CHAPITRE VIÏI
PHILOSOPHIE RELIGIEUSE
A. Position historique du problème.
S'il fut peu religieux, le dix-huitième siècle, comme le nôtre, s'occupa beaucoup de religion. On peut dire qu'il a créé, à côté de la théologie et de l'apologétique, la philosophie de la rehgion, si Ton entend par ce terme la réflexion appliquée aux choses religieuses indépendamment de tout point de vue confessionnel. De ce mouvement, Kant est, dansson siècle, le dernier et le plus illustre représentant. Il n'est pas un isolé sur ce terrain où il s'aventure au déclin de sa vie. Il y rejoint les maîtres qui ont déterminé l'orientation de sa pensée, Leibniz et WolfT, Hume et les déistes anglais, Rousseau et les théoriciens de la religion naturelle, enfin les plus grands esprits de son temps, Lessing, iMendelssohn, Herder et Jacobi. Nous ne pouvons ici retracer, même brièvement, l'histoire de cette vigoureuse poussée de libre-pensée qui a profondément agité les esprits en l'Allemagne durant la seconde moitié du dernier siècle. Contentons-nous de quelques indica-
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lions indispensables à rintelligence de la philosophie religieuse de Kant^
Deux grands problèmes se retrouvent, au dix-huitième siècle comme de nos jours, au fond de toutes les recherches de philosophie religieuse : le problème du mal et celui des rapports de la raison et de la foi. Le premier est contemporain de toute réflexion humaine; mais on peut dire que Leibniz en avait inventé une solution nouvelle, l'optimisme rationnel, tant il avait su, en deliors de tout argument de foi, donner d'abondance, de variété et d'ingéniosité à sa plaidoirie en faveur de la Providence. La Théodicée devint le livre de chevet de tous les théologiens et des philosophes dogmatiques allemands. Wolff popularisa l'optimisme de Leibniz en le fortifiant d'arguments tirés des « harmonies » de l'univers, dont la puérilité ne le cède en rien à ceux de Bernardin de Saint-Pierre-. Rousseau, à son tour, avait proclamé l'excellence de la nature il de l'homme sorti de ses mains. Shaftesbury, en Angletere, avait brillamment développé le même thème. Il n'avait pas cependant manqué d'esprits moins confiants pour prendre le contre-pied de l'optimisme. Nous ignorons si Kant avait lu Candide^ mais ce que nous savons, d'après la biographie que lui a consacrée Schubert^, c'est qu'il estimait fort les Dialogues sur la religion naturelle diQ llume, pu-
1. Cf. pour plus de détails l'excellent ouvrage de O. Ffleiderer, Geschichte der Religions-philos., 3' éd. Berlin, 18î)3, p. 1.2(i8.
2. C'est ainsi qu'il remarque que la nuit est fort utile, non seulement pour dormir, mais encore pour rendre possible certains procédés de poche.