‹ Kant [microform]Chapitre 48 sur 148 · CONCLUSION DE L ANALYTIQUE · texte numérisé non relu

CONCLUSION DE L ANALYTIQUE

g 1. — Rationalisme et empirisme.

A la fin d'une importante Remarque générale^ que Kant crut devoir ajouter, dans la seconde édition de la Raison pure, à la théorie des principes, nous lisons :

« Tous les principes de l'entendement pur ne sont rien de plus que les principes à priori de la possibilité de l'expérience ; à cette dernière seule se rapportent « aussi toutes les propositions synthétiques à priori, et leur possibilité même repose tout entière sur cette « relation. »

C'est à cette déclaration si précise qu'il faut s'en tenir si l'on veut, au terme de cette analyse, déterminer l'attitude de Kant entre le dogmatisme et l'empirisme. Avec Bacon et Locke, il admet que toute connaissance dérive de l'expérience; après Descartes et Leibniz, il répète que notre connaissance du réel suppose des concepts et des principes à priori de l'entendement. Et cependant, Kant n'est ni un empiriste, ni un rationaliste ; il est bien moins encore un éclectique ou un conciliateur; il a bien plutôt, dit justement M. Kuno Fischer, réfuté par elles-mêmes les thèses de Locke et de Leibniz. Son point de vue critique est franchement nouveau; ni les intuitions ne sont objets de connaissance si elles ne sont pensées à l'aide des catégories, ni les catégories, — et partant les principes,

KANT

— n'ont de contenu si elles ne s'appliquent à un donné, à des intuitions. « Elles ne sont que des formes vides de « pensée servant à transformer en connaissances des « intuitions données ^ »

S 3. — Idéalisme et rôalisme.

Réussirons-nous mieux, au point de vue de l'existence du monde extérieur, à ranger Kant sous Tune des rubriques classiques? Est-il réaliste ou idéaliste?

Le second postulat de la pensée empirique se présentait bien comme une affirmation de l'existence d'objets en dehors du sujet. Cependant, en 1782, parut dans les Gottinger Anzeigen, une récension delà Raison pure, dans laquelle la nouvelle doctrine était présentée comme un pur idéalisme, très voisin de celui de Berkelev. Hamann, d'autre part, voyait dans l'auteur de la Critique un « Hume prussien ». Kant dut se sentir vivement touché de ces interprétations de sa doctrine, car il y répondit aussitôt dans les Prolégomènes, et bientôt dans la seconde édition de la Raison pure, par une réfutation catégorique de l'idéalisme 2.

Dans les Prolégomènes, Kant répond simplement à ses adversaires qu'il s'est contenté de suivre la voie ouverte par Locke, qui n'avait point encouru le reproche d'idéalisme pour avoir soutenu que les « qualités secondes » ne sont que dans l'esprit. C'est au contraire la doctrine réaliste qui aboutit infailliblement au scepticisme au sujet

2. Prolég., p. 204 (70) et suiv. Crit., p. 223-226 (285-291).

de l'existence du monde extérieur. Car elle conduit à cette absurdité de prétendre, par exemple, que la sensation de rouge et la propriété du cinabre de produire cette sensation sont choses semblables. La seule manière de mettre à l'abri du doute l'existence des corps est, au contraire, de discerner soigneusement la simple apparence [Sc/iein) du phénomène {E?'scheiniing). Vap^direncc sensible n'a sans doute aucune valeur objective; mais les phénomènes ne nous apparaissent qu'autant qu'ils sont liés suivant des règles universelles et nécessaires, et ce double caractère, nous le savons, est le critérium même de l'objectivité.

Dans la seconde édition de la Critique, Kant dépasse ce point de vue et cherche à tirer, du fait môme de la conscience que nous avons de notre existence, la preuve d'une existence nécessaire en dehors de nous. En effet, la série de nos représentations nous est donnée dans le temps; mais, dans le temps, tout n'est que succession et changement. Il faut donc, à côté des représentations mobiles que nous avons de nous-même, quelque chose de permanent « par rapport à quoi » [icorauf in Bezieliung) leur changement soit déterminé. « La conscience de ma propre existence est donc en même temps une conscience immédiate de l'existence d'autres choses hors de moi'. »

llconvient donc de rejeter aussi bien l'idéalismejoroô/é'matique d'un Descartes, qui ne tient pour indubitable que

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