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brassera la science et la métaphysique; elle n'a pas plus à édifier la métaphysique qu'à systématiser les vérités scientifiques. Mais elle peut tracer le plan d'après lequel seront édifiés les matériaux qu'elle vient d'examiner; elle peut « déterminer les conditions formelles d'un <( système complet de la raison pure » ; tel est l'objet de la dernière partie de la Critique de la raison pure, la Méthodologie. Ce chapitre présentait sans doute plus d'intérêt pour les lecteurs de 1781 que pour nous; ils y trouvaient, sept ans à l'avance une esquisse saisissante de la Critique de la raison pratique . Aujourd'hui, nous savons à quel point ont été réalisées les promesses énoncées en 1781. En outre la Méthodologie contient de fatigantes redites. Nous ne résumerons de ce chapitre que les parties vraiment neuves et uniques dans l'œuvre de Kant.
Discipline de la raison pure. — La raison est la faculté des règles; il semble donc qu'elle doive échapper ellemême à toute contrainte, à toute discipline. A vrai dire, tant qu'elle s'applique à des objets d'expérience, elle y trouve une pierre de touche qui lui garantit la légitimité de son exercice. Mais nous savons qu'elle est invinciblement portée à dépasser les bornes de l'expérience et il importe de lui assurer un système de règles propres à contenir son activité dans les limites tracées par la Critique.
Quelle est donc la vraie méthode de la raison pure? L'exemple séduisant des mathématiques nous invite tout d'abord à employer la méthode dogmatique. Nous
trouvons, en effet, clans ces sciences, le modèle le plus heureux d'une extension de la raison indépendamment de tout contrôle expérimental. Mais la Critique ne tarde pas à nous apprendre que la démonstration mathématique n'a rien de commun avec le dogmatisme métaphysique. La connaissance mathématique s'opère par construction de concepts, la connaissance philosophique procède par concepts; la première, construisant ses figures dans une intuition sensible, considère le général dans le particulier, la seconde considère le particulier dans le général ; l'une opère sur la quantité, l'autre sur la qualité. Or tandis que le géomètre peut à priori construire un cône dans l'espace, le métaphysicien ne peut à priori déterminer la couleur du cône, parce que, d'un concept vide, il ne peut rien tirer si une matière ne lui est donnée par l'expérience. Aucun des procédés propres aux mathématiques ne devra donc prendre place dans la philosophie. Tandis, en effet, que les définitions, les axiomes et les démonstrations mathématiques jouissent d'une clarté parfaite et d'une évidence immédiate, grâce à la construction des concepts dans l'espace pur, il est nécessaire au philosophe de démontrer les axiomes de l'intuition, les anticipations de la perception, les analogies de l'expérience et les postulats de la pensée empirique, et cette démonstration s'est faite au moyen d'une laborieuse déduction qui nous a fait reconnaître en ces principes physiques, non pas des vérités intuitives, mais des conditions de toute expérience possible. La méthode dogmatique conçue par Descartes à l'imitation