‹ KantChapitre 18 sur 139 · Ibid., p. 292; B · texte numérisé non relu

Ibid., p. 292; B

craint de comparer à YExposition du Système du Monde de Laplace.

Le premier, en effet, Kant a énoncé l'hypothèse de la nébuleuse, à laquelle le savant français devait attacher son nom un demi-siècle plus tard. Il y est conduit d'un seul trait par la préoccupation de surmonter l'obstacle qui avait arrêté Newton. De quelle source d'énergie peut provenir l'impulsion des corps célestes à travers le vide? La difficulté disparaît, si l'on admet que l'espace n'a pas toujours été vide, et qu'une matière inorganisée, fluide, mais inégalement dense, l'a rempli à l'origine. Que l'on suppose en effet un « chaos » soumis par la volonté divine aux deux seules lois mécaniques de l'attraction et de la gravitation : les parties les plus denses de viendront, pour les fluides plus légers, des noyaux d'attraction. Entre ces noyaux, des relations différentes s'établiront selon la prédominance de l'attraction ou de la répulsion. Les uns seront précipités sur d'autres plus denses et plus volumineux, non pas en chute verticale, — la répulsion contrariant toujours et modifiant l'action de la pesanteur — , mais par un mouvement gyratoire qui les rapproche graduellement du centre. Ainsi s'est formé le soleil, dont la chaleur est due au frottement des particules qui viennent sans cesse accroître son volume. D'autres, chez lesquels la force répulsive est égale à la force attractive, continuent à tourner indéfiniment autour du soleil. Ce sont les planètes. Les mêmes lois expliquent encore la forme elliptique des orbites planétaires et leur rapprochement du plan zodiacal dans une

PÉRIODE ANTÉCRITIQUE. 2Y

position telle que la répulsion réciproque de ces corps célestes est réduite au minimum. De la même façon se sont formés l'anneau de Saturne et les satellites des autres planètes. La densité des planètes décroit naturellement avec leur éloignement du soleil. Au delà des planètes, évoluent les comètes dont la faible densité explique l'éloignement et l'excentricité énormes. Enfin les étoiles fixes sont elles-mêmes des soleils, repartis, comme les comètes, dans une zone relativement mince, dont le plan est défini par la voie lactée. Celle-ci n'est qu'un fourmillement d'étoiles, et il est naturel que l'œil, en fouillant cette zone dans le sens de la plus grande épaisseur, rencontre un nombre infiniment plus grand d'astres, que la perspective semble confondre en un réseau continu. Immobiles à nos yeux, ces soleils lointains se meuvent sans doute autour de quelque centre qui échappe à nos sens.

Tel est, dans son ensemble, le développement grandiose de l'univers. C'est une histoire^ au sens le plus rigoureux du mot, et cette histoire, qui a eu un commencement, court sans doute à un terme. Né du chaos, le monde retournera au chaos. L'impulsion des corps célestes s'usera et les planètes lassées s'abimeront dans le soleil. Peut-être y puiseront-elles l'énergie d'une renaissance nouvelle. Ces vastes conceptions agitent l'âme de Kant d'une véritable émotion poétique « La Création,

dit-il, n'est pas œuvre d'un instant Elle n'est jamais

achevée. Elle a commencé mais ne s'arrêtera pas. Elle est sans cesse occupée à produire de nouvelles démar-

ches de la nature, de nouvelles choses et de nouveaux mondes. » Et il s'écrie avec Haller, « le plus sublime des poètes allemands » :

« Uneiidlichkeitl Wer misset dich? ^. »

A la fin du traité ~, Kant se demande si tous les astres sont habités. Mais il se défend d'avancer à cet égard aucune certitude. Car, pas plus que la terre n'est faite pour l'homme, on ne peut assigner pour fin à aucun astre la production de la vie. En tout cas, les conditions d'existence doivent varier de planète à planète. Les plus denses ne comportent sans doute que des organisuies grossiers. D'autres ne sont peut-être pas encore halntables. La terre, insuffisamment refroidie, n'a-t-elle pas dû rester déserte durant des milliers d'années 3? En tout cas, la mécanique est impuissante à nous révéler les conditions d'existence « d'une seule herbe ou d'une chenille^ ». Mais il n'est pas interdit de supposer que la zone de la vie dépasse infiniment notre globe. Qui sait même si nos âmes ne seront pas appelées dans une autre vie à peupler d'autres régions de l'univers visible et à en contempler les merveilles ^?

Cette audacieuse conception, que la science devait confirmer sur tant de points, reçoit de l'étude de notre

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