‹ Karl, ou le Châtiment, drame en quatre actesChapitre 8 sur 41 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

ALMÉ1DA , ALPHONSE.

alméiha. Eli bien ! tu ne t’assieds pas un moment?... Alphonse ! Il ne m’entend pas... sombre et pensif depuis deux jours !

( Allant à lui et lui frappant sur l'épaule. ) Alphonse ! au milieu des préparatifs d’hier et du bruit d’aujourd’hui nous n’avons pu causer tous deux comme je l’aurais voulu .

Nous voici seuls enfin. N’as-tu rien à me dire ?

ALPHONSE. Rien, mon père.

ALHÉIDA. Ainsi cette agitation convulsive, cette mélancolie dont rien ne peutte distraire , n’ont pas de cause réelle?

ALPHONSE. Aucune qui puisse vous alarmer, du moins.

AI.HÉIDA. Ils se trompent donc comme moi , ceux de tes amis qui pensent que pour une aussi grande tristesse il faut un malheur bien grand ?

Alphonse. Ah ! ils m’ont vu préoccupé, peut-être, et ils croient que j’ai dans le cœur un secret que je radie ; et ils voudraient le connaître.. Un secret! lequel?

je n'en ai pas.

alhéida. J'ai vainement tenté de le deviner. Toi triste et soucieux! et que te manqnc-t-il? tu as quitté la cour parce que tu te trouvais trop heureux pour vivre au milieu du monde. Il te fallait un séjour (dus tranquille, où il te fut permis de goûiter ton bonheur en liberté. Tu t’es retiré dans mon château d’Ahnéida. Tu as à tes cAtés une femme jeune et belle que ton cceura choisie, Jtiana, un ange ; tou enfant, ton petit Fernando, qui accourt déjà audevant de toi , qui pleure lorsque tu n’cs pas là , que tu aimes avec idolâtrie ; ton père , dont tu es l’unique pensée ; et comme si ce n’était pas assez de tous ces ohjcLs de tes affections, le comte Karl de Kichtcr, ce jeune seigneur étranger , que tu avais

TIlilTAAL.

connu à Madrid , que tu as retrouvé en Allemagne, et que lu nommes ton ami le plus tendre, ton frère , il est ici depuis quinze jours et tu le retiendras long-teni-s sans doute. Alphonse , appreuds-iuoi comment, entouré de tout ce qui t’aime, de tout ce qui t’est cher , le malheur a pu venir jusqu’à toi?

ALPHONSE. Eh ! qui vous dit que je sois malheureux, mon père? cette tristesse que vous me supposez , un jour l’a fait naître, d suffira d’un moment pour la dissiper.

, ALMEIHA. Non ; elle parait trop profonde pour que la cause n’en soi) pas serieuse ,

1 qu’elle s’évanouisse ainsi. Écoute : j ai dit adieu aux honneurs, aux emplois auxquels la confiance du roi m’avait appelé, à cette chaîne brillante, mais odieuse, qui me retenait loin de toi , pour venir vivre en famille près de mon fils, au milieu de mes enfans.

Si cependant les intérêts de l’Espagne se trouvaient un jour compromis, il se peut qu’un ordre de mon souverain me ramène dans ces cours du nord où j’ai passé une longue pan ie de nia carrière, où les secours de ma vieille expérience pourraient être nécessaires à mon pays. C’est à cette condition que j’ai olitenu mon rappel. Ma seule consolation alors sera de te savoir exempt d’inquiétude et de peines, sans autre chagrin que celui de mon absence.

S’il est un secret qui doive empoisonner le bonheur que je voudrais te laisser , ne le renferme pas dans le fond de ta pensée; Laisse-moi porter la moitié du fardeau , il te paraîtra moins lourd... mon fils!., mon Alphonse !...

àphonse. Eh ! n’avez-vous pas ma confiance tout entière? vous ai-jc jamais run caché à vous ? Si vos soupçons étaient fondés , j’aurais déjà déposé ma douleur dans votre sein; je vous aurais dit : Je souffre, mon père ; il y a là au fond de mon cœur un tourment qui le ronge : au risque de troubler à jamais votre repos , je vous aurais tout avoué, avec désespoir... en pleurant.... Oh! mais quelle folie!... il n’y a rien de réel là-dedans. Votre tendresse s’alarme à tort... je suis calme , je suis heureux, mon père.

alvar , en dehors. Pardieu ! vous ne nous échapperez pas.

alméida. On vient. Alphonse, je vous verrai ce soir.

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