Ibid., p
H. P. 14 et suiv.
KANT
PÉRIODE AXÏÉCRITIQUE.
près représentations Fobjet de ses pensées^ » . La C/'ztiquc de la Raison pure n'aura plus qu'à approfondir cette distinction du sensible et de Fintelligible.
g 2. — Les grandeurs négatives.
Quelles conséquences devait entraîner en physique et en métaphysique cette réduction du jugement logique à une stérile tautologie? Le principe de raison suffisante, bien loin d'unir des termes identiques, établit une liaison entre deux termes différents . La causalité suppose un changement; bien plus^ l'effet supprime tout ou partie de la cause et c'est un véritable rapport de contradiction qu'implique le principe de causalité. Mais cette contradiction dans le réel est absolument différente de la contradiction logique, qui est négation pure. Et c'est cette différence que Kant met en lumière en montrant que, dans les mathématiques même, les grandeurs négatives ne sont nullement la négation pure et simple des grandeurs positives, il est impossible qu'un navire qui se rend du l*ui tui^ai étii lirésil se meuve à la fois dans le sens de l'Est et de l'Ouest; mais il est fort possible que les vents et les courants l'entraînent tantôt à l'ouest et tantôt à l'est. S'il parcourt de la sorte -h 12 -f- 7 — 3 — 5 f- 8 = rj iiiiiiob, dira-t-on que les quantités négatives — 3 — 5 sont la négation pure et simple de la quantité -+- 8, comme le voudrait le principe d'i-
dentité? De môme un banquier peut avoir à la fois des dettes et des créances, mais il ne peut être à la fois riche et pauvre'. Il y a donc des vérités qui ne se ramènent pas au principe d'identité ; une coexistence réelle est possible entre des termes que le principe de contradiction déclare inconciliables. Lçs grandeurs négatives ne sont pas des « non-grandeurs » . Or la philosophie emploie à tout instant des concepts analogues : laideur, douleur, vice, qui sont, non pas de pures négations, mais des (( privations » [Beraubiing) de beauté, de plaisir, de vertu. C'est au sens mathématique du terme que la douleur est un plaisir négatif. Le non-plaisir serait l'indifférence-. Dans le monde physique, enfin, la répulsion est une attraction négative, la mort une naissance négative 3. Entraîné par le mouvement de sa pensée , Kant va jusqu'à dire qu'à toute grandeur positive réelle correspond une grandeur négative équivalente, et la mécanique céleste semblait en fournir à ce disciple fervent de Newton une démonstration éclatante. Dans l'univers physique la somme des déterminations positives est égale à celle des déterminations négatives, et le total des deux sommes est « égal à zéro ». Le monde n'est donc rien par lui-même; il suppose hors de lui une volonté qui lui a donné l'être ^
On peut contester la valeur et l'intérêt même de cette