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s'est donné à lui-même en prenant parti contre la loi morale, et en ce sens l'Apôtre avait raison de dire : « Il n'y a point de juste, non, pas même un seul^. »

Est-ce à dire que la volonté soit mauvaise en ellemême? La raison pratique, bien au contraire, est bonne dans son fond, puisqu'elle connaît la loi morale et qu'elle ne cesse de l'entendre même chez les plus corrompus. Ce mal ne réside donc ni dans la nature sensible, ni dans la volonté de l'homme; il faut donc qu'il provienne du rapport mutuel de ces deux éléments, du conflit de la nature et de la liberté. Au lieu de subordonner sa sensibilité à la loi morale, l'homme fait subir à sa volonté les caprices de ses passions; parfois même il se dupe volontairement et prend la voix des sens pour celle du devoir. Or, c'est là vraiment un mal radical, parce qu'il corrompt la source même de toute activité; fussent-ils conformes à la loi, nos actes ne sont jamais inspirés par le pur respect de la loi ; et c'est ainsi qu'il faut entendre la parole de saint Paul : « Tout ce qui ne vient pas de la foi est péché ». Le désaccord foncier de la volonté et de la sensibilité est le véritable péché originel.

Mais cette perversion radicale n'est pas en chacun de nous l'héritage d'une faute historique. Toute faute est personnelle et l'on ne peut prendre à la lettre le récit biblique de la chute d'Adam. Il ne saurait être non plus question d'une déchéance personnelle subie par

chaque individu dans le cours de sa vie à la suite d'une première faute ; car nous trouvons la perversion en nous dès notre enfance. Le péché originel ne peut donc s'expliquer par une cause temporelle^ historique, phénoménale : c'est notre moi nouménal qui, avant et par delà toute expérience, a accompli l'option décisive, en choisissant hore de la loi des motifs de décision. Option inexplicable, d'ailleurs, et dont le récit biblique a bien marqué le caractère mystérieux, en faisant remonter à un esprit surnaturel la tentation à laquelle succomba le premier homme. Adam est ainsi le symbole du moi nouménal qui, semblable au Ncuç platonicien, a cédé à la suprême tentation en se détournant du Bien^ La Bible aussi a entrevu cette vérité, confirmée par la raison, que la chute ne saurait être irréparable. Il est nécessaire que nous puissions nous relever, puisque la conscience nous en fait un devoir, comme il est nécessaire que nous soyons libres, puisque nous sommes obligés. Le relèvement consistera à rétablir un rapport normal entre la volonté et la sensibilité, à faire de celleci l'instrument docile de la première. Et de même que la déchéance avait été radicale, de même la régénération doit être une véritable renaissance morale ; non pas que l'homme régénéré soit désormais à l'abri de toute défaillance; mais il a, dans l'absolu, rendu la prépondérance à la loi morale sur la sensibilité, et cette secrète révolution se traduira peu à peu par l'amélioration

de sa conduite. Au reste, la renaissance morale n'est pas moins mystérieuse et inexplicable que la chute, et le christianisme, entre toutes les religions, a seul aperçu la profondeur de ce mystère. Il a vu dans la régénération un effet de la grâce divine. Mais l'idée de la grâce ne doit jouer dans la religion qu'un rôle accessoire {jparergorî), car ce serait altérer la pure moralité, et partant la religion même, que de soutenir que Dieu peut rendre l'homme meilleur, sur sa prière ou par faveur arbitraire, si celui-ci ne fait de lui-même rien de ce qui lui est possible pour s'améliorer. Tel est le sens de la parabole du maître et des serviteurs dans saint Luc (xix, 12-26) : « 11 sera donné à quiconque a déjà ». L'homme ne doit donc pas, pour agir, attendre la g-râce et s'inquiéter du mystère de la renaissance morale : la loi morale lui commande sans condition d'agir; qu'il agisse donc avec la confiance que la régénération est possible, puisqu'elle est obligatoire, et que la force lui sera donnée s'il la mérite par l'effort de sa bonne volonté i.

S 2. — Lutte du bon et du mauvais principe.

L'homme n'est bon ou mauvais que par l'attitude de sa volonté vis-à-vis de la loi. Mais la loi même n'est pas son œuvre; elle émane du vouloir divin. Kant reprend ici l'idée que nous avons déjà rencontrée dans la Critique de la raison p-atique et dans la Critique de

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