KARL, ALMÉIDA
KARL , reculant. Vous , monsieur ? à cette heure!... que me voulez-vous? et pourquoi ces armes ?
ALMÉIDA, lui jetant une épée. Nous soinmes seuls , monsieur le comte. Défendezvous.
KARL. Me défendre! et pourquoi ?
ALMÉIDA. Parce que votre crime n'est plus un secret entre nous deux, et qu’il faut que vous tuiez le père , comme vous avez tué le fils.
KARL. Moi !...
ALMÉIDA. Allons ! votre attentat n’a pu rester caché : il ne doit pas rester impuni... défendez-vous !
karl. Mon Dieu! mon Dieu !
alméida. On peut venir, ètes-voas prêt?
karl. Me battre , moi ! contre un vieillard!
alméida. Ah! il lui reste encore assez de force pour tenir une épée... Prends donc et défends-toi.
KARL. Jamais! la puissance du mo-
ment peut entraîner la volonté. Quand votre épée s’approchera de mon seiu , il se pourrait que l’amour de la vie s’y ranimât... Je vous tuerais peut-être.
ALMÉIDA . Eh bien ! tue-moi.
KARL. Non... frappez plutôt.
alméida. Sans défense 1... ce n’est pas moi qui frappe ainsi.
KARL, avec fureur. Ce n’est pas vous!...
(Avec prières ) Monsieur! monsieur!...
alméida. Tu portes un nom honorable et tu es un lâche !
KARL
KARL , hors de lui. Qui a dit cela?
almeida. Lâche comme les assassins.
KARL, dans l'égarement , ramassant l' épée.
Malheureux!
ALMÉIDA , avec joie. Ali! enfin!...
KARL , brisant son épée. Non : que ma main soit maudite si elle tire cette épée.
ALMÉIDA. Eh bien! si tu ne veux pas risquer la vie, perds-la.
fD saisit sont pie dans scs deux mains comme un poignard.)
KARL, acre un rire conoulsif. Un assassinat , vous ! et ne voyez-vous pas que vous n’entendez rien à de telles actions? que vous ne pourrez l’accomplir avec ces armes!
La main de l'homme tremble au moment d’enfoncer le poignard dans le sein de son semblable ; la terreur glace son sang ; son bras reste sans force , et l’œuvre demeure imparfaite, \oulez-vous commettre plus
sûrement le meurtre ce n’est pas une
^pce c’est une arme à feu qu'il faut
prendre. Alors sans approcher du but, vous pouvez l’atteindre. La colère vous tranporte, vousarmez le fusil... mais la chance est incertaine ; le coup peut ne pas porter : si vous étiez sur du snccès, vous jetteriez loin de vous 1 arme fatale, alors le démon vous dit tout bas : l’atteindras-tu? Il entraîne la volonté chancelante ; la main tremble , le coup part , et la victime frappée de loin tombe et meurt.
alhéida. Alphonse! Alphonse!...
( Karl. Il savait tout et voulait se venger.
J’étais jaloux , moi, jaloux d’un bien qu’il m avait ravi. Je le rencontrai dans la forêt..... L'arme meunière était dans mes mains... Pour posséder Juana , je n’avais qu’à toucher le ressort fatal... Voyez!...
le feu brille... le plomb vole !...
almêida. Assassin! assassin!...
karl. Ah ! vous me connaissez Eh
hien ! il vaut mieux que tout soit dévoilé.. . Ee que jesavais seul, il me fallait l'enfouir dans mon sein... c’était un feu qui me dévorait. . . ( // respire librement. ) Maintenant la flamme a brisé ses entraves... elle s’est fait jour avec les paroles que j’ai prononcées... tout est consumé, mais tout est tranquille.
ALIU-.IDA... Mon fils!.., et je ne puis te venger !
SCÈNF VIII.