PIC DE SAINT-DOMINGUE
Ce petit pic a six pouces de longueur, et il est à-peu-près de la grosseur de l’alouette : il à le sommet dé la tête rouge, les côtés sont d’un gris roussâtre ; tout le manteau est olive jaunâtre ; tout le dessous du corps est rayé transversalement de blanchâtre et de brun ; les pennes de l'aile, olivâtres comme le dos, du côté extérieur, ont l’intérieur brun et dentelé d’un bord de taches blanchâtres engrenées assez profondément; les plumes de la queue sont d’un gris mélangé de brun. Malgré sa petite taille , ce pic ne laisse pas d’être des plus robustes : il perce les arbres les plus durs.
Ce pic se tient à terre, souvent surtout près des fourmilières, où l’on est assez sûr de le trouver, et même de le prendre avec des lacets. TI attend les fourmis au passage, couchant sa longue langue dans le petit sentier qu’elles ont coutume de tracer et de suivre à la file, et lorsqu'il sent sa langue couverte de ces insectes, il la retire pour les avaler; mais si le froïd tient les fourmis renfermées, il va sur la fourmilière, l’ouvre avec les pieds et le bec, et s’établissant au milieu de la brèche qu’il vient de faire, il les saisit à son aise, et avale aussi leurs chrysalides.
Dans tous Les autres temps, il grimpe contre les arbres, qu’il attaque et qu'il frappe à coups de bec redoublés : travaillant avec la plus grande activité, il dépouille souvent les arbres secs de toute leur écorce. Comme il est paresseux pour tout autre mouvement, il se laisse aisément approcher , et ne sait se dérober au chasseur qu’en tournant autour de la branche, et se tenant sur la face opposée.
On a dit qu'après quelques coups de bec , il va de l’autre côté de l'arbre pour voir s’il l'a percé; mais c’est pour recueillir sur l'écorce les insectes qu'il a réveillés et mis en mouvement, ou reconnaître les endroits creux où se nichent les vers qu’il recherche, ou bien une cavité dans laquelle il puisse se loger et disposer son nid.
C'est au cœur d’un arbre vermoulu qu’il le place, à quinze ou vingt pieds au-dessus de terre, et plus souvent dans les arbres de bois tendre. Le mâle et la femelle travaillent incessanment, et tour-à-tour , à percer la partie vive de l'arbre, jusqu’à ce qu'ils rencontrent le centre carié; ils le vident et le creusent, rejetant au-dehors, avec les pieds, les copeaux et la poussière du bois ; ils rendent quelquefois leur trou si oblique et si profond, que la lumière du jour ne peut y arriver. Els y nourrissent leurs petits. La ponte est ordinairement de cinq œufs, qui sont verdâtres, avec de petites taches noires. Les jeu-. nes pics commencent à grimper tout petits, et avant de pouvoir voler. Le mâle et la femelle ne se quittent guère, se couchent de bonne heure, avant les autres oiseaux, et restent dans leur trou jusqu’au jour.
Le mécanisme de la langue du pic a été un sujet d’admiration pour tous les naturalistes. La langue du pic vert, proprement dite, n’est que cette pointe osseuse qui ne paraît en faire que l'extrémité; ce que l’on prend pour la langue est l'os hyoïde lui-même, engagé dans un fourreau membraneux prolongé, en arrière, en deux longs rameaux cartilagineux , lesquels se courbent sur la tête, se couchent dans une rainure tracée sur le cràne, et vont s'implanter dans le front à la racine du bec. Ce sont ces deux rameaux ou filets élastiques qui se prêtent à l'allongement et au jeu de cette espèce de langue. La pointe osseuse, qui tient seule la place de la véritable langue, est implantée sur l’extrémité de cet os hyoïde, et recouverte d’un cornet écailleux hérissé de petits crochets tournés en arrière.