Prolég., p. 218; B, t. IV, p
Il n'en va pas de même des concepts de l'entendement. Soit le concept de cause , c'est-à-dire l'idée d'une liaison constante entre deux choses A et B tout à fait différentes. Il n'est point évident à priori qu'un pareil mode de liaison se réalise dans l'expérience. Il n'est point absurde, — et des philosophes l'ont admis, — que le hasard ait sa place dans l'univers. Quant à l'expérience, toujours contingente et limitée, elle ne peut, en dépit de son apparente régularité, engendrer qu'une certitude scientifique toute conditionnelle ^ Le problème se pose donc de savoir si les concepts, valables pour notre entendement, le sont aussi pour les choses, si notre esprit, quand il affirme, peut atteindre le réel en dehors de lui : problème infiniment plus redoutable encore pour Kant que pour les dogmatiques de l'école cartésienne; car ceux-ci ne doutaient point que les essences ne fussent réelles en dehors de l'esprit et tout le travail de ce dernier était de dégager les idées claires et adéquates des notions confuses et subjectives; ils ne séparaient pas profondément l'essence de l'existence. Kant, au contraire, met les concepts dans l'entendement ; il s'efforce de démontrer que l'expérience se règle d'après ces concepts et d'établir, du même coup, la justification de la physique à priori conçue par Newton. De là les difficultés de cette célèbre déduction transcendaniale , qu'il mit dix années à découvrir et dont il remania profondément la rédaction
primitive dans la seconde édition de lu Baison pure^. Comment donc, au moyen des catégories de notre esprit, pouvons-nous connaître, non seulement notre propre manière de penser, mais encore les objets eux mêmes? Le problème sera résolu si l'on établit que les choses ne sont possibles pour nous qu'au moyen des catégories. Or « le je pense, doit pouvoir accompagner toutes mes représentations » '^, c'est-à-dire que toute connaissance véritable, supérieure à la simple intuition sensible, suppose la conscience, dans l'esprit, de cet acte propre et spontané de l'entendement qui est la pensée. Mais penser^ qu'est-ce donc, sinon se connaître comme sujet pensant en face d'un objet pensé? L'objet, c'est le divers de l'intuition qui, dans la simple conscience empirique, î}iQ\\\c\\.v(i encore fragmentaire, éparpillé [zerstreut). Il lui faut, pour acquérir l'unité sans laquelle il demeure inintelligible, être coordonné en une synthèse consciente, et cette synthèse ne peut lui venir que de l'entendement dont le rôle propre est précisément d'unir le divers dans l'acte indivisible du : je pense. C'est grâce à la conscience d'un moi identique que je puis nommer miennes toutes les représentations fournies par la sensibilité. Pour connaître véritablement une ligne, il ne me suffit pas de l'apercevoir dans l'espace sensible, il faut que je la tire dans cet espace « et qu'ainsi j'opère synthétiquement une liaison du divers donné »^. « C'est doue, dit en termes excellents