‹ Kant [microform]Chapitre 95 sur 148 · VV · texte numérisé non relu

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KANT

décide de la guerre, doit émaner de la volonté populaire et que l'exécutif en doit être absolument séparé. Nous avons déjà vu que ce mode de gouvernement est le plus conforme au double principe de la liberté et de l'égalité; mais il est aussi le plus favorable au maintien de la paix, parce que ceux-là seuls qui sont exposés à souffrir des maux de la guerre sont, dans un État constitutionnel, appelés à la décider. Un souverain absolu, au contraire, y verra volontiers « une partie de plaisir » et laissera au corps diplomatique, « toujours prêt à cette besof;ne », le soin de trouver de bonnes raisons pour la justifiera

2»^ Le droit des gens doit être fondé sur une fédération d'États libres.

Il faut avouer qu'à l'heure présente, dans leurs relations internationales, les peuples les plus civilisés en sont restés à l'état de « dégradation brutale » des sauvages. La guerre est encore le seul recours du droit; et cependant « la victoire ne tranche en rien la question de droit », et si les traités de paix mettent fin à une guerre actuelle, ils ne suppriment ni n'améliorent l'état de guerre latente mais réelle. Ainsi « la raison du haut de son trône, qui est la source suprême de toute législation morale, condamne absolument la guerre comme voie de droit et fait de letat de paix un devoir immédiat ».

1. p. 419-426 (295-300). Kant dislingue soigneusement la république delà démocratie, dans laquelle le pouvoir exécutif relève de la volonté populaire et qui lui parait une forme de tyrannie tout aussi despotique que Yautocralie, p. 424-i2G (298-300).

METAPHYSIQUE DES MOEURS

Le seul moyen de satisfaire à cet impératif est d'attaquer le mal dans sa racine, de substituer graduellement, dans les relations internationales, l'état de droit à l'état de nature, d'organiser les nations en « cité libre » [Civitas gentium)^ comme elles-mêmes sont nées du libre contrat des individus, de les grouper en une alliance pacifique. Aucun État, d'ailleurs, ne pourrait, — faute d'une autorité suprême, — ni ne devrait être contraint d'adhérer à ce pacte ; point n'est question d'amalgamer les nations en un État unique. Mais il suffirait qu'un grand État républicain conclût un pacte de cette nature avec quelques-uns de ses voisins, pour que chaque État civilisé cherchât bientôt le bénéfice d'une alliance qui lui garantirait son intégrité. Et si une fédération universelle de l'humanité n'est point réalisable dans un avenir immédiat, elle est comme la limite vers laquelle doit tendre la coalition des États pacifiques i.

3** Le droit cosmopolitique doit se borner aux conditions d\ine hospitalité universelle . Chaque nation devant rester maîtresse de son organisation intérieure, tout ce qu'un individu peut exiger des étrangers dont il parcourt le territoire est de n'être point traité en ennemi. L'Europe n'en a malheureusement pas usé ainsi à l'égard de l'Inde, de la Chine et du Japon et l'on est « épouvanté » des « injustices » commises au nom de la civilisation par les États commerçants ou par ceux « qui se piquent de dévotion- ».

2. P. i31-i3i (305-307). Dans le T éd. du Projet, Kant a inséré Yarticle

KAXT.

MÉTAPHYSIQUE DES MOEURS

Telles sont les conditions de la paix perpétuelle que le philosophe peut déterminer à priori. Mais sa tâche n'est pas achevée; il doit ouvrir les yeux sur le monde réel et se demander si l'idée d'une alliance pacifique des peuples n'est pas une vaine et inapplicable chimère.

11 semble que la nature même nous offre à cet égard quelques garanties positives. Elle a rendu habitables les régions les plus désolées et semble inviter à la dispersion les peuples qui ne pourraient vivre en commun ni se suffire sur un même sol ; elle accentue cette dispersion par les différences de langue et de religion et assure ainsi cette diversité des nations sans laquelle la fédération universelle se transformerait en monarchie, aux dépens de la liberté. En même temps, elle pousse les hommes à introduire peu à peu dans les mœurs les institutions républicaines, naturellement pacifiques; surtout elle oblige les nations à des échanges commerciaux qui profitent à tous et les amène ainsi à sortir de leur isolement primitif et à se rapprocher paisiblement dans la recherche de communs intérêts'.

Quant à l'histoire, il est aisé d'en tirer des argu-

secret suivant : Les maximes des philosophes sur les conditions qui rendent possible la paix publique doivent être prises en considération par les États armés pour la guerre. Cet article est simplement une proclama- Uon des droits de la pensée philosophique. On ne peut guère s'attendre à ce que les rois deviennent philosophes ; mais qu'ils laissent du moins parler tout haut les philosophes, gent paisible, d ailleurs, « incapable de former des rassemblements et des clubs, u Du même coup, il réclame, comme dans le Coiiflit des Facultés, la prééminence de la Faculté de philosophie sur toutes les autres, p. 444-445 (316-318). 1. P. 435 (308) et suiv.

menls pour ou contre telle thèse que Ton voudra. Mais les arguments empiriques ne prouvent rien contre les exigences de la raison. « De ce qu'une chose n'a pas réussi jusque-là, on ne saurait conclure qu'elle ne réussira jamais, et l'on n'est pas fondé à renoncer à un certain but, surtout s'il s'agit d'un but moral, qui reste un devoir tant qu'on n'a pas démontré l'impossibilité de l'atteindre. ^ » La question n'est donc pas de savoir si la paix perpétuelle est réalisable ou non; c'est une idée, au sens rigoureusement kantien du terme, c'est-à-dire un idéal purement intelligible dont on ne peut jamais dire que la réalité lui est adéquate ; Kant a pu dire que l'idée de la paix est « irréalisable » {unaiisfu/irbar)-, en ce sens que l'absolu ne se transporte pas dans le monde de l'expérience qui lui est hétérogène. Mais cette idée, comme celles de Dieu, de vertu, est un « principe régulateur », une maxime d'action. « La raison moralement pratique nous adresse ce veto sans appel : il ne doit pas y avoir de guerre. ^ » Il est dès lors pratiquement certain que « l'approximation » de cet idéal « est possible^ ». Il est possible de créer cette fédération des peuples, partielle d'abord, mais qui peut se rapprocher indéfiniment de l'humanité, sa limite; il est possible de rendre les guerres de plus en plus rares et le règne de la justice de plus en plus large et incontesté. Et, dépassant la question

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