‹ Keepsake d'histoire naturelleChapitre 101 sur 171 · DINDON · texte numérisé non relu

DINDON

Si le coq crdinaire est l'oiseau le plus utile de la basse-cour , le dindon domestique (1) est le plus remarquable, soit par la grandeur de sa taille, soit par la forme de sa tête, soit par certaines habitudes naturelles. Sa tête, qui est fort petite à proportion du corps, est presque entièrement dénuée de plumes, et recouverte , ainsi qu'une partie du cou, d’une peau bleuâtre, chargée de mamelons rouges dans la partie antérieure du cou, et de mamelons blanchâtres sur la partie postérieure de la tête, avec quelques petits poils noirs clairsemés entre les mamelons. De la base du bec inférieur descena sur le cou, jusqu’à environ letiers de sa longueur, une espèce de barbillon charnu, rouge et flottant.

Sur la base du bec supérieur, s’élève une caroncule charnue , de forme conique , et sillonnée par des rides transversales assez profondes ; cette caroncule n’a guère plus d’un pouce de hauteur dans son état de contraction ou de repos c'est-à-dire, lorsque le dindon ne voyant autour de lui que des objets auxquels il est accoutumé , et n'éprouvant aucune agitation intérieure , se promène tranquillement en prenant sa pâture : mais si quelque objet étranger se présente inopinément, cet oiseau, qui n’a rien dans son port ordinaire que d'humble et de simple, se rengorge#tout-à-coup avec fierté; sa tête et son cou se gonflent ; la caroncule conique se déploie, s’allonge, et descend deux ou trois pouces plus bas que le bec, qu’elle recouvre entièrement; toutes ces parties charnues

(x) Les Espagnols lui donnérent le nom de pavun de las Indias, c'est-à-dire paon des Indes occidentales; les Catalans l'ont nommé érdiot, gall-d'Indi; les Taliens, gallo d'India; les Allemands ,

indianischer halin; Ves Volonais, indyk ; les Suédois, Lalkon; les Anglais, turke;.

se colorent d’un rouge plus vif ; en même temps les plames du cou et du dos se hérissent, et la queue se relève en éventail, tandis que les ailes s ‘abaissent en se dépioyant. Dans cette auitude, il va piaffant et accompagnant son action d’un bruit sourd que produit l'air de la poitrine qui s'échappe par le bec, et qui est suivi d'un long bourdonnement; sa démarche est grave, et s'accélère seulement dans le moment où il fait entendre le bruit sourd dont j'ai parlé : de temps en temps il interrompt cette manœuvre pour jeter un cri plus perçant, que tout le monde connaît et qu'on peut lui faire répéter tant qu'on veut. Il recommence ensuite à faire la roue, ces espèces d’accès sont beaucoup plus violens lorsqu'on paraît devant lui avec un habit rouge : c’est alors qu’il s’irrite et devient furieux ; il s’élance, il attaque à coups de bec, et fait tous ses efforts pour éloigner un objet dont la présence semble lui être insupportable.

Il y a des dindons blancs, d’autres variés de noir et de blanc, d’autres de blanc et d’un jaune roussâtre, et d’autres d’un gris uniforme ; mais le plus grand nombre a le plumage Lirant sur le noir, avec un peu de blanc à l’extrémité des plumes. Celles qui couvrentle dos et le dessus des ailes sont carrées par le bout ; et parmi celles du croupion, et même de la poitrine, il y en a quelques-unes de couleurs changeantes, et qui ont différens reflets, selon les différentes incidences de la lumière : plus ils vieillissent, plus leurs couleurs paraissent être changeantes et avoir des reflets différens.

Les naturalistes ont compté vingt-huit pennes ou nine plumes à chaque aile, et dix-huit à la queue. Mais un caractère bien plus frappant, et qui empéchera à jamais de confondre cette espèce avec aucune autre, c’est un bouquet de crins durs et noirs, long de cinq à six pouces, qui, chez le dindon mâle adulte, sort de la partie inférieure du cou; avant que ce bouquet paraisse, l’endroit d'où il doit sortir est marqué par un tubercule charnu. Linné dit que ces crins ne commencent à paraître qu’à la troisième année dans les dindons qu’on élève en Suède. Si ce fait est bien avéré, il s’ensuivrait que cette espèce de production se ferait d'autant plus tard que la température du pays est plus rigoureuse. |

Si l’on compare les témoignages des voyageurs, on ne peut s'empêcher de reconnaître que les dindons sont originaires d'Amérique et des îles adjacentes,

-et qu'avant la découverte de ce nouveau continent ils n’existaient point dans l’ancien.

Le P. du Tertre remarque qu'ils sont dans les Antilles comme dans leur pays naturel, et que, pourvu qu'on en ait un peu de sûin , ils couvent trois à quatre {ois l'année : or, c’est une règle générale pour tous les animaux, qu’ils multi-

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plient plus dans le climat qui leur est propre que partout ailleurs ; s y deviennent aussi plus grands et plus forts, et c'est précisément ce que l’on observe dans les dindons d'Amérique. On en trouve une multitude prodigieuse chez les Illinois, disent les missionnaires jésuites ; ils y vont par troupes de cent, quelquefois même de deux cents; ils sont beaucoup plus gros que ceux que l’on . voit en France, et pèsent jusqu’à trente-six livres; Josselin dit jusqu’à soixante livres. Îls ne se trouvent pas en moindre quantité dans le Canada, dans le Mexique, dans la Nouvelle-Angleterre, dans cette vaste contrée qu’arrose le Mississipi, et chez les Brasiliens. Le docteur Hans Sloane en a vu à la Jamaiqué. Il est à remarquer que, dans presque tous ces pays, les dindows sont dans l’état de sauvages, et qu’ils y fourmillent partout, à quelque distance néanmoins des habitations, comme s'ils ne cédaient le terrain que pied à pied aux colons Européens.

Comme ces sortes d’viseaux sont pesans, qu'ils n’ont pas le vol élevé et qu'ils ne nagent point, ils n’ont pu traverser l’espace qui sépare les deux continens pour aborder en Afrique, en Europe ou en Asie : ils se trouvent donc dans le cas des quadrupèdes, qui, n'ayant pu, sans le secours de l'homme, passer d'un continent à l’autre , appartiennent exclusivement à l’un des deux ; et cette considération donne une nouvelle force au témoignage de tant de voyageurs, qui assurent n'avoir jamais vu de dindons sauvages, soit en Asie, soit en Afrique, et n’en avoir vu de domestiques que ceux qui y avaient été apportés d’ailleurs. | |

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