‹ KantChapitre 56 sur 139 · P. 419 et 421; B, 365 et · texte numérisé non relu

P. 419 et 421; B, 365 et

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intelligible. Liberté et nature seraient ainsi réconciliées en même temps que radicalement séparées par d'insurmontables barrières. -

Cette conception, Kant l'avoue lui-même, semblera « extrêmement subtile et obscure » ; mais l'application la rendra plus claire, La pratique de la vie nous fournira des raisons de croire à cette dualité inséparable du déterminisme et de la liberté. Par exemple, dit Kant, supposez qu'un homme, en déguisant la vérité, introduise un certain désordre dans la société. Une manquera pas, pour expliquer cet acte, de raisons purement empiriques : éducation, milieu, instinct naturel, irréflexion, circonstances occasionnelles. Et cependant l'explication, pour complète qu'elle soit, ne suffit pas à innocenter le coupable. Notre conscience prononce que, malgré tout, le menteur aurait dû trouver, dans sa propre raison, un motif capable de déterminer sa conduite indépendamment de tous les mobiles sensibles i,

11 faut donc bien admettre que l'homme, par son caractère intelligible, c'est-à-dire, en définitive, par sa raison, est doué d'une sorte de causalité absolument différente de la causalité naturelle. C'est ce qui « résulte clairement des impératifs que nous imposons comme règles, dans toute la vie pratique, aux facultés actives. Le devoir [Sollen) exprime une sorte de nécessité et de liaison avec des principes, laquelle ne se rencontre nulle part dans la nature. L'entendement ne peut ap-

prendre de celle-ci que ce qui ei^t, a été ou sera... Mais on ne peut pas demander ce qui doit arriver dans la nature, pas plus qu'on ne demande quelles propriétés un cercle doit avoir ^, » Ainsi est fondée, dès la première édition de la Raison pure, la distinction radicale de l'ordre spéculatif et de l'ordre pratique. Le texte que nous venons de citer contient en germe toute la Critique de la Raison pratique .

La quatrième antinomie se résout d'une manière analogue à la troisième. Le nécessaire et le contingent étant rigoureusement hétérogènes, la thèse et l'antithèse pourront coexister pourvu qu'on les considère à deux points de vue différents. Le monde sensible sera le domaine du contingent, ainsi que l'exigent les lois de l'entendement, le monde intelligible sera celui de l'être nécessaire. Seulement tandis que, au point de vue de la causalité, un même être peut être considéré comme faisant partie du monde sensible et du monde intelligible, l'être nécessaire doit être conçu en dehors de la série des êtres sensibles.

L'existence de l'être nécessaire peut donc être tenue pour possible à côté ou au-dessus du monde phénoménal. C'est un concept qui n'a rien de contradictoire. Correspond-il à un objet réel? Une tendance irrésistible de l'esprit humain le porte à rattacher l'existence des phénomènes^ qui ne se suffit point à elle-même, à une existence inconditionnée; elle cherche l'être nécessaire en

qui cesse toute contingence. Cette tendance est-elle légitime? Cet effort est-il stérile? C'est précisément à cette question que répondra le troisième chapitre de la Dialectique'^.

G. Théologie rationnelle {Lhdéal de la raison pure).

Nous avons vu que les idées, faute d'une intuition à laquelle elles puissent s'appliquer, ne peuvent nous représenter aucun objet. Ce sont de simples « formes de pensée » qui donnent aux catégories une « unité systématique », ce sont des généralités, telles que vertu, sagesse humaine, et non des êtres. Or, si la raison cherche à donner aux idées elles-mêmes une unité systématique, elle est amenée à les réunir en un idéal qui n'est plus une simple généralité, mais un individu. C'est ainsi que le sage est un idéal, tandis que la sagesse est une idée. L'idéal en qui s'unifient toutes les idées de la raison est Dieu.

Comment nous élevons-nous à cet idéal? C'est une tendance nécessaire de la raison de rechercher les conditions totales de l'existence. Or il ne suffit pas, dans cette recherche, de s'en tenir à la détermination d'un possible purement logique. Nous savons déjà que le principe de contradiction ne détermine que la forme et non le contenu de la connaissance; quantité de choses noncontradictoires ne sont pourtant pas réelles. Il faut,

pour qu'une chose existe, qu'elle soit entièrement déterminée, dans tout son contenu et non seulement dans sa forme, et, pour la connaître comme existante, il ne suffit plus d'établir le départ entre tel attribut et son contraire logique (mortel ou non mortel), mais il faut établir un rapport entre cette chose et la totalité des attributs possibles; car tout attribut possible convient, soit positivement, soit négativement, à la représentation complète d'une chose. En d'autres termes, « pour connaître parfaitement une chose, il faut connaître tout le possible et la déterminer par rapport à lui », soit positivement, soit négativement ^ ; il faut la « rapporter à la possibilité totale », à un « substratum transcendantal qui contient en quelque sorte toute la provision de matière d'où peuvent être tirés tous les prédicats possibles », positifs ou négatifs ~. Or, dans l'ordre de l'existence, il n'y a pas de négation absoUie; ou plutôt la négation est simplement un manque {Mangel), une limitation de quelque chose de réel. Ainsi l'obscurité, pour le voyant, est un manque de lumière, tandis que pour Faveugle-né elle est un pur néant. Kant n'avait-il pas soutenu dès 1763, dans Y Essai sur V introduction du concept des quantités négatives en philosophie, qu'en mathématiques une quantité négative est encore une quantité positive considérée à un point de vue inverse du point de vue positif. Il estime pareillement que, dans l'ordre des existences, une négation est encore une

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