PIC DE GOA
Ce pic vert (1) d'Asie est moins grand que le pic vert d'Europe. La coiffe rouge de sa tête, troussée en huppe et en arrière, est bordée à la tempe d’une raie blanche qui s’élargit sur le haut du cou; une zone noire descend depuis l'œil, et, traçant un zigzag, tombe jusque sur l'aile; les petites Couvertures sont également noires; une belle tache d’un jaune doré couvre le reste de l'aile, et se termine en jaune verdâtre sur les petites pennes; les grandes sont comme dentelées de taches d’un blanc verdâtre sur un fond noir; la queue est noire ; le ventre, la poitrine et le devant du cou, jusque sous le bec, sont entremélés et comme maillés légèrement de blanc et de noir. Ce pic est un de ceux dont le plumage est le plus beau. De tous les oiseaux que la nature force à vivre de la grande ou de la petite chasse, il n’en est aucun dont elle ait rendu la vie plus laborieuse , plus dure que celle du pic : elle la condamné au travail > et, pour
(x) En latin, picus martius ; en italien, pico verde, picozo; en allemand, grunr specht; en anglais, green-wood pecker, green-wood spise, high-hoo, hew-hole , rainfowl; en suédois, groen-spick, groenjeoling, wedknari; en polonais, dzieciol zielony; en danois, gron-spæt, gnul-spæt; en lapon, zhiaine ; en français, pic-mart, pic vert, pic jaune, picumart ; en Poitou, picosseau ; en Périgord , picolat; en Guienne, bivay ; en Picardie, becquebo ; en quelques endroits, pleu-pleu ou plui-plu à d’après un de ses cris,
ainsi dire, à la galère perpétuelle; tandis que les autres ont pour moyens la course , le vol, l’embuscade, l'attaque, exercices libres où le courage et l'adresse prévalent. Le pic, assujéti à une tâche pénible, ne peut trouver sa nourriture qu’en perçant les écorces et la fibre dure des arbres qui la recèlent. Occupé sans relâche à ce travail de nécessité, il ne connaît ni délassement ni repos; souvent même, il dort et passe la nuit dans l'attitude contrainte de la besogne du jour : il ne partage pas les doux ébats des autres habitans de l’air ; il n’entre point dans leurs concerts, et n’a que des cris sauvages, dont l’accent plaintif, en troublant le silence des bois, semble exprimer ses efforts et sa peine. Ses mouvemens sont brusques; il a l'air inquiet, les traits et la physionomie rudes, le naturel sauvage et farouche : il fuit toute société, même celle de son semblable.
Tel est l'instinct étroit d’un oiseau borné à une vie triste et chétive. Il a reçu de la nature des organes appropriés à cette destinée, ou plutôt il tient cette destinée même des organes avec lesquels il est né. Quatre doigts épais, nerveux, tournés deux en avant, deux en arrière, tous armés de gros ongles arqués, implantés sur un pied très Court et puissamment musclé, lui servent à grimper en tout sens autour du tronc des arbres.
Son bec tranchant, droit, en forme de coin , carré à sa base, cannelé dans sa longueur , aplati et taillé verticalement à sa pointe comme un ciseau, est l’instrument avec lequel il perce l'écorce, et entame profondément Île bois des arbres où les insectes ont déposé leurs œufs : ce bec, d’une substance solide et dure , sort d’un crâne épais. De forts muscles dans un cou raccourci portent et dirigent les coups réitérés que Le pic frappe incessamment, pour percer le bois et s'ouvrir un accès jusqu'au cœur des arbres; il y darde une longue langue effilée, arrondie, semblable à un ver de terre, armée d’une pointe dure, osseuse, comme d'un aiguillon, dont il perce, dans leurs trous, les vers qui sont sa seule nourriture. | |
Sa queue, composée de dix pennes raides, fléchies en dedans, tronquées à la pointe, garnies de soies rudes , lui sert de point d'appui dans l'attitude souvent renversée qu'il est forcé de prendre pour grimper et frapper avec avantage. Il niche dans les cavités qu'il a en partie creusées lui-même; et c’est du sein des arbres que sort cette progéniture qui, quoique ailée, est néanmoins destinée à ramper à l’entour, à y rentrer de nouveau pour se reproduire, et à ne S'en séparer jamais.