II. PROBLEME DE LA LIBERTE
A. L'idée de liberté. — Le problème de la liberté n'est pas seulement d'origine morale. Il se pose nécessairement à la raison spéculative. Tandis que l'entendement se contente d'unir les effets aux antécédents sans concevoir un terme à la série des causes, la raison s'élève à l'idée d'une série causale pleinement achevée et dont le premier terme se suffirait à lui-même. Ce conflit entre la raison et l'entendement constitue la troisième antinomie ^ : antinomie purement apparente, comme la quatrième, et que la critique résout sans effort en montrant que thèse et antithèse, conçues à deux points de vue différents, ne s'opposent point absolument. L'antithèse, affirmée par le déterminisme, est vraie de l'ordre de l'expérience ; dans la trame serrée des séries causales naturelles, aucun acte libre ne peut s'insinuer. La thèse reste possible dans un monde nouménal ; la morale ne peut-elle prouver qu'elle y est nécessaire?
En tout cas, une prétention doit être dès l'abord écartée, qui compromettrait irrémédiablement toute justification de la moralité : la métaphysique doit renoncer à invoquer l'expérience au secours de la liberté ; et l'expérience interne n'est pas moins impuissante ici que l'expérience externe ; la psychologie empirique se heurte au même écueil que l'observation des sens. Le sens intime, en effet, n'a-t-il pas pour forme propre le temps, et tous les