‹ KantChapitre 60 sur 139 · P. 475-482; B, 413-'il · texte numérisé non relu

P. 475-482; B, 413-'il

transcendantale ou la méthode naturelle, qu'elle s'élève à Dieu de concepts à priori ou de l'observation de la nature, qu'elle soit, en un mot, déiste ou théiste, ses efforts sont également stériles, et cette impuissance provient du divorce radical établi par la critique tout entière entre la sensibilité et la raison. L'esprit humain ne peut pas plus aller du concept d'être nécessaire à l'existence réelle que de l'existence réelle à l'être nécessaire. Ou nous concevons Dieu comme un prolongement des phénomènes, et en ce cas il est conditionné et matériel, il n'est pas Dieu ; ou bien nous le pensons en dehors des phénomènes, et en ce cas nous ne pouvons juger s'il existe, il reste pour nous un pur idéal.

Est-ce à dire qu'il ne reste rien de tout cet effort spéculatif de la pensée humaine? En aucune façon. Tout d'abord si la Critique établit l'impossibilité d'une preuve spéculative de l'existence de Dieu, elle ne prouve pas moins l'impossibilité de démontrer sa non-existence, et réfute par là-même l'athéisme et le matérialisme dogmatiques ^. Elle sert en outre de « censure continuelle » à notre raison et dégage l'idéal de la raison pure de tous les attributs grossiers et matériels que l'anthropomorphisme ne cesse de lui rapporter. Rien de tout ce qui est perçu dans l'espace ou dans le temps ne saurait lui convenir. Or cette détermination toute négative se trouverait avoir une grande importance si, pour des motifs d'ordre étranger à la spéculation, la raison se

trouvait amenée, non plus à démontrer, mais à postuler l'existence de Dieu. Telle sera précisément la conclusion delà Critique de la raison pratique : elle établira que la loi du devoir, absolument nécessaire dans l'ordre de l'action, réclame impérieusement, mais en un sens purement pratique, l'hypothèse d'un être suprême. Devant cette exigence de la loi morale, la raison spéculative s'inclinera; et bien loin de se sentir atteinte dans son oeuvre critique, elle pourra se considérer comme la créancière de la raison pratique ; car elle aura démontré la possibilité de l'existence de l'être parfait et déterminé sous quelles conditions et à quel point de vue il peut

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