‹ Kean, ou, Désordre et génieChapitre 40 sur 56 · LA NOURRICE · texte numérisé non relu

LA NOURRICE

Va venir !

ROMEO

Oh! contre sa colère, Ange, je te remets à la garde de Dieu.

184 THÉÂTRE COMPLET d'ALEX. DUMAS

JULIETTE

Adieu, mon Romeo...

(En M oomeDt, Kean, qui avait déjà enjambé la bainstrade, s'aperçoit qne le prince de Galles est à l'avant-ssène, dans la loge d'Elena, et, aa lieu de faire fa. sortie, il remonte le théâtre et regarde fixement la loge, les bras croisés.)

JULIETTE, le suivant.

Eh bien,' que fait-il donc' (a voix basse.) Rean, Kean, vous manquez voire sortie.

S.^LOMON, paraissant an bord de la coulisse, la brochure à la maiu. Maître! maître!...

JULIETTE, reprenant.

Adieu, mon Romeo.

SALOMON, soufflant.

Ma Juliette, adieu!

Ah! ah! ah!

Romeo !

Romeo !

EEAN, riant.

SALOMON, soufflant.

JULIETTE

REAN.

Qui e*t-ce qui m'appelle Romeo? qui est-ce qui croit que je joue ici le rôle de Romeo?

JULIETTE

Rean, devenez-vous fou ?

KEAN

Je ne suis pas Romeo... Je suis Falstaff, le compagnon de débauches du prince royal d'Angleterre... A moi, mes braves camarades! ..à mui. Pons!...àmoi, Pelo!... à moi, Bardoiph !... a moi. Quickly l'hôlelière!... et versez, versez a pleins bords, que je boive à la santé du prince de Galles, le plus débauché, le plus indiscret, le plus vaniteux de nous tous! A la santé du prince de Galles, à qui tout est bon, depuis la fille de tave.-ne qui sert les matelots du port, jusqu'à la fille d'honneur qui jette le manteau royal au\ épaules de sa mère! au prince «le Galles, qui ne peut regarder une femme, vertueuse ou non, sans la perdre avec son regard ! au prince de Galles, dont j'ai cru être l'ami, et dont je ne suis que le jouet et le bouffon!... Ah : prince royal, bien t'en prend d'être inviolable

KEAN 185

et sacré, je te le jure!... car, sans cela, tu aurais affaire à FalstafF.

LORD MEWILL, d'nne loge.

A bas Rean ! à bas l'acieur!

KEAN

FalstafF?,.. Eh! je ne suis pas plus Falstaff que je n'étais Romeo; je suis Polichinelle, le Falstatf des carrefours... Un bâton à Polichitiolle, un bâton pour lord Mewill, un bâton pour le misérable enleveur de jeunes filles, qui porte une épée au côté, et qui refuse de se battre avec ceux dont il a volé le nom, et cela, sous prétexte qu'il est noble, qu'il est lord, qu'il est pair... Ah! oui! un bâton pour lord Mewill... et nous rirons... Ah! ah ! ah! que je souffre!... A moi! mon Dieu! à moi!

(Il tombe dans les bras de Juliette et de Salomon, qui l'entraÏDent par la porto da donjon.)

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