SCENE PREMIERE
ROMEO, k la porte d'nn donjon gothique qui donne sur une terrasse; JULIETTE, sur le dernier escalier du donjon. LA COMTESSE DE ROEFELD, LE PRINCE DE GALLES, LE COMTE DE KOEFELD, dans une loge d'avant-scène; LORD JIEWILL, dans une loge décote; LA Nourrice, SALOMON.
JULIETTE
Ne tourne pas les yeux vers l'horizon vermeil; Tu peux rester encor, ce n'est point le soleil ; C'était le rossignol et non pas l'alouette Dont le chant a frappé ton oreille inquiète; Caché dans les rameaux d'us! grenadier en fleurs. Toute la nuit, là-bas, il chante ses douleurs,.. Tu peux rester encor, crois-en ta Juliette.
ROMEO
^hl c'est bien le soleil, et c'est bien l'alouettef ?oû ce trait lumineux, de mon bonheur jaloux.
KEAN 183
Qui perce à l'horizon et s'étend jusqu'à nous; Vois le matin riant, un pied sur la montagne, Prêt à prendre son vol à travers la campagne; Vois au ciel moins obscur les étoiles pâlir : Il faut partir et vivre, ou rester et mourir... JULIETTE.
Non, ce n'est point le jour ; c est quelque météore Qui, pour guider tes pas, a devancé l'aurore... Tu te trompes, ami; reste.
ROMEO
Je resterai, Et, puisque tu le veux, comme toi je dirai : Non, ce n'est point le feu de l'aube orientale, C'est la sœur d'Apollon, c'est la reine au front pâle; Ce n'est point l'alouette au ramage joyeux Dont le chant matinal s'élance dans les cieux. Ahl crois-moi, j'ai bien plus de penchant, je te jure, A rester qu'à partir; et, si, vengeant l'injure Que ma présence fait à ta noble maison, La mort me vient en face ou bien par trahison, La mort, dont on craint tant la douleur inconnue, Me frappant à tes pieds, sera la bienvenue... Oh! non, tu l'as bien dit, non ce n'est pas le jour : Restons... Je t'aime! et toi, m'aimes-tu, mon amour?
JULIETTE
C'est le jour, c'est le jour! ohl j'étais insensée;
Fuis, Romeo ! de peur je suis toute glacée;
Je ne sais où je vais, je ne sais où je suis,
Et je n'ai plus qu'un mot à la bouche... Fuis, fuisl...
LA NOURRICB.
Madame...
JULIETTE, entrant.
Que veux-tu ?