir une vérité pratique universellement valable, indépendamment des personnes et des circonstances. D'où il suit enfin riue le principe qui dicte tous nos jugements moraux est cette idée confusément présente à notre intelligence que la seule chose nécessaire est de conformer sa conduite à des lois, d'imposer à la suite de ses actions la forme rationnelle d'une législation

C\NTECOR. — Kant, g

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