TOUCAN À VENTRE ROUGE
(Pl 26.9
Ce toucan a la gorge jaune comme le précédent; mais il a le ventre d’un beau rouge, au lieu que l'autre l’a noir.
La poitrine est d’une belle couleur d’or avec du rouge au-dessus, c’est-àdire sous la gorge; il a aussi le ventre et les jambes d’un rouge très vif, ainsi que l'extrémité de la queue qui, pour le reste, est noire; l'iris de l'œil est noir ; il est entouré d’un cercle blanc qui l'est lui-même d’un autre cercle jaune. Les deux mandibules sont dentelées sur leurs bords.
Theveté assura que cet oiseau se nourrissait de poivre; qu'il en avalait même en si grande quantité qu'il était obligé de le rejeter. Ce fait a été copié par tous les naturalistes, et il estinexact.
Le nom même de {oucan signifie plume en langue brasilienne. Ces oiseaux, si difformes par leur bec et par leur langue, brillent néanmoins par leur plumage. Ils ont en effet des plumes propres aux plus beaux ornemens, et ce sont
celles de la gorge: la couleur en est orangée, vive, éclatänte; et, quoique ces belles plumes n’appartiennent qu’à quelques-unes des espèces de toucans, elles ont donné le nom à tout le genre. On recherche en Europe ces gorges de toucans pour faire des manchons. Son bec prodigieux lui à valu d’autres honneurs, et l’a fait placer parmi les constellations australes, où l’on n’a guère admis que les objets les plus frappans et les plus remarquables. Ce bec est en général beaucoup plus gros et plus long, à proportion du corps, que dans aucun autre oi eau; et ce qui le rend encore plus excessif, c’est que, dans toute sa longueur, il est’plus large que la tête de l'oiseau. Ce long et large bec fatiguerait prodigieusement la tête et le cou de l'oiseau, s’il n’était pas d’une substance légère ; mais il est si mince, qu'on peut sans effort le faire céder sous les doigts. Ce bec. n’est donc pas propre à briser les graines ni même les fruits tendres; l'oiseau. est obligé de les avaler tout entiers : et, de même, il ne peut s’en servir pour se défendre, et encore moins pour attaquer ; à peine peut-il serrer assez pour faire impression sur le doigt quand on le lui présente.
Les auteurs qui ont écrit que le toucan perçait les arbres comme le pic, se sont donc bien trompés; ils n’ont rapporté ce fait que d’après la méprise de quelques Espagnols. Il est certain que les toucans n’ont ni ne peuvent avoir cette habitude, et qu'ils sont très éloignés du genre des pics; Scaliger avait fort bien remarqué, avant nous, que ces oiseaux ayant le bec crochu et courbé en bas, il ne paraissait pas possible qu’ils entamassentles arbres.
Les toucans sont répandus dans tous les climats chauds de l'Amérique méridionale, et ne se trouvent point dans l’ancien continent. Ils ne changent de pays, que pour suivre les saisons de la maturité des fruits qui leur servent de nourriture, ce sont surtout les fruits de palmiers; comme ces espèces d’arbres croissent dans les terrains humides et près du bord des eaux, les toucans habitent ces lieux de préférénce, et se trouvent même quelquefois dans les palétuviers qui ne croissent que dans la vase liquide; c’est peut-être ce qui a fait croire qu'ils mangeaient du poisson : mais ils ne peuvent tout au plus qu'en avaler de très petits ; car leur bec n’étant propre ni pour entamer ni pour couper, ils ne peuvent qu'avaler en bloc les fruits même les plus tendres sans les comprimer.