I. Mai
14 KAKAMZIN KT ROl'SSEAl
seau. Vm L'Ilot Karaiii/in se monira un fervent admirateur de Rousseau et nous estimons intéressant pour les Français de donner ici les appréciations de l'hislorien russe, tout pénétré de romantisme, au sujet du citoyen de Genève. La lecture de plusieurs (eu\ res de Kousseau a\ ail fait naître chez le créateur de la prose russe un sentiment profond qui s'accrut durant son voyage en Suisse et en l-Vancc'. En Suisse, pour contempler, en lisant les Con/'essiuns, les endroits fréquentés par le philosophe ; en France pour visiter à Krmcnonville. en un domaine consacré par le marquis de Girardin aux beautés de la nature, le lieu où Rousseau trou \ a la mort =.
On peut di\iser en deux périodes distinctes les jugements portés par Karamzin sur celui qui lui avait inspiré une prédilection particulière. La première, correspondant à 1789, débordante d'enthousiasme. La seconde laisse place à des critiques raisonnées auxquelles les événements tragiques et sanglants ce 1793 ne sont pas étrangers. Dans l'élan de son enthousiasme comme dans l'énoncé de ses restrictions. Karamzin est toujours charmant. L'évolution dans ses jugements (car il y a évolution) sur les théories du philosophe n'a point ell'acé lecharme éprouvé et la fascination ressentie. Ce n'est pas une rétractation de ses louanges ; son évolution se traduit par une critique rationnelle sans diminuer la personne dont elle fait son objectif. Louanges et
I. Voir les lettres d'un voyageur russe traduites en français par M. Legrelel. Paris", 1886. Hachette, éditeur.