‹ Karl, ou le Châtiment, drame en quatre actesChapitre 24 sur 41 · SCENE m · texte numérisé non relu

SCENE m

ALAIÉIDA , KARL.

(A l'entrée Ue Karl, Nunez s'éloigne.) k \rl. C’est vous, monsieur le marquis pardonnez-moi de tu'êtie laisse prévenir.

ALMÉIDA. J’ctais inquiet de votre santé.

karl. 01* î ce n’est rien. J’éprouve souvent de ccs faiblesses subites, fruit d’un

E MALAWI K rilÉcrUAL-

uKcrcice trop violent... lu suis tout-â-fait liien aujourd’hui. J’ai ordonné qu'on vous logeât dans l'appartement le plus gai du château.

almeida. La gaîté, monsieur le comte, c’est sur le visage du maître que je voudrais la trouver. Pcrmcltez-moi de vous le dire, vous ne m’avez pas reçu comme le père de votre ami.

KARL, vivement. C’est que vous ne vous êtes pas présenté ainsi. ( Avec calme. ) Pourquoi avez-vous rouvert dans mon cœur et dans celui de Juana des blessures si profondes et si douloureuses ?

ALÉM1DA. Je ne devais pas soupçonner qu’elles fussent plus profondes dans vos cœurs que dans celui d’un père.

KARL. Vous avez vu du moins qu’elles y sont plus sensibles, puisque nous n’avons pas eu la force d’entendre ce que vous avez pu raronler. ( Almeida t observe , il continue. ) Vous êtes père et vous pleurez parce que vous avez perdu un fils, moi, j'ai perdu un ami , et croyez-moi , monsieur, quelque poignant que soit pour vous le souvenir de sa perte , il n’est pas plus cruel que ne le sont mes regrets. C’était un autre moi-même, j’ai vécu, je suis mort avec lui.

alméida. Je sais que les liens qui vous unissaient étaient puissans : autrefois, on vous avait appelés les amis.

karl, avec attendrissement. Oui, nous étions amis, et non pas des amis vulgaires, mais de ceux qui n’ont qu’une pensée, une ame , une volonté : de ceux qui sont plus que des frères. J’avais fait un voyage en Espagne, à la suite de notre ambassadeur.

J’y avais connu Alphonse. De retour dans ma patrie, je l’y retrouvai ; il voyageait en Allemagne. Ma maison devint la sienne.

Comme à Madrid, peine, plaisirs, dangers , tout nous était commun ; nous ne nous quittions pas ; on nous invitait ensemble, parce qu’on ne pouvait nous avoir qu’euscmblc. Quelle fête eût su lui plaire lorsqu’il me croyait triste? quel chagrin l’eut affligé quand il me voyait heureux?

S’il se trouvait engagé dans une affaire d’honneur, il venait me chercher et me disait : Karl , je me bats aujourd’hui , et

{ c prenais mon épée, parce que offenser 'un, c’était offenser l’autre ; parce que on ne pouvait tuer l’un sans l’autre. Heureux si je n’avais pas eu pour lui un secret.... et il n’est plus! et, depuis douze ans, mes larmes n’ont pu lui rendre cette existence, qu’il eut donné pour moi!. - . ( Sanglotant. ) Oh ! Alphonse ... oh ! mon cher Alphonse!..

ALMÉIDA , lui saisissant ta main. Karl !.. ’

l'on, l’homme qui l a aimé ainsi n’a pas i

connu la cause de sa mort, car il n’eût pas laissé le crime impuni.

karl, effrayé. Comment?... que ditesvous?... quel crime?...

ALMÉIDA. Celui qui nous a frappés tous deux dans ce que nous avions de plus cher-, celui que je poursuis, que vous m’aiderez à découvrir. Karl, reportez sur le père quelques-uns des sentimens que vous aviez pour le fils : vous étiez sou ami , soyez le mien aussi.

KARL, hors de lui, le regardant fixement.

Moi ! . . que demandez-vous ? vous ne le pensez pas ! c’est un piège .

alméida. Quel égarement!

karl. Pourquoi me regarder ainsi ?

que me voulez-vous?., moi... votre ami!., mais oui!., vous n’avez pas une épouse jeune et belle.

ALMÉIDA, sereculantnvec effroi . Comte ! . .

KARL , vivement et avec expression. Ne me condamnez pas , vous êtes homme :

aujourd’hui vertueux, demain coupable.

Savez-vous d’ailleurs qui des deux l’a ravie à l’autre? Savez-vous si mon amour n’était pas plus ancien que ses droits?...

Ah! quand je l’ai vu son épouse, il fallait fuir , n’est-ce pas? il fallait fuir maitre de mon secret... Eh! qui vous dit que cette raison, ce dévouement, je ne les eusse pas eus ailleurs, peut-être... mais lâ... dans votre Espagne... dans ces climats voisins du soleil... sous ces rayons dévorans qui enflamment les sens , il n’est plus ni raison, ni devoir, ni amitié... tout ce qu’il y a de sentimens généreux se concentre et s’éteint dans une seule passion , l’amour , qui est la vie. Vieillard, avant de me blâmer, il faut ine plaindre ; il faut avoir pitié d’un malheureux qui aimait son ami , et qui brûlait pour la femme de son ami.

Comprenez - vous maintenant mes tournions? Si dona Juana m’appartient, elle est la veuve d’Alphonse ; c’est là depuis douze ans la cause de mes remords ; vous avez voulu les savoir, vous les connaissez ; il n’y en a pas d’autre.

ALMÉIDA, apres un silence. Comte, m’avez-vous tout dit?

karl, péniblement. Oui.

ALMÉIDA, après l'avoir observé. C’est votre dernière parole. Fasse le ciel que celle-là aussi soit sincère.

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