‹ Karamzin et Jean-Jacques RousseauChapitre 5 sur 15 · Elisabeth Protassoff · texte numérisé non relu

Elisabeth Protassoff

2. Dans ses Confessions, en parlant de la Nouvelle Héloïse, Rousseau dit : u Pour placer mes personnages dans un séjour qui leur convint, je passai successivement en revue les plus beaux lieux que j'eusse vu dans mes voyages. »

(i Je me fixai sur la partie des bords de ce lac à laquelle depuis longtemps

mes vœux ont placé ma résidence dans le bonheur imaginaire auquel le sort m'a borne. »

l8 KAKAMZIN 1:N SlISSK

Ih'loïsc' Bien que dans ce roman on rencontre beaucoup de choses qui ne sont pas naturelles, beaucoup d'exagérations, en un mot beaucoup de romantisme, néanmoins personne n'a décrit en français l'amour sous de telles couleurs.

« Après un léi^er repos dans une auberge, après avoir pris du thé. je suis allé plus loin au bord du lac pour voir le décor du roman, le villaL;e de Clarens ... Plusieurs habitants de ce pauvre villa^'e ont lu la Nouvelle Héloïse et sont tiers de ce que le grand Rousseau ait glorilié leur patrie, l'n pavsan qui travaillait, voyant un étranger curieux, lui demande en souriant : iMonsieur a sans doute lu la Xouvelle Uchjïse'i l'n vieillard montra le bosquet où. d'après la description de Rousseau, Julie donna un premier baiser au passionné Saint-Preux et de ce toucher magique troubla tous ses sens. »

Dans une note jointe à cette lettre, Raramzin s"a\oue tout à lait sous le charme ; il dit. en effet : « Avec un plaisir indescriptible je lisais à Genève ses Confessions, qui peignent avec tant de vie son âme et son creur. Après cette lecture mon imagination ne s'occupait que de lui-même en songe. Son esprit planait sur moi.

« Un jeune peintre de ma connaissance, aprèsavoir lu les

I. « Mme de Wolmar en préfère avec raison le séjour (celui de Clarens) à celui d'Etange, château magnifique et grand, mais vieux, triste, incommode, et qui n'offre dans ses environs rien de comparable à ce qu'on voit autour de Clarens. » — Nouvelle Héloïse.

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Confessions, s'éprit tellement de Rousseau, qu'il se mit à le peindre dans différentes poses, mais, d'après ce que je sais, il n'a pas achevé un seul de ses tableaux. Je me souviens qu'entre autre, il l'a représenté embrassant une jupe de drap qui lui avait été envovée par ^\"^'^ d'Kpinav pour s'en faire un i,'ilet. Le jeune artiste trouvait cela très touchant. Les ^ens pensent et voient différemment. ->

Dans une lettre du 28 août 1789 datée des cabanes de bergers sur les Alpes à 9 heures du matin, Karamzin en admiration devant les beautés de la nature n'oublie pas Rousseau, c Après avoir prie Dieu, après avoir remercié celui qui prouve sa gloire et son éternité en un majestueux paysage, » Karamzin dit qu'il a « ressenti toute la vérité des paroles de Rousseau au sujet de l'effet produit par l'air vivifiant des montaj^nes ; toutes les préoccupations et les soins terrestres, toutes les pensées, tous les sentiments qui amoindrissent la noble existence de l'homme, restent dans la vallée. »

Tout naturellemenl l'île de Saint-Pierre était pèlerinage obligatoire pour le voyageur russe.

a II n'v a pas longtemps, écrit Karamzin de Genève ', j'ai été à l'île de Saint-Pierre ^, où le plus grand écrivain du

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