‹ KantChapitre 82 sur 139 · KAM · texte numérisé non relu

KAM

l'action^. Et c'est en ce sens que Kant a pu définir la loi morale « un fait de la raison 2 ».

Cette conception est sans doute très abstraite, Kant s'est préoccupé d'en donner une sorte d'illustration expérimentale.

Il s'elTorce de définir le sens que prennent les « sentences de ce merveilleux pouvoir que nous appelons conscience » , dans un système où se mêlent si étrangement le déterminisme naturel et la liberté transcendante. Un homme a beau ruser avec soi-même pour se représenter une action coupable comme une erreur involontaire ou le fait d'un entraînement irrésistible : le repentir veille en lui et rend à la raison ce témoignage que, de l'action accomplie, il faut toujours remonter, à travers la chaîne des antécédents immédiats, jusqu'à la « spontanéité absolue de la liberté » à laquelle est suspendue toute la nature sensible de l'homme. Et, tout comme l'on peut soutenir, contre l'argument déterministe de la prescience divine, que la prévision de nos actes par Dieu n'empêche point que nous en soyons les auteurs responsables, de même, Kant soutient qu'on pourrait, en pénétrant les dispositions morales d'un homme, calculer sa conduite future « avec autant de certitude qu'une éclipse de lune ou de soleil » , sans être en droit de nier la liberté de cet homme. Ce ne sont donc point nos actes particuliers qui sont libres, mais l'orientation générale qu'a prise notre moi intelligible.

Une option originelle a lieu dans l'absolu, de laquelle dépend toute la conduite de notre vie morale. Ne remarque-t-on pas chez certains enfants une méchanceté précoce que l'âge ne fait que mûrir? Et cependant la conscience populaire les tient pour responsables, les juge et les condamne, comme s'ils avaient, dans une région transcendante, « accepté librement des principes mauvais et immuables ». Nous ne tarderons pas à retrouver cette conception de la faute originelle dans la philosophie religieuse de Kant ^ .

B. Passage de l'idée de liberté aux éléments de la moralité. — Nous sommes dès lors en état de répondre à la question posée au début de V Établissement de la métaphysique des mœurs : Comment la loi morale, sous sa forme d'impératif catégorique, est-elle possible? Elle est possible « parce que l'idée de la liberté fait de moi un membre d'un monde intelligible ». Si j'appartenais uniquement à ce monde, tous mes actes seraient sans exception conformes à ma volonté autonome; mais, membre d'un monde sensible, je suis sollicité d'un autre côté par des mobiles étrangers ; j'affirme donc seulement que je dois conformer ma conduite à ma volonté libre. Et ce devoir constitue une affirmation synthétique à priori, puisqu'il établit une liaison entre mes actes indépendamment de tout considérant empirique; de sorte que « l'idée de ma volonté intelligible, pure, pratique

en elle-même, s'ajoute à ma volonté (empirique) affectée, par des désirs sensibles... à peu près comme aux intuitions du monde sensible s'ajoutent les concepts de l'entendement^ ».

Ainsi se trouve établie la condition suprême de tout acte moral. « Le concept de liberté est la clef de voûte de tout l'édifice d'un système de la raison pure 2. » Mais la tâche de la critique est loin d'être achevée. Il lui faut fonder à priori, dans ses éléments essentiels, la moralité qu'elle n'a, dans V Établissement de la métaphysique des mœurs, analysée que d'une façon tout empirique. Et, tandis que la critique de la connaissance remontait du donné aux plus hautes conditions rationnelles du savoir, la critique de l'action doit redescendre de la condition aux données, de la raison à la matière sensible de la moralité. Nous rencontrerons donc, dans l'ordre inverse de celui qu'offrait la critique de la raison pure, des principes, des concepts, des données sensibles de la moralité 3.

a. Principes de la raison pure pratique.

Sous forme de théorèmes, Kant établit déductivement les caractères des principes moraux découverts empiriquement dans l'Établissement de la métaphysique des mœurs.

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