‹ Kant [microform]Chapitre 47 sur 148 · RANT · texte numérisé non relu

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pondent aux trois catégories de substance^ de cause et de récipi'ocitéj et qu'en raison de leur importance il convient d'étudier séparément ^

§ 1. — Preynière analogie : principe de substance. — Ce principe s'énonce : Dans tout changement de phénomène persiste la substance dont la quantité n augmente ni ne diminue dans la nature. La plupart des philosophes l'ont admis, mais ils l'ont considéré à tort comme une proposition analytique et se sont dispensés de le démontrer. Or la méthode critique permet de justifier le principe de substance au nom des conditions de l'expérience possible. Supposez, en effet, que quelque chose commence absolument, il vous faut admettre un moment où il n'était pas. Mais comme un temps vide ne saurait être un objet de perception, il faut à toute force rattacher ce moment à ce qui était antérieurement. On en vient donc nécessairement à lier le présent au passé et à considérer ce qui nait comme une modification de ce qui était déjà. En un mot, le changement, objet de perception, n'est possible qu'en raison du permanent. "^ § 2. — Deuxième analogie : principe de causalité. — En voici la formule : Tous les changements arrivent suivant la loi de la liaison de cause à effet.

Tous les phénomènes sont le changement de quelque chose qui demeure, et le changement nous apparaît toujours sous forme de succession dans le temps. Mais si nous ne reconnaissions entre les termes A et B du

changement que le rapport de succession perçu par le sens, nous n'en pourrions rien dire de plus, sinon que B nous est apparu après A : ce rapport serait purement subjectif et l'imagination pourrait à son gré le renverser et supposer que le second terme a précédé le premier. Pour que le rapport de succession soit rigoureusement déterminé, comme l'exige la science, il faut que j'impose à la perception et à l'imagination le concept synthétique d'un rapport tel entre A et B que A ait nécessairement déterminé B. Ce concept est précisément celui de causalité.

Quant à prétendre, avec Hume, que la notion de causalité dérive de la perception habituelle de successions constantes, c'est lui enlever son caractère essentiel de

nécessité et d'universalité. Seul l'entendement peut à priori assigner aux phénomènes une place déterminée

dans le temps, en les considérant comme des effets par rapport aux phénomènes antécédents. Il faut donc renverser la conclusion des empiristes et dire : Toute expérience suppose l'entendement, lui seul rend possible la représentation d'un objet en général ^

§ 3. — Troisième analogie : Principe de réciprocité . — Toutes les substances^ en tant qiC elles peuvent être perçues comme simultanées dans Vespace, sont dans une réciprocité d'action générale.

Dans l'expérience, nos perceptions sont successives; mais nous pouvons souvent renverser l'ordre de ces suc-

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cessions et porter à volonté nos regards de B à A ou de A à B. Il existe donc des choses diverses dans un même temps. Mais cette simultanéité même est impossible sans une action réciproque des choses contemporaines. Supposons, en efiet, des substances isolées de telle sorte qu'aucune ne puisse agir sur les autres ni subir leur influence; notre perception pourrait bien, au fur et à mesure, déterminer chacune d'elles, mais nous ne pourrions déterminer s'il existe entre ces diverses perceptions un ordre de succession ou de simultanéité. Il doit donc y avoir entre A et B un rapport tel que chacun des deux détermine la place de l'autre dans le temps; sans ce rapport, l'expérience de la simultanéité serait impossible. Il y a donc, au point de vue de l'expérience, une continuité parfaite^ une « communauté réelle {commercium) » entre les substances; le vide, à supposer qu'il fût réel, ne pourrait en tout cas devenir l'objet d'aucune perception.

Telles sont les trois règles à priori de l'entendement sans lesquelles il n'est pas d'expérience possible, partant pas de lois des phénomènes, pas de nature^,

d. Postulats de la pensée empirique en général. — Ces postulats, comme les analogies, sont au nombre de trois, et correspondent, terme pour terme, aux catégories de la modalité : possibilité, réalité^ nécessité.

§ 1. Premier postidat : ce qui s'accorde acec les con-

ditions formelles de l'expérience {formes de rintuition et catégories) est possible, — Il est évident, en effet, qu'une chose, pour être possible, doit répondre aux conditions sans lesquelles il ne saurait y avoir d'expérience; elle doit être saisie dans une intuition et subsumée sous un concept. Il convient d'ailleurs de distinguer soigneusement la possibilité synthétique ou transcendan-; taie de la simple possibilité logique ou analytique. Celleci se résume dans la non-contradiction qui est, sans doute, la loi suprême de toute pensée, mais une loi purement négative. Il n'est point contradictoire, par exemple, qu'une figure soit enfermée entre deux droites; c'est seulement en construisant synthétiquement les figures dans l'intuition de l'espace qu'on se rend compte de l'impossibilité d'enclore une étendue entre deux droites. C'est pour s'être crus en droit d'ériger en vérité toute proposition exempte de contradiction que certains physiciens sont tombés dans de « pures chimères », telles que la croyance aux devins ou au commerce des esprits : toutes erreurs dont la critique fait justice en montrant que, bien loin d'être confirmées par l'expérience, elles sont conçues en violation des règles essentielles de la connaissance ^.

§ 2. Second postulat : ce qui s'accorde avec les conditions matérielles de l'expérience {sensation) est réel. — L'intuition et le concept ne déterminent encore que la possibilité de l'expérience ; il faut, pour que l'expérience

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CRITIQUE DE LA RAISON PURE SPÉCULATtVE

devienne réelle, qu'une matière soit fournie aux formes de la sensibilité et de Tentendement. Cette matière est la perception. Du concept seul d'un objet on ne peut conclure à son existence objective; si Ton a pu affirmer Fexistence d'une matière magnétique, c'est en prenant pour point de départ le fait expérimental de l'attraction de la limaille de fer; et, sans doute, des sens plus délicats percevraient cette matière. On ne va du concept à l'existence qu'à la condition de « commencer par l'expérience ^ » .

§ 3. Troisième postulat : Ce dont l accord avec le réel est déterminé d'après les conditions générales de l'expérience existe nécessairement. — Ce n'est pas davantage par concepts que nous pouvons conclure à la nécessité d'une existence. Nous ne pouvons connaître à priori d'autre nécessité que celle d'une liaison entre les phénomènes, c'est-à-dire la loi de causalité. Nous ne connaissons donc d'autre nécessité que celle des effets dont les causes nous sont données dans la nature. Cette loi n'atteint nullement les substances en soi, mais les états que nous en connaissons ; on ne peut pas dire : quelque chose arrive nécessairement, mais : tout ce qui arrive est nécessaire en vertu d'une condition antérieure. D'où Ton tire aisément ces deux grands principes à priori : rien n'arrive par un aveugle hasard, — et : il n'y a pas dans la nature de nécessité aveugle, mais une nécessité conditionnée [bedingt) et, par suite, intelligente.

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