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KANT
conclusion. Mais le point de départ marque Tune des plus importantes étapes de la pensée moderne. Entre les deux grands principes rationnels de la métaphysique Leibnitienne, le divorce est désormais prononcé. Tandis que le principe d'identité va du même au même et laisse échapper le réel, le principe de raison affirme qn'ime chose étant donnée, autre chose en doit résulter; il échappe à la logique, mais il atteint le réel. Comment s'opère ce passage du même à l'autre? Le principe d'identité n'explique pas que le vent amène la pluie, ni que le monde réel résulte du concept de Dieu ^. Il faut résolument rompre avec la méthode d'explication rationnelle. Mais laquelle lui substituer? Kant se contente de poser le problème; il invite ironiquement les métaphysiciens, ces (( philosophes profonds, comme ils s'intitulent eux-mêmes », à venir au secours de son faible entendement-, et annonce son intention de revenir sur la question 3.
Avait-il dès lors entrevu et repris à son compte la solution de Hume? Reconnaissait-il déjà à l'expérience seule le pouvoir de conférer l'objectivité aux jugements de causalité? Nous ne savons. Mais unfaitest certain, c'est que , dès lors, l'esprit de Kant s'est dégagé de sa quiétude dogmatique et qu'il doit ce réveil à la lecture si forte et si excitante du philosophe écossais. Ses élèves et ses amis s'accordent à noter l'importance que, dès cette époque, il
PÉRIODE ANTÉCRITIQUE.
reconnaissait à l'auteur de VEssai sur Ventendement humain ^. Et c'est à n'en pas douter, à cette période de viril examen de conscience philosophique que se rapporte l'hommage que Kant devait rendre, vingt ans plus tard, au maître qui avait renouvelé sa pensée : « Je l'avoue franchement : c'est précisément le souvenir de David Hume, qui, voici longtemps déjà, interrompit mon sommeil dogmatique et donna une tout autre direction à mes recherches dans le champ de la philosophie spéculative ~. »
§ 3. — Preuves de l'existence de Dieu.
On serait presque tenté de croire que cette évolution coïncida avec la composition du troisième ouvrage de cette période et en compromit l'achèvement. Fruit de « longue réflexion » ainsi que la préface en fait foi 3, Vunique fondement possible d'une démonstration de l'existence de Dieu nous donne l'impression pénible d'un ouvrage de prédilection que son auteur, agité de pensers nouveaux, n'aurait pu mener à bonne fin. Kant attachait la plus m-ande importance à cette dissertation qui lui paraissait le complément métaphysique indispensable de son Histoire universelle de la Nature^.
1. Cf. BoRowsKi, ATan^s Leben,i>. 170 et Kuno Fischer, Kant, V Theil, p. 195.