‹ KantChapitre 58 sur 139 · De là son nom de cosmologique · texte numérisé non relu

De là son nom de cosmologique

au moins moi-même ; donc un être absolument nécessaire existe. D'autre part, celui-ci ne peut être qu'un être complètement déterminé dans son concept, l'être souverainement réel, ens realissimiim. L'être nécessaire est donc en même temps l'être parfait.

D'une façon très ingénieuse, Kant commence par dénoncer le sophisme caché dans la seconde partie de cet argument. Convertissons, en effet, d'après les règles de la logique formelle, la proposition : « Tout être nécessaire est parfait ». Il vient : « Quelque être parfait est nécessaire. » Mais il ne saurait y avoir aucune distinction entre des êtres parfaits, puisque chacun d'eux ^siV ens realissimiim. La proposition convertie est donc équivalente à l'universelle : « Tout être parfait est nécessaire », qui n'est autre que la thèse de l'argument ontologique. Ainsi les thèses des deux arguments sont réciproques l'une de l'autre, et comme l'on passe de l'une à l'autre par une opération purement logique etréguhère, la vérité ou la fausseté de l'une entraine la vérité ou la fausseté de l'autre.

Mais la première partie de l'argument dissimule également « toute une nichée de prétentions dialectiques » que la critique n'a pas de peine à détruire. La principale est l'abus qui est fait du principe de causalité. Celui-ci nous permet simplement de conclure de tout fait contingent à une cause qui est elle-même un effet sensible. Il ne nous autorise nullement à supposer une cause primordiale qui ne soit que cause et, qui, par suite échappe aux conditions de toute expérience possible. Il

n exige point un arrêt dans la régression des causes. C'est un « faux contentement de soi-même » qu'éprouve la raison quand elle croit achever la série des causes en supposant une première condition inconditionnée que l'entendement ne saisit plus i.

Ainsi les deux premières preuves de l'existence de Dieu se heurtent au même écueil. C'est qu'en réalité elles ne représentent que deux façons différentes d'envisager le problème de l'idéal transcenda ntal. Nous voulons (( trouver soit un concept à la nécessité absolue, soit l'absolue nécessité au concept d'une chose. » Mais cette double tentative est au-dessus de l'effort humain^ qui cependant ne se résigne pas au renoncement. « La nécessité absolue dont nous avons un besoin si indispensable comme du dernier support de toute chose, est vraiment l'abîme de la raison humaine... On ne peut ni éloigner de soi ni supporter cette pensée qu'un être, que nous nous représentons comme le plus élevé entre tous les êtres possibles, se dise en quelque sorte à lui-même : Je suis de toute éternité; en dehors de moi, rien n'existe que par ma volonté; mais d'où suis-je donc'^? »

Y aurait-il donc là, entre l'effort nécessaire delà raison humaine et le résultat atteint, une contradiction irréductible? Kant revient une fois de plus sur la solution qu'il a donnée de cette énigme à propos de la quatrième antinomie. Il y aurait contradiction si nous maintenions l'idée de cause suprême au sein du monde des phénomè-

nés, ou si nous attribuions au mot « cause suprasensible » un sens expérimentai. Mais on peut considérer l'idéal de l'être suprême comme un principe régulateur de la raison par rapport auquel nous coordonnons nos idées et dire simplement : tout se passe comme si les liaisons des phénomènes dérivaient d'une cause nécessaire et absolue. Dès lors, l'idée de Dieu est simplement 1' « hypothèse » qui confère à toutes nos idées leur plus haute unité. D'une part donc, nous ne devons pas nous lasser de pousser indéfiniment en arrière la recherche des causes, sans prétendre arriver à un terme suprême; d'autre part, nous pouvons concevoir comme un pur idéal l'être en qui se coordonneraient toutes nos idées des choses. L'erreur n'est réelle et condamnable que si nous réalisons cette hypothèse pour en faire un objet, si nous transformons subrepticement un « j^rincipe régulateur » de nos idées en un « principe constitutif » du réel^.

§ 3. — L'Argument physico-théologique.

Nous venons de voir que le métaphysicien échoue quand il veut s'élever d'une existence en général à l'être nécessaire. Sera-t-il plus heureux s'il prend pour point de départ une expérience détonninée , le monde tel que nous le connaissons dans son infinie variété, dans son harmonie, dans sa beauté? C'est bien là, en tout cas, le procédé dialectique « le plus ancien, le plus clair et le

Page 1